CROYANCES ET CARACTERE DES CELTES
morts '. » C'était une race optimiste. Elle prenait en bien la vie, et la mort même.
Ces croyances étaient entretenues avec soin par les druides, prêtres philosophes, dont le rôle fut le même, en Gaule, en Irlande et dans l'ile de Bretagne. Leur enseignement était une cause de surprise et d'admiration pour les Latins : « Et vous , Druides , s'écrie Lucain , qui habitez au loin sous les grands arbres des bois sacrés, selon vous, les ombres ne visitent pas l'Erèbe silencieux, ni le royaume obscur du pâle Pluton; le même esprit anime un corps dans un monde différent. La mort, à vous en croire, est le milieu d'une longue vie. Heureuse erreur que celle des peuples vivant sous la Grande Ourse. Ils ignorent la pire des craintes, celle de la mort - ! »
Les habitants de l'île Bretonne avaient encore, en commun avec ceux de notre pays, une merveilleuse aptitude à apprendre. Peu de temps après l'occupation romaine, il devient difficile de discerner, parmi les objets retrouvés dans les tombeaux, la main-d'œuvre celtique du travail latin. César s'étonne de voir ses adversaires se perfectionner sous ses yeux ; de simples qu'ils étaient d'abord, devenir habiles à leur tour et déjouer ses subterfuges militaires. De cette intelligence et de cette cu-
1 Odyssée, XI. vers 488 et s.
a Et vos... Druid;v
nemora alla remotis
Incolitis lucis, vobis auctoribus, umbrre
Non tacitas Erebi sedes, Ditisque profundi
Pallida régna petunt : régit idem spirirus aiius
Orbe alio : longae (canitis si cognita) vitœ
Mors média est. Certe populi quos despicit Arclos,
Felices errore suo, quos ille limorum
Maximus, haud urget leti metus.
(Pharsalia, liv. I.)
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riosité vient, avec ses grands avantages et ses grands inconvénients, la faculté d'assimilation possédée par cette race, et qu'aucune autre en Europe n'a manifestée au même degré.
Les auteurs latins admiraient encore chez les. hommes de cette origine un autre don caractéristique : une habileté de parole, une faconde, une promptitude à la riposte qui les distinguaient des Germains. Les gens des Gaules , disait Caton . ont deux passions : se bien battre et bien parler, argute loquiK C'est là un témoignage mémorable, puisqu'il nous révèle une qualité d'ordre littéraire: son exactitude est certaine et facile à vérifier, car on sait aujourd'hui dans quels genres de composition et avec quel talent les peuples celtiques exerçaient ce don de Ijien dire.
L'étroite ressemblance de mœurs, de goûts, de langue et d'esprit entre les tribus celtiques des deux rives de la Manche est incontestable; « leur langage diffère peu, » dit Tacite; « leurs constructions sont presque pareil-
1 rt Pleraque Gallia duas res industriosissime persequitur, rem mililarem et argute loqui i-. Origines: cité parle grammairien Charisius. Au temps de Caton (Ill<'-ir siècle avant J.-C.^ le mot Gallia n'avait pas le sens restreint qu'il garda depuis César, mais désignait lensemble des pays celtiques du continent. L ingéniosité des Celtes se manifeste encore dans leurs lois : « .\u point de vue intellectuel les lois sont le plus grand litre de ^:loi^e des Gallois. Léminent jurisconsulte allemand F. W'alter constate qu'à ce point de vue les Gallois ont laiss;' bien loin derrière eux les autres peuples du moyen âge. Elles prouvent chez eux une singulière précision et finesse d'esprit et une grande aptitude à la spéculation philosophique. « Les Mabinogion, par J. Lot, Paris, 18S9, 2 vol. S", t. I, p. 7.