‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 113 sur 239 · LE PARLEMENT · texte numérisé non relu

LE PARLEMENT

se trouve, à la longue, que le Parlement est plus normand que la Cour; c'est lui qui manœuvre le plus habilement et demeure le maître; à Normand, Normand et demi. Les Plantagenets voient avec surprise grandir cette puissance qu'ils ne peuvent plus dominer; le fils de leurs œuvres est dru et fort; il mord sa nourrice.

Après les essais de Simon de Montfort, Edouard I" avait convoqué, en 1295, le premier véritable Parle-'/ ment; il avait proclamé le principe fondamental de toutes les libertés, en s'appropriant la maxime latine d'après laquelle « ce qui touche aux intérêts de tous doit être approuvé par tous » ^. Il prend l'habitude d'en appeler à son peuple ; il le fait arbitre entre lui et ses barons turbulents ~ ; il se comporte , en mainte occasion , comme s'il sentait que , au-dessus de lui , il y a la nation. Et l'on a ce spectacle étrange : le descendant des autocrates normands explique avec modestie ses projets de guerre en Flandre et en France, s'excuse de Vaide qu'il lui faut de ses sujets, que dis-je, en vient à solliciter l'immatériel bienfait de leurs prières : « Lui, roi, sur ce et sur l'état de lui et de son royaume , et comment les besognes de son royaume sont allées à rien, fait assavoir et veut que tous en sachent la vérité, laquelle s'ensuit... Il ne peut défendre lui ni son royaume sans aide de ses bonnes gens.

1 « Sicut lex justissima, provida circumspectione sacrorum principum stabilita, liortaturelstatuit utqiiod omnestangitab omnibus approbetur... » Rymer, Fœdera, 1705, t. II, p. 689. Celte maxime, tirée du code Justinien, était connue et invoquée, mais non pratiquée, en France. Voir Commines, Mémoires, liv. V, chap. xix.

2 « Kar acuns gentz », dit-il, « purroient dire e fere entendre au poeple aucunes paroles noun verroies ». « Acuns gentz » désigne Bohun et Bigod. Proclamation de 1297, dans Rymer, Fœdera, t. II, p. 783.

Et cela lui pèse beaucoup de les avoir pour cela tant grevés... Et il les prie qu'ils veuillent avoir pour excuse que ce qu'il a fait, il ne l'a pas fait pour acheter des terres et des ténements , ni des châteaux ni des villes , mais pour défendre lui et eux-mêmes et tout le royaume... Et comme il a grande confiance que les bonnes prières de ses bonnes gens le pourront beaucoup aider à mener cette besogne à bonne fin, [il demande] qu'ils veuillent prier ardemment pour lui et pour ceux qui avec lui vont » '.

Le Parlement est d'abord surpris : tant d'honneur l'inquiète ; puis il comprend l'occasion qui s'offre à lui et devine que, dans le marché qu'on lui propose, il pourrait bien être le bon marchand. Dès lors, ses progrès sont rapides et, d'année en année, on voit se former le faisceau de ses privilèges définitifs. Les Communes ont leur speaker, (( Monsieur Thomas de Hungerford, chevalier, qui avait les paroles pour les Communes d'Angleterre » 2 ; les députés sont élus par « vraie élection » et le Parlement proteste contre toute intervention du gouvernement, contre les candidatures officielles et contre l'élection des fonctionnaires royaux. Dans les questions difficiles, les députés demandent à rentrer dans leurs provinces et à consulter leurs commettants avant de voter 3. Avec toutes les idées aristocratiques

1 Rymer, Fœdera, 1705, t. II, p. 783, année 12&7. '- Parlement de 1376-7, 51 Éd. III.

2 Exemples : que les députés des comtés « soient esluz par commune élection de les raeillours gentz des ditz countées et nemye certifiez par le viscont (shériff) soûl, saunz due élection ». Bon Parlement de 1376. Demande que les shériffs ne puissent représenter les comtés pendant qu'ils sont en fondions, 1372, 46 Éd. III, Rotuli Parlianmitorum, t. Il, p. 310; que nul représentant « ne soit viscont ou autre ministre », 13 Éd. III, année 1339. Demande des membres du Parlement de retourner chez eux pour con-

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