‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 112 sur 239 · LA NATION ANGLAISE · texte numérisé non relu

LA NATION ANGLAISE

avancement dans le monde , venaient de ces centres divers. Au quatorzième siècle, ce qu'on a ^•^l faire pour la race et pour la langue se produit pour la nation ; elle se resserre et se condense ; elle prend conscience de ses limites propres ; elle les discerne et les maintient ; l'action de Rome est circonscrite; les appels à la Cour pontificale sont interdits i, et bien qu'on continue de les pratiquer, le vœu de la nation maintes fois exprimé est que le roi soit juge, non le pape; c'est une première V esquisse de la suprématie religieuse des souverains an- v/ glais. Oxford a grandi; il n'est plus indispensable d'aller à Paris pour s'instruire. Les guerres de France sont des guerres royales et non nationales; Edouard III ayant pris le titre de roi de France, ses sujets l'obligent à spécifier qu'ils lui seront soumis en tant seulement qu'il est roi d'Angleterre, et non pas comme roi de France -. La nation n'est plus anglo- française, normande, angevine, gasconne; elle est anglaise; la nébuleuse se fait étoile.

Le premier effet de la Conquête avait été de rattacher l'Angleterre aux civilisations du midi ; l'expérience

1 Voir la série des statuts de Provisors et de Prxmunire et des confirmations qui en furent faites (collation des bénéfices et appels à la cour de Rome), 25 Éd. 111, st. 6; 27 Éd. III, st. 1 ; 38 Éd. III, st. 2; 3 Rich. II, chap. 3; 12Rich. II, chap. 15; 13 Rich. II, st. 2, chap. 2; 16Ricli. II,chap. 5; tous ayant le même objet, restreindre l'action de Rome en Angleterre, conformément au vœu des Communes qui protestent contre ces appels à la Cour romaine dont la conséquence est de « deffaire et anuller les leys du Roialme » (25 Éd. III, 1350-1). et contre « la cour de Rome qui deust estre fontaine, racyne et source de seintitée » et qui, par convoitise, « attret à lui les collations des Eveschiez, Dignitez, Provendrez et des autres bénéfices de Seint Esglise en Engleterre, desqueux le taxe amonte à plus que cink foitz la tax de touz les profitz que appartenent au Roi par an de tout son Roialme ». Pétitions des Communes au Bon Parlement, 1376, RotuU Parliamcntornm, t. II. p. 337.

- Année 1340, 14 Éd. III, Rotuli Parliamentorum.i. II, p. 104.

avait réussi ; les résultats étaient acquis , définitifs ; plus n'était besoin de la continuer ; les liens peuvent maintenant se détendre sinon se rompre. Par ce mouvement d'évolution que manifeste perpétuellement l'espèce humaine, cette première expérience finie au bout de trois cents ans, une expérience en sens contraire commence. Un centre nouveau, inconnu jusque-là, s'impose graduellement à l'attention de tous et bientôt il attirera plus les regards des Anglais que Rome, Paris ou même la Cour du roi : c'est Westminster. Là, une institution d'origine mêlée, à la fois germanique et française, qui devait avorter chez nous, reçoit un développement sans pareil en aucun pays. Le Parlement, à l'état embryonnaire à la fin du treizième siècle, se trouve, à la fin du quatorzième, constitué de toutes pièces, dans ses éléments actuels, avec une puissance, des prérogatives et un rôle dans l'État qu'il a rarement dépassés depuis.

Ce n'est pas en vain que les Normands, les Angevins et les Gascons auront donné aux indigènes l'exemple de leur caractère habile et pratique et auront mêlé les deux races. Leurs vertus propres ont passé chez les vaincus, et l'on est frappé de voir, du premier jour où le Parlement prend conscience de sa force, quel esprit l'anime : on dirait une assemblée de Normands. Les Anglo-Saxons violents et incertains, prompts à l'enthousiasme et au désespoir, calculent maintenant, réfléchissent, s'avisent, ne se pressent pas, gardent leur sang-froid dans les crises, usent de diplomatie , marchandent. Tous les rapports du Parlement et de la Cour au quatorzième siècle sont une série de marchés; le Parlement paye moyennant que le roi réforme; donnant, donnant; et l'exécution du marché est minutieusement surveillée. Il

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