‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 108 sur 239 · FUSION DES LANGUES · texte numérisé non relu

FUSION DES LANGUES

d'Ang-leterre, cet Henri de Lancastre qui avait réclamé la couronne par un discours en anglais, envoie en Flandre et en France en 1404. Ils suppKent les « Paternitates ac Magnificentias » du grand conseil de France de leur répondre en latin, le français étant « comme de l'hébreu » pour eux; mais les Magnifiques du grand conseil, se conformant aune tradition demeurée intacte jusqu'aujourd'hui, refusent d'employer pour la négociation une autre langue que la leur L N'était-elle pas, encore, la langue moderne la plus prisée d'Europe, comme au temps de Brunetto Latini? En Anglete' re, même, les hommes de bonne foi en convenaient, tout en rendant au latin l'hommage qui lui est dû ; et l'auteur d'un des nombreux traités composés dans ce pays pour ceux qui voulaient s'entretenir dans la connaissance du français, disait : « Doux français est la plus belle et plus gracieuse langue et plus noble parler, après latin d'école, qui soit au monde et de toutes gens mieux prisée et

^ Les ambassadeurs sont « Thomas Swynford, miles, cuslos castri villœ Calisii et Nicholaus de Rysshetoun utriusque juris professer ». Ils reconnaissent que le français est la langue des traités; mais le latin a pour lui l'autorité de saint Jérôme. Ils écrivent à la duchesse de Bourgogne : « Et quamvis treugse générales inter Angliam et Franciam per Dominos et prin cipes temporales videlicet duces Lancastriee et Eboraci necnoii Buturiae ac Burgundiœ, bon;e memoriae, qui perfecte non intellexerunt lalinum sicut gallicum, de consensu eorumdem expresso, in Gallico fuerunt caplae et firraalse, litterae tamen missivae ultro citroque Iransmissse... continue citra in Latino, tanquam idiomate communi et vuigari extiterunt formatas; quœ omniahabemus parata ostendere, exemplo Beati leronimi... » Nullement touchés par cet exemple, les Français répondent dans leur langue, et les ambassadeurs vexés accusent réception de la lettre en termes peu diplomatiques : « Vestras litteras scriptas in Gallico, nobis... indoctis tanquam in idiomate hebraico... recipimus Calisii ». Royal and historical Letters, éd. Hingeston, 1860 {Rolls), t. I, pp. 357 et 397. Une discussion du même genre se produit, avec le même résultat, sous Louis XIV. \oh- A French Ambassador at the court of Charles II, p. liO.

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aimée que nulle autre... Et elle se peut bien comparer au parler des anges du ciel pour la grande douceur et beauté d'icelle » *.

Malgré ces hommages, la fin du français comme langue « la mieux prisée et aimée », était proche en Angleterre. Des poètes comme Gower s'en servent encore au quatorzième siècle dans leurs ballades, ou des prosateurs comme l'auteur des Ci^oniques de London ~ : ce sont des exceptions; il reste l'idiome de la Cour et des grands, le Prince Noir rédige en français les vers qu'on gravera sur son tombeau : ce ne sont plus là que des faits curieux. Mieux éduqués que les avocats des cours de justice, les députés au Parlement s'en servent encore; mais, même parmi eux, l'anglais fait son apparition et, en 1363, le chancelier a ouvert la session par un discours en anglais, le premier qu'on ait entendu à ^Yestminste^. La survivance du français parmi la nation ne fut plus, à la fin, qu'une élégance ; on continuait encore de l'apprendre , mais , comme madame de Sévigné cultivait l'italien, « pour entretenir noblesse ». C'était une élégance traditionnelle dans la haute classe de savoir le français, et elle s'est conservée jusqu'à nos jours. Au début du seizième siècle, les lois étaient encore par habitude, rédigées en français; mais des plaintes furent adressées à cet égard à Henri YIII, et ses sujets lui remontrèrent que c'était là une marque à effacer de l'ancienne sujétion de l'Angleterre aux Normands de France. Cette marque a disparu, et cependant il en reste une trace assez notoire : la formule de ratification des lois est, encore aujourd'hui,

1 Lu Manière de Langage, composée en 1396, à Buiy Saint-Edraond p.p. P. Meyer, Revue critique, t. X, pp. 373 et s. - Milieu du quatorzième siècle, éd. Aungier, Camden Society, 1844, 4°.

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