‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 116 sur 239 · MARINS ET MARCHANDS · texte numérisé non relu

MARINS ET MARCHANDS

toujours été depuis, avant tout une « ile marchande » K Elle exploite ses mines, celles même de « charbon de mer m, comme on l'appelait alors, « carboun de meer »~. Elle a une marine commerciale considérable qui porte dans la Baltique, en Islande, en Flandre, en Guyenne, en Espag-ne, des laines, des peaux, du drap, du blé, du « buyre etfurmage », de Fétain, du plomb, du fer. Les galères de Venise lui amènent, tous les ans, du coton, des soies de Damas, du sucre, desépices, des parfums, deFivoire, du verre. Les grandes maisons de commerce et les corporations marchandes sont des puissances dans l'État : Edouard III donne aux guikls de Londres le droit d'avoir des député^' au Parlement et elles Font gardé jusqu'au bill de réforme de 1832. Les riches commerçants prêtent au roi, ils sont appelés à ses conseils ; ils se comportent en grands citoyens. Antoine Blache prête à Edouard III 11,720 livres; les Blanket de Bristol amassent une fortune énorme; Jean Blanket meurt en 1405 léguant le tiers de ses biens à sa femme, le tiers à ses enfants, le tiers aux pauvres; John Philpot, épicier de Londres, monte sur ses navires et défe.nd le royaume ; Richard ^Yhittington, qui n'avait d'abord, selon la légende, pour tout bien, qu'un chat, est célèbre dans l'histoire par sa richesse et sa libéralité ; il fut maire de Londres en 1398, 1406 et 1419. On annoblit ces marchands; ils deviennent tiges de comtes et de ducs; les de la Pôle, marchands de laine de Hull, engagent leurs biens pour le roi. William de la Pôle sauve Edouard III que le man-

1 A. Sorel, l'Europe et la Révolution française, t. I, p. 337.

2 Le Parlement s'occupe à diverses reprises de ces mines, au quatorzième siècle : « Corne en diverses parties deinz le Roialme d'Engleterre sont diverses miners descarbons, dont les Communes du dit partie ont lour sustenantz en grande partie... » 51 Éd. 111, Rotuli Parliameniorum.

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que cVargent arrêtait en Flandre, et devient chevalier banneret; son fils Michel est fait comte de SufTolk; un de ses petits-fils est tué à Azincoui-t; un autre assiège Orléans que délivre Jeanne-d'Arc, devient duc de Suff"olk est condamné pour haute trahison et meurt décapité en 14-50; aucun honneur ne manque à sa race.

Dès le temps des Édouards, les Communes se préoccupent de la puissance et de la gloire maritime du pays ; déjà, dans leur pensée, l'océan est leur domaine. Remarquent-elles une diminution des forces navales de l'Angleterre? Elles s'en plaignent au roi dans des termes qu'on a maintes fois entendus depuis, mot pour mot, sous les voûtes de Westminster : « Il y a vingt ans, et toujours auparavant, la marine du royaume était, dans tous les ports et les bonnes villes sur mer et sur les ri\ières, si noble et si abondante que tous les pays tenaient et appelaient notre seigneur : le Roi de la mer i ! » A cette date, 1372, le pays est bien l'Angleterre des Anglais.

On trouve, dès ce moment, les Anglais à l'état isolé ou en petites troupes, sur toutes les mers et sur tous les chemins^. Leur naturel est changé; leur île ne leur suffit pas, comme elle suffisait aux Anglo-Saxons. « Il ne sait rien qui ne va hors » , pensent-ils , avec Des Champs ; ils sont curieux de voir ce qui se passe ailleurs et, en gens positifs , d'en profiter. Partout où l'occasion est bonne ils la saisissent, quelle qu'en soit la nature; s'ils rencontrent des Sarrazins, ils les tuent : c'est autant de fait pour gagner le paradis; s'ils pénètrent en Italie,

' i6 Ed. III. Rotuli Parliamentorum, t. Il, p. 311. Le roi fait une réponse vague.

^ " Tliey travaile in every londe », dit d'eux Gower, dans sa Confessio Amantis, éd. Pauli, t. 111, p. 109.

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