‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 100 sur 239 · LAYAMON, ROMANS EN VERS · texte numérisé non relu

LAYAMON, ROMANS EN VERS

celles des Scandinaves. Ainsi avait parlé Patrocle à Cébrion, tombé de son char la tête la première, «. de l'air résolu d'un plongeur qui va chercher des huitres sous l'eau. »

Après Layamon, les traductions et les adaptations deviemient en peu de temps surabondantes. On écrit pour les indigènes, comme fit Robert de Gloucester vers la fin du treizième siècle, des chroniques en vers à l'instar de celles des Normands ' ; on rédige pour eux des romans chevaleresques. Le goût des aventures et des livres qui les racontent s'est glissé peu à peu au cœur de ces insulaires réconciliés avec leurs maitres et que ceux-ci ont promenés à travers le monde. Les jongleurs ou poètes errants, de langue anglaise, sont devenus nombreux; point de fêtes sans leur musique et leurs chansons ; ils sont accueillis dans les grand'salles des châteaux; ils pénètrent jusque dans le cloître ; ils s'arrêtent sur les places publiques où le populaire accourt les entendre, curieux lui aussi de connaître les aventures de Charlemagne et de Roland-. Aux treizième et quatorzième siècles, presque toutes les histoires des héros de Troie, de Rome, de France, de Rretagne sont mises en vers anglais « pour l'usage de ceux qui ignorent et n'ont jamais entendu le français ». On aime 3, écrit, peu après

1 \. supra, pp. 122, 128. Sur les sources de Robert, voir Anglia , X, pp. 1 et s , 291 et s.

2 Pour des détails sur les jongleurs et ménestrels ambulants (chansons, genre de vie, instruments de musique, propagation par eux des idées de réforme, etc.), voir La vie Nomade et les Boutes d'Angleterre, II, chap. I.

3 He let make this mater • in this maner speche,

For hem tJiat knowe no Frensche • ne never underston.

The Romance of William of Paterne, éd. Skeat, Early English iext Society, 1868, 8°, vers 5532, traduit du français vers 1350 par ordre de Humphrey de Bohun.

1300, l'auteur du Cowrier du Monde, « entendre des gestes et lire des romans d'Alexandre le Conquérant, de Jules César l'empereur, des guerres terribles de la Grèce et de Troie, où tant de gens perdirent la vie, de Brutus ce baron vaillant, premier conquérant d'Angleterre, du roi Arthur... de Charles et de Roland qui luttèrent contre les Sarrazins sans jamais se laisser prendre, de Tristan et d'Iseult la douce et de l'amour qui leur vint, du roi Jean et d'Isumbras, d'Idoine et d'Amadis : histoires sur toute sorte de sujets, histoires de princes, prélats et rois, chants de toute espèce, en mètres variés, en français, en anglais, en latin* ».

De très rares traditions germaniques ou saxonnes, telles que l'histoire d'Havelok, Danois qui finit par régner en Angleterre, ou celle de Horn et de sa fiancée Rymenhild, avaient été adoptées par les poètes français ; elles leur furent reprises par les jongleurs anglais qui toutefois laissèrent à ces \ieux héros leur costume français. S'ils n'avaient suivi la mode, personne ne s'en fût soucié. Goldborough ou Argentille, l'héroïne du roman d'Havelock, était à l'origine une Valkyrie ; aujourd'hui, sous son déguisement à la française, elle est à

' Cursor Mundi, éd. Morris, V« partie, p. 1651. Pour les versions an- };laises des romans du moyen âge, voir notamment les publications de VEarly Englisk text Society, la Camden Society, la Percy Society, \q Roxburghc Club, le Bannatyne Club, Y Altenglische Bibliothek deKôll)ing (Heilbronn) ; les Metrical romances of the XlIIlh, XlVth, and XVth centuries de H. W. Weber, Edimbourg, I8I0, 3 vol. 8"; consulter le Catalogue of ms. Romances in the British Muséum, de H. L. D. Ward. On trouvera, en particulier, parmi les publications de VEarly, English text Society, les romans de Ferumbras, Olucl, Iluon of Burdeux, Charles the grete. Four sons of Aymon, sir Bevis of Ilamton, Jung nom, Havelok the Dune, Guy of Warwick, William of Palerne, Generides, Morte Arthure, Lonelich's History of the Holy Grail, Joseph ofArimathie, Sir Gawaine and green Knight, etc.

HORN, HAVELOK, OLTLAWS. 223

peine reconnaissable ; mais les Anglais maintenant l'aiment ainsi K

Quelques héros anglais d'époque plus récente trouvent aussi place dans ce panthéon poétique, toujours grâce à des Français qui les mettent à la mode en les adoptant. Ainsi furent écrites, d'abord en français, puis en anglais, l'histoire de Waltheof, et les prodigieuses aventures de Sir Guy de Warwick, qui épouse la belle Felice, va en Palestine, tue au retour le géant Colbrant et meurt pieusement dans un ermitage. De même sont contés les exploits d'(( outlaws » célèbres comme Foulke Fitz- Warin, prototype de Robin Hood, qui vivait dans les bois, avec la belle Mahaud, comme Robin Hood plus tard avec Marianne -. Plusieurs de ces héros, Guv de

I Un autre reste montrant l'origine Scandinave du roman est la flamme qui sort la nuit de labouche du héros, et qui manifeste son origine royale. Le lieu de la scène est le Danemark, Lincoln, Grimsby, etc. Le sceau de cette dernière cité, fabriqué au treizième siècle, représente, avec Havelok et Argentine, Grim fondateur de la ville et père putatif d'Havelok. Le texte français est de Gaimar (impr. avec Lestorie des Engles; Rolls, 1888, 1, p. 290) ; la version anglaise [Havelok tlie Dane, éd. Skeat, Early Engtish tcxt Society, 1868), fut rédigée entre l'296 et 1300 (Lettre de J. W. Haies à VAthenxum, 23 févr. 1889).

Texte français du Hoi-n (par Tiiomas, vers 1170) : Das Aiirjlonormannuche Liedvom Wackern Rilter Hoi-n, éd.Brede et Stengel, Marbourg, 1883, 8". Texte anglais : King Horn with fragments of Floriz and Blauncheflur, éd. J.R. Lnmhj , Earhj English text Society , Londres, 1886, 8» (d'après un ms. de Cambridge, XlIIe siècle). Cf. Ward Catal. of Romances, I, 447; Anglia, IV, 3î2; Romaniu-, XV, 575.

•-Une partie des aventures de Foulke est hislorique, notamment sa révolte en 1201. Sa vie fut racontée dans un poème français écrit avant 1314, dont nous avons une rédaction en prose antérieure à 1320 ; un poème anglais sur le mêmesujet est perdu (Ward, Catalogue of Romances, l,j)p. 501 et s.). Texte dans J. Stephenson,à la lin de son Radulphe de Coggesball (Rolls) 1875, et dans les Nouvelles en prose du quatorzième siècle par Moland et d'Héricault, Paris, 1858. Voir encore la vie de l'outlaw Herewanl (en latin, XIl« siècle) -.De gesiis Uereuardi Saxonis, dans les Chroniques anglonormandes de F. Michel, Rouen, 1836-40, t. II.

II est possible aussi que Robin Hood ait vécu; il serait du temps d'É-

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Warwick en particulier, jouirent d'une popularité si grande que c'est à peine si elle est éteinte aujourd'hui; leurs histoires furent imprimées à la Renaissance; on les lisait sous Elisabeth et on en tirait des drames ; et lorsque, avec Defoe, Richardson et Fielding", des romans d'une autre sorte a inrent prendre leur place dans les salons, leur vie se continua encore dans le monde inférieur où ils avaient été relég-ués. Ils fournirent la matière de ces petits livrets populaires ou chap books ' qu'on a réimprimés jusque dans notre siècle, et dont les auteurs écrivaient, comme les rimeurs du moyen âge, « pour l'amour du peuple anglais, du peuple de la joyeuse Angleterre, » Englis lede of meri Ingeland-.

« Merry England » connut toutes les formes de la gaité française ; elle imita nos chansons et fit place dans sa littérature à nos fabliaux. Rien de plus différent de r esprit anglo-saxon que l'esprit des fabliaux; cet esprit pourtant pénètre en Angleterre et, comme plusieurs autres variétés de l'esprit français, y agit en tant que greffe; sur l'arbre ainsi greffé on cueillera des fruits, qui n'eussent pas mûri sans la Conquête : ce sont les œuvres de Chaucer, de Swift peut-être, et de Sterne. On met en vers anglais nos histoires les plus comiques ou les plus scabreuses, du treizième au quinzième siècle.

(louard H. « The stories that aretold about hini however had almost ail been previously told, connected with Ihe names of ollier oullaws, such as Ilereward, and Fulke Fitz Wavin. » Ward, Catalogue of Romances, pp. 517 et s. 11 était Uè» populaire, comme héros de chansons, au quatorzième siècle, mais toutefois la jdupart des chants que nous avons sur lui sont du seizième siècle.

1 Sur les transformations de Guy de Warwick et sur les dessins des « chap Books >i, voir mon English novel in Ihe Unie of Shakespeare^ chap. I et VII ifac similes des dessins).

2 Cursor Mundi.

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