‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 117 sur 239 · MARINS ET VOYAGEURS · texte numérisé non relu

MARINS ET VOYAGEURS

ils ne sont pas longs à remarquer les avantages qu'offre la vie de condottiere et ils l'adoptent, la perfectionnent même, et après leur mort on les enterre magnifiquement dans la cathédrale de Florence, et Paolo Uccello peint leur portrait sur la muraille K En toute occurrence ils se comportent en Normands ; dans les salles de séance à Westminster, dans leurs comptoirs de la Cité, sur les grand'routes d'Italie , sur l'océan , ils se montrent, comme les maîtres dont le génie a passé en eux, aventureux et pratiques à la fois : « ils sont bons marcheurs et bons cavaliers, » disait d'eux, au quatorzième siècle, Ranulphe Higden; « ils sont curieux et ils aiment à raconter les choses singulières qu'ils ont observées ». Que de livres de voyages ont été dus, depuis, à cette qualité! « Ils sillonnent tous les pays et réussissent mieux encore dans les contrées lointaines que dans la leur... Ils se répandent par le monde ; toute terre qu'ils habitent devient pour eux la patrie -. » Ils sont eux-mêmes et ne cherchent plus à être autrui; ils cessent peu à peu de francigenare. C'est avec ce mélange 'd'obstination et d'audace qu'on fonde des établissements lointains et qu'on les garde; c'est grâce à ces qualités que devait se créer plus tard l'empire colonial anglais ; c'est grâce

' « Joannes Acutus, eques Britannicus (John Hawkwood)... rei mililaris peritissimus... Pauli Vccelli opus », inscription de la grisaille peinte par Uccello, au quinzième siècle, en mémoire de Hawkwood, mort au service de Florence en 1394. Il était fils d'un tanneur du comté dEssex; la corporation des tailleurs prétendait qu'il avait débuté parmi eux; des romans populaires lui furent consacrés : The lionour of the Taylors, or the fanions and renowned history of sir John Bawkwood, Knicjht, containing his... adventures... relaiing to love and arms, Londres, 1687, 4°. Lh peinture d'Uccello a été enlevée du chœur, mise sur toile et transportée contre le mur d'entrée de la cathédrale.

2 Polychronicon, éd. Babington (Holls), t. II, pp. 166, 168.

k elles que les Plantagenets pouvaient aspirer, dès le quatorzième siècle, au titre de « rois de la mer ».

Avec le commerce viennout le luxe, le confort et le goût des arts. Il en est de Londres comme de Venise, Florence et Bruges : ces marchands et ces nobles aiment « les belles choses ». C'est une époque de prospérité pour les imagiers, miniaturistes, peintres, sculpteurs ' ; les riches se font ciseler des vierges d'ivoire au sourire tendre, à moitié mondain, charmant justement par le doute qu'il laisse et l'incertitude s'il est de la terre ou du ciel ; des tablettes de dévotion d'ivoire peint, ou d'or, ou d'émail translucide, des goblets d'or avec personnages, des coupes d'argent « émaillées, avec jeux d'enfants », des salières en forme de lion ou de cliien, des « images d'or de Saint- Je an-Baptiste étant en désert 2», tout ce précieux mobilier dont nos musées sont remplis. Edouard II envoie au pape, en 1317, entre autres cadeaux, une aiguière dor et son bassin, émaillés d'émaux translucides, fournis par Roger de Frowyk, orfèvre de Londres, du prix de cent quarante-sept livres. Humphrey de Bohun,

1 Les plus brillants spécimens de la peinture du temps étaient, en Angleterre, ceux qu'oflfrait la chapelle Saint-Étienne au palais de Westminster, achevée vers 13 i 8 et peinte ensuite. Le principal architecte fut Thomas, de Cantorbéry, maître maçon; les principauv peintres (à en juger ])ar l'élévation des salaires) furent Hugues de Saint-Alban et John Cotton (Fcedera. 1705, t. V, p. 670; VI, 417). Celte chapelle a été brûlée dans notre siècle avec le reste du Parlement; il ne subsiste que la crypte; des fragments de peinture ont été sauvés et sont conservés au Brilish Muséum, ils représentent Ihisloire de Job. Noter l'air aimable et souriant des personnages, surtout des femmes, air de gens heureux.

2 Voir les objets précieux énumérés dans les testaments anglais du quatorzième siècle : A collection of... ivills, Londres, Nichols, 1780, 4°. pp. 37, 50, 112, 113 et dans The ancient Kalendars and Inventories ofl/i.e Treasury. éd. Palgrave. Londres, 1836, 3 vol. 8°. Échiquier d'iidouard III. 1. 111. p. 173. Cf., pour la France, Inventaire du mobilier de Charles V, éd. Labarte (Documents inédits), 1879, 4°.

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