‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 107 sur 239 · FUSION DES LANGUES · texte numérisé non relu

FUSION DES LANGUES

dcur. l'évêque de Chester, « Alez au grant déable-. » — (« Comment dist Ponocrates, vous jurez frère Jean? Ce n'est, dist le moine que pour orner mon langage; ce sont couleurs de rhétorique cicéronienne »), — Mais, pour la masse des plaidoyers enregistrés en français dans les Yearbooks, il est évident que les avocats, sergeants , ne s'expriment pas sans peine et qu'ils traduisent en parlant ce qu'ils avaient pensé en anglais

Leur embarras va grandissant. Dans la seconde moitié du siècle, il est tel qu'une réforme est indispensable ; plaideurs et clients ne se comprennent plus. En 1362, un statut ordonne que désormais les plaids seront en anglais et on les enregistrera en latin; on laissera de côté dans les tribunaux d'Angleterre « la lange Franceys qest trop desconue en ledit reaime » ^ Cette ignorance est maintenant notoire; Froissart la constate; les Anglais dit-il, observent mal les traités « et à tout ce les incline

- Apostrophe du juge Jean de Moubray, sessioa de Pâques, 44 Éd. III, Yearbooks of Edward I, éd. Horwood {Rolls), 1863 et s.,l. I, p. xxii. Le juge Hengham interrompt un avocat en disant : « Ne glosez point le statut; nous le savons meuz de vous, qar nous le feinies. » Ibid.

1 « Pur ce qe monstre est soventefoitz au Roi par prélatz, ducs, counts, barons et tout la commune, les grantz meschiefs qe sont advenuz as plusours du realme de ce qe les levés, custumes et estatutz du dit reaime ne sont pas conuz communément en mesme le realme, par cause qils sont plede/, monstrez et juggez en la lange Franceys qest trop desconue en dit realme, issint qe les gentz qi pledent ou sont empledez en les courtz le Roi et les courtz duutres nont entendement ne conissance de ce qest dit por culx ne contre eulx par lour sergeantz et autres pledours... » que désormais les procès « soient pledelz, monstretz, défendnz,responduz, debatuz et juggez en la lange engleise; et qils soient entreez et enrouliez en latin. » 36 Éd. III, stat. I, chap. 15, Slatutes of the Realm. Malgré ces dispositions, les comptes rendus des procès continuèrent à être transcrits en français dans les yea»ftooA-5 dont plusieurs ont été publiés dans la collection du « Maître des Rôles «. Écrivant vers l'an 1300, l'auteur du Miroir de Justice avait encore fait choix du français comme étant « langage plus entendable en aide de vous et de le common people ».

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à faire ce qu'ils n'entendent point bien tous les termes du lansae"e de France; ne on ne leur sait comment bouter en la tête, si ce n'est tout à leur profit ' ». Trevisa, vers la même époque, traduisant en ang-lais la chroniqu'^ de RanulpheHigden, arrivé au passage où il est dit que les gens de la campagne s'acharnent à apprendre le français, intercale une rectification et écrit : « Les choses ont assez changé depuis la grande peste (13i9)... Aujourd'hui, dans toutes les écoles d'Angleterre, les enfants abandonnent le français et construisent et apprennent en anglais » , ce qui leur permet de s'instruire plus vite ; mais maintenant « ils ne savent pas plus de français que leur talon, et cela leur fait grand tort s'ils Aiennent à voyager en divers pays. Et les gentilshommes aussi ont maintenant grandement cessé d'apprendre cette langue à leurs enfants » ~.

Les Anglais rient eux-mêmes de leur français ; ils ont conscience de parler, comme la Prieure de Chaucer, le français de Stratford-at-Bow ou, comme Avarice dans les Visions de Langland, le français « du fond du Norfollv » 3. Encore un peu de temps, et il se trouvera dans le royaume des personnages d'importance, gens exceptionnels il est \Tai, avec qui on ne pourra pas négocier en français. C'est le cas des ambassadeurs qu'Henri IV

' Chroniques, éd. Luce, t. I. p. 306.

- Polychronicon {Rolls), t. II, p. 159 i^Ia publication contient le texte latin de Higden et la traduction anglaise de Trevisa).

3 And I can no franche in feith • but of the ferthest ende of Norfolke. Visions, éd. Skeal, texte B, passus V, vers 239. Le ms. DD 12.23 de la bibliothèque de l'Université de Cambridge contient « un traité des conjugaisons françaises ». Il ne fournit rien d'utile sur l'bistoire de nos conjugaisons; ■< il peut seulement servir à montrer combien grande était la corruption du français usuel en Angleterre au quatorzième siècle. » P. Meyer, Romania, t. XV, p. 262.

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