‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 99 sur 239 · LITTERATURE MONDAINE · texte numérisé non relu

LITTERATURE MONDAINE

Nous nous éloignons du temps de la Conquête , les blessures qu'elle a faites tendent à se guérir ; il se forme peu à peu, parmi les indigènes, un public pour autre chose que pour des sermons.

La plupart des nobles anglais s'étaient soumis de bonne heure et avaient gardé ou racheté leurs terres. Se ralliant au parti du maître, ils s'efforcèrent de lui ressembler; ils eurent, eux aussi, leurs châteaux, leurs ménestrels et leurs romans. Ils avaient appris le français sans doute , mais l'anglais demeurait leur langue naturelle ; on composa une littérature taillée sur leur modèle : anglaise par le langage, française autant qu'on put par les idées et les mœurs. Vers la fin du douzième siècle et le commencement du treizième, la traduction des romans français commença ; on débuta par des récits de bataille, ensuite vinrent les histoires d'amour.

Ainsi fut rédigé, vers 1205, parLayamon, le premier roman en vers , après Beowulf, que possède la littérature anglaise. Le vocabulaire du Brut est demeuré anglo-saxon : on ne compte pas cinquante mots d'origine française dans toute l'étendue de ce long poème, et cependant, à chaque page, on reconnaît le genre d'idées et les goûts chevaleresques apportés par les Français. Le ferme vouloir avec lequel ils ont uni les traditions du pays a porté ses fruits. Pour Layamon, les gloires des Bretons sont des gloires anglaises et il raconte, la joie au cœur, leurs triomphes sur ses compa-

triotes saxons. Bèdc l'Anglo-Saxon et Wace le Normand sont pour lui des autorités également dignes de respect et de foi. Layamon « plaça leurs livres », nous dit-il lui-même, « devant lui et les contempla avec amour... il prit sa plume dans ses doigts et se mit à écrire sur du parchemin, et il arrangea ensemble les paroles véritables. » C'est surtout de Wace qu'il s'inspire , mais en le paraphrasant; son récit est bien plus long que celui de son modèle; il ajoute des légendes dont ^Yace n'avait pas eu connaissance et surtout de nombreux discours. Ces discours sont, d'ordinaire, des invectives; avaint de se tuer, les guerriers se défient ; après avoir mis à terre son ennemi, le vainqueur se donne le plaisir d'ajouter quelques railleries à l'adresse du cadavre : « Tu voulais conquérir la Bretagne? tu l'as maintenant sous la main! » Ailleurs: « Tu étais grimpé bien haut sur cette colline ; on aurait dit que tu voulais monter au ciel! mais maintenant te voilà en route pour l'enfer; tu t'y trouveras en famille; tu diras bonjour de ma part à Hengist, Horsa et les autres ' )>. Wace n'offre rien de pareil à ces cruelles railleries qui rappellent la férocité des épopées primitives, celles des Grecs comme

1 Layamon' s Brut, or Chronicle of Britain. a poetical semi-saxon paraphrase of the Brut of Wace, éd. Madden, Londres, 1847, 3 vol. 8*^. {Society of Antiquaries),\, p. 1;II, pp. 334 et 473. Sur les chroniques portant ce même titre, voir P. Mcyer : De quelques chroniques anglo-normandes qui ont porté le nom de Brut; Bulletin de la Société des Anciens textes français, 1878. Layamon, fils de Leovenath vivait à Ernley, aujourd'hui Lower Arley, sur la Severn, non loin du pays de Galles. Son roman, comme l'imprime Madden, compte 32,241 vers; la Geste des Bretons àe "Wace (écrite en 1155) en avait 15.300, éd. Le Roux de Lincy Roman de Brut, Rouen, 1836, 2 vol. 8°. Le vers de Layamon est tantôt allitératif et tantôt rimé. Lems. Cotton. OthoC Xllf, au British Muséum, contient une version modernisée (début du XIV» siècle) du Brut; voir Ward, Catalogue of Romances, 1883, p. 2%i. Gi. Anglia I, p. 197, II, i". 153.

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