CONTES POUR MERRY ENGLAND
Nous retrouvons ainsi, sous forme anglaise, l'histoire de la Chienne qui pleure *, le lai du Cor^, la Bourse pleine de sens ^, le conte du Bassin ^, l'éloge du pays de Cocagne, etc. « Bien que le Paradis soit joyeux et brillant, Cocagne est bien plus bel à voir : que trouve-t-on en Paradis, si ce n'est du gazon, des fleurs et des branches vertes. . . ? On n'y boit que de l'eau et personne n'y habite sauf Élie et Enoch, et la vie est morose qu'on doit mener avec ces gens-là! » ^ Au pays de Cocagne,
1 DameSiriz, dans Th. Wright, Anecdota Literaria, Londres, 18^4, 8°, p. 1, et dans Goldbeck et Matzner, Altenglische Sprachproben, Berlin, 1867, p. 103. Texte français dans le Castoiement d'un père à son fils, Barbazan et Méon. Fabliaux, t. II. Le texte anglais est de la fin du treizième siècle : l'histoire est localisée en Angleterre. Il y est question de « Botolfston ); autrement dit St-Botolph ou Boston.
- Histoire d'une corne à boire que les maris trompés ne peuvent vider, sans la répandre sur eux. Arthur provoque ses chevaliers à tenter l'expérience et il est fort surpris de voir qu'elle tourne conire lui. Texte français : Le Lai du Cor, restitution critique par F. Wulff, Lund, 1888, 8°, rédigé par Robert Biquet au douzième siècle; le ms. unique fut copié en Angleterre. Texte anglais : The> Cokwolds Daunce (d'après un ms. du quinzième siècle] dans Hazlitt. Remains of the early popular poetry of England, Londres, 186i; t. I, p. .35. Cf. le Mantel mautaillé, dans Montaiglon et Raynaud, t. III, et la Coupe enchantée de La Fontaine.
3 How a Merchande dyd hys wyfe betray (XIV^ siècle), dans Hazlitt. Remains {ut supra], t. I, p. 196. Texte français : De pleine bourse de sens, par Jean le Galois, dans Montaiglon et Raynaud, Recueil général, t. III, p. 88.
^ The taie of the Basyn, dans C. H. Hartshorne, Ancient metrical taies, Londres, 1829, 8°, p. 202 (d'après un ms. du XV^ siècle).
■:j Thogh paradis be miri and briglit,
Cokayn is of fairir sight.
What is iher in paradis Bot grasse and flure and greue ris?...
Bot watir man-is tliurst to quenche Beth no inan but two, Hely and Enocli also.
Elinglich may hi go Whar tlier wonith men no mo.
Goldbeck et Matzner, Altenglische Sprachproben, Berlin. 1867, t. I, Land of Cokaygne, p. 156 (fin du XH» ou commencement du XV» sic-
(( tout est viande et boisson... tout est jour, il n'y a pas de nuit... pas de gens colériques, pas de serpents, de loups, de renards; pas de mouches, pas de puces, » mais du vin, du lait, des pâtés, du poisson ; et quelle société charmante I Assurément Énocli et Élie ne sauraient la remplacer.
Rien de moins saxon que des poèmes pareils , avec leur demi-impiété, qui serait l'impiété absolue si l'auteur prenait ses dires au sérieux ; c'est l'impiété d'Aucassin qui, lui aussi, refusait d'avance le Paradis : « En Paradis, qu'ai-je à faire ? Je n'y quiers entrer; mais que j'aie Nicolette, ma très douce amie que j'aime tant » ^ ! Il ne faut pas prendre Aucassin à la lettre ; il y a toujours un peu de mousse sur le vin de France.
D'autres poèmes anglais raillent les mœurs chevaleresques ~, d'autres sont des adaptations du roman de Renart : le nouvel esprit a si bien pénétré en Angleterre que parfois l'adaptation est digne de l'original. « Renart s'en vint du bois, la faim et la rage au ventre ; jamais avant il n'avait eu si faim ; il se gardait de sui\Te chemin ou route, ne tenant guère à rencontrer d'être humain ; il eût eu plus de plaisir à trouver une simple poule qu'un demi-cent de femmes ^. » Mais
cle), texte fiançais dans Baibazan et Méon, Fabliaux, t. III, p. 175 :« C'est li Fabliaus de Coquaigne. »
' Aucassin et Nicolette, dans Moland et d'IIéricault, Nouvelles françaises en prose du XIII' siècle, Paris, 185G, 16°. {Auc. est du XII» s.)
2 The Turnament of Totenham (XV« siècle), dans Hazlitt, Eemains, l. III, p. 82; tournoi d'ouvriers :
Tlier lioppyd Hawkyn, Tlier dawnsid Dawkyn, Tlier trumpyd Tynikyn
And ail were true drynkers.
' A vox son eut of the wode go,
Alingret so that liim wes vvo ;