‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 109 sur 239 · LE NOUVEAU VOCABULAIRE · texte numérisé non relu

LE NOUVEAU VOCABULAIRE

en français : « La Reine le veult I » et de même la formule du veto : « La Reine s'avisera » ; cette dernière est d'un emploi moins fréquent que du temps desPlantagenets.

Le français disparait donc. Il ne disparaît pas par simple oubli, mais bien par absorption graduelle. Il disparait, mais l'anglo-saxon fait de même; il se forme une langue nouvelle, fille des deux autres, et distincte des deux autres, avec une grammaire, une versification, un vocabulaire nouveaux; elle ressemblera moins à l'anglo-saxon du temps d'Alfred, que l'italien de Dante ne ressemble au latin.

Le vocabulaire, d'abord, est profondément modifié ; il comptait, avant la Conquête, quelques mots d'origine latine, mais en fort petit nombre ; c'étaient, on s'en souvient, des mots rappelant les grands travaux des Romains, tels que street , chester, de strata et castrum, ou des mots empruntés à la langue des clercs et se rapportant principalement à la religion, tels que mynster^ tempel^ bisceop, venant de monasteriiim, templum, ejnscopiis, etc. La Conquête amena un grand changement, mais non pas tout de suite; les langues demeurèrent d'abord, comme on a \ti, nettement séparées; puis, au treizième et surtout au quatorzième siècles, elles se pénétrèrent l'une l'autre et se fondirent ensemble. En 1205, on comptait seulement cinquante mots d'origine latine dans les seize mille grands vers du Brut de Layamon; on en trouve cent dans les cinq cents premiers vers de Robert de Gloucester en 1298, et cent soixante-dix dans les cinq cents premiers vers de Robert Mannyng de Brunne en 1303 K

1 On peut prendre comme spécimen d'écrit offrant le mélange à l'état cru des deux vocabulaires, le traité sur les songes (temps d Éd. II) publié

Les progrès sont encore plus rapides à mesure qu'on avance dans le quatorzième siècle ; nombre de familles de mots reçoivent en Angleterre la naturalisation et, peu à peu, se constitue cette langue dont le vocabulaire compte aujourd'hui deux fois plus de mots d'origine française ou latine que d'origine germanique. A la fin du dictionnaire étymologitjue de Skeat ' se trouve ime table des mots de la langue, classés d'après leur provenance ; les mots empruntés aux idiomes germaniques ou Scandinaves occupent sept colonnes et demie; les mots tirés du français et des langues romanes ou classi(jues, seize colonnes.

Sans doute, la proportion des mots employés dans une page d'anglais ordinaire ne répond pas à ces chiffres; elle est plus que renversée chez certains auteurs, dans Shakespeare par exemple ou Tennyson, qui ont une prédilection marquée pour les mots anglo-saxons. Il faut observer néanmoins, d'une part que la constitution du voccibulaire avec sa majorité de mots franco-latins est un fait indubitable, d'autre part que, dans une page d'anglais ordinaire, la proportion des mots d'origine germanique est accrue aux regards par le nombre des articles, conjonctions et pronoms anglo-saxons, mots qui ne sont que les valets des autres, et sont en effet, comme il convient, plus nombreux que leurs maîtres. On s'écartera beaucoup moins des résultats fournis par les listes de Skeat, si l'on ne compte que les vrais mots, indépendants et libres, citoyens de la langue, et qui ne sont l'ombre et le reflet d'aucun autre.

par "Wright et Halliwell, et qui débute par ces mots caractéristiques : « Her comenseza bok of Swevenyng » Reliquix antiqux, Londres, 1841-3. 1 Londres, 1882.

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