PUISSANCE DES COMMUNES
dont il leur arrive encore de s'inspirer, beaucoup de ces audacieux qui demandent des réformes et résistent au roi, étaient de fort petites g-ens; on voit siéger en grand nombre à Westminster des « Walterus l'espicer », des « Paganus le tailour », des « Radulphus le teynturer », des « Ricardus orfèvre » K
Grande est la puissance de cette assemblée composite ; nul impôt nouveau qui ne soit voté par elle ; tout individu, tout personnage, toute autorité qui a une demande à faire ou ime plaiute à exprimer, l'adresse à l'assemblée de Westminster. Le roi la consulte sur la paix et sur la guerre : « Donc, dit le Chambellan aux Communes en 1354, vous voulez consentir au traité de paix perpétuelle si on la peut avoir? — Et les dites Communes répondirent entièrement et unanimement : Oïll oïl! » Rien n'est trop grand ou trop petit pour le Parlement : les rois lui adressent des appels, le clergé aussi, les mendiants aussi; en 1330, les pauvres, le,« poverail », de Greenwich, se plaignent de ce qu'on ne leur fait plus l'aumône comme autrefois , au grand détriment , disent-ils, des âmes des bienfaiteurs du lieu « qui sont en Purgatoire » . Les couvents réclament desj)rivilèges que le temps a effacés ; des valets demandent leurs gages ; le barbier d'Edouard II
sulter leurs commettants : « Ils n'oseront assentlr tant qu'ils eussent con seillez et avysez les communes de lour pais » 1339, Rotuli Parliamentorum, t. II, p. 104.
1 Return of the namcs of every member returned to serve in each Parliament, Londres, 1878, fol. {Blue book). Il n'y a pas de doute, dans beaucoup de cas, que ces désignations indiquent la profession actuelle du député : Ex. « Johannes Kent, mercer », p. 217.
- Rotuli Parliamentorum, t. II, p. 262.
' Pétition du « poverail » de Greenwich et Lewisham à qui on ne fait plus l'aumône (une maille par semaine k tout pauvre qui se présentait) à « grant damage des povres entour et des aimes les fondours que sont en Purgatorie «. 4 Éd. III, Rotuli Parliamentorum,, t. II, p. 49.
sollicite le maintien de faveurs accordées par un prince qu'il avait saigné et rasé pendant ving-t-sLx ans '.
Et devant la même assemblée tiennent de bien autres querelles; on y met en accusation les ministres du Roi, Latymer et Ne\ille , on y condamne sa maîtresse Alice P^rrers-; on réforme sa maison, son persomiel et ses dépenses ; il est facile de prévoir le moment où, par l'effet du travail* des siècles, le roi régnera mais ne gouvernera plus. C'est presque déjà le cas au quatorzième siècle. Le Parlement dépose Richard II, qui se croyait roi de droit di\dn. et, bien longtemps avant les Stuarts, prétendait tenir sa couronne « du don de Dieu » ^. Dans la liste des griefs dressée par l'assemblée pour justifier la déchéance, figure l'assertion attribuée au roi, « que les lois venaient de sa bouche ou de son cœur et que seul il pouvait faire ou changer les lois de son royaume *. » En 1399, ce langage était déjà criminel en Angleterre; en 1527, Claude Gaillard, premier président du Parlement de Paris, dit, dans sa remontrance à François P"", roi de France : « Nous ne voulons, Sire, révoquer en doute ou disputer de votre puissance ; ce serait espèce de sa-
1 i Éd. m, Rotuti Parliamentorum, t; . p. 33.
2 Bon Parlement de 1376.
•^ Les Communes avaient eu l'audace de se plaindre des dépenses du roi fl du trop grand nombre de Prélats et de dames qu'il entretenait : « de la multitude d'Évesques qui ont seigneuries et sont avancez par le Roy et leur meignée; vl aussi de pluseurs dames et leur meignée qui demuront en l'ostei du Roy et sont à ses coslages. » Richard répond d'un ton courroucé qu'il <i voet avoir sa Régalie et la libertée roiale de sa corone », comme héritier d'Angleterre « del doun de Dieu ». 1397, Rotull Parliamentorum, t. m, p. 339. Les Communes s'inclinent, mais non sans idée de revanche.
* « Dixit expresse, velut austero et protervo, quod leges sue erant in ore suo et aliquotiens in peclore suo. Et quod ipse solus posset mulare et condere leges regni sui. » RotiiU Parliamentorum, t. III. p. il9.