‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 111 sur 239 · PROSODIE ET GRAMMAIRE · texte numérisé non relu

PROSODIE ET GRAMMAIRE

toute cette domesticité si utile; mais par des changements de finales dans les termes eux-mêmes, changements cpi'on appelle des flexions. La nécessité d'une transaction avec le français, qui avait perdu ses déclinaisons primitives, valut à la nouvelle langue, au quatorzième siècle, une grammaire remarquablement simple et claire. L'usage des auxiliaires permit de mieux nuancer l'indication des actions. Les genres des noms présentaient toutes les bizarreries qui sont une des difficultés de l'allemand et du français ; mona^ lune, était masculin, comme en allemand; sunne, soleil, était féminin; 10?/, femme, n'était pas féminin mais neutre; de même maeden, jeune fille. Dans la transaction qui inter- ^int, l'anglo-saxon et le français renoncèrent tous deux à l'arbitraire de leurs genres ; les noms des êtres mâles furent masculins, les noms des êtres femelles furent féminins; tous les autres furent neutres; wife et maiden reconquirent leur sexe, pendant que nation, sun etmoon devenaient neutres. Les adjectifs, dont l'accord était très compliqué et dont on employait la déclinaison forte ou la déclinaison faible d'après des règles aussi difficiles que dans l'allemand, cessèrent de prendre la marque des genres et la clarté de la phrase n'y perdit rien.

Comme pour le vocabulaire et la prosodie, tous ces changements furent graduels; grande est la confusion au treizième siècle ; dans le Brut , dans 1'^ ncren Riwle , il est visible que les auteurs n'ont pas des idées arrêtées sur l'emploi des flexions et sur la distinction des genres. Sous Edouard III et Richard II seulement, les, grandes règles de la grammaire anglaise sont définitivement fixées. De même encore que pour le vocabulaire^ dans certains cas exceptionnels, les usages français et

les usages saxons se sont conservés parallèlement : c'est ainsi que le cas possessif peut être exprimé soit au moyen dune préposition, à la française : (( The works of Shakespeare, » soit au moyen de l'ancien génitif : « Shakespeare's works ».

Ainsi se forma la nouvelle langue, grâce à la fusion des deux autres. De notre temps, par un effort de patriotisme, assez factice, des auteurs ont essayé de réagir contre ces conséquences de la Conquête et contre l'œuvre de huit siècles. Ils se sont appliqués à écarter le plus possible de leurs œuvres les mots d'origine francolatine, pour n'employer que des mots d'origiae anglosaxonne. Frivole entreprise : on n'arrête pas la marche d'un na\dre en appuyant son épaule à la cloison ; et singulière erreur historique : la nation anglaise descend de deux peuples; elle a eu un père et une mère, dont l'union a été féconde bien qu'orageuse; et celui des deux ancêtres que d'aucuns renient aujourd'hui' sous prétexte de tendresse filiale, n'est peut-être pas celui qui s'est occupé avec le moins d'amour de former et d'instruire leur commune postérité.

La race et la langue sont transformées; la nation, considérée comme corps politique, se transforme aussi. Jusqu'au quatorzième siècle, le centre des pensées, des désirs, des ambitions était, pour chacun, selon sa vocation, soit Rome, soit Paris, soit ce centre mobile, en déplacement perpétuel, la Cour du roi; lumière et force,

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