LE LUXE ET LES ARTS
pelles se couvrent cVornements ; de larges fenêtres laissent passer par leurs vitraux une lumière multicolore ; des anges aux cheveux d'or sortent des corniches ; l'architecture, elle aussi, sourit, d'un sourire comme celui des madones, à moitié religieux et à moitié mondain.
On se fortifie moins étroitement qu'autrefois; parmi tant de châteaux dont le sol est comme hérissé, voici dans la vallée lointaine où est assise l'antique ville de Saint-David, un palais d'évèque qui n'eût convenu ni à Guillaume de Longchamp ni à Hugues de Puiset, somptueuse demeure, sans tours de défense, ni fossés, ni ponts-levis, demeure exceptionnelle, construite comme si déjà on était sûr du lendemain K
Les dehors sont moins rébarbatifs ; l'intérieur s'orne €t s'enrichit; on vit moins en commun qu'autrefois; les existences sont moins patriarcales et plus raffinées; les partisans du temps passé se plaignent de ce que le riche « dine dans une chambre avec une cheminée et quitte la grand' salle qui était faite pour que les hommes y prissent ensemble leurs repas- ». Ces chambres à cheminées ont des murs peints ou couverts de tapisseries ; on y voit représentés, comme chez Edouard II, le roi
Henri IV. La liste de ses bénéfices (oct. 1366) remplit plus de quatre pages daiisLowth (Lifeof W. ofWyheham, Oxford, 1777, pp. 28 ets.). Froissart constate l'influence énorme dont « Wican » jouissait dans l'État.
1 Construit presque en totalité par l'évêque Gower, 1328-47, le « Wykeham de Saint-David". Hislory andantiquities of St. Davids, par Jones et Freeman, Londres, 1856, 4", pp. 189 et s. Il ne reste aujourd'hui que des ruines, mais elles sont des plus belles qu'on puisse voir.
- Now hath uche riche a reule • to éten bi hym-selve In a pryve parloure • for pore mennes sake, Or in a chambre witli a cliynineye • and leva tlie chief halle, That was made for mêles • men te eten inné.
Visions concerning Piers Ploivman (éd. Skeat), texte B, passus X, vers
entouré de ses seigneurs ', ou comme chez le Prince Noir, le Pas de Saladin, ou des « sirènes de mer », avec une bordure « de cygnes à têtes de dames (des chimè res) et de plumes d'autruche », ou comme chez sir John Falstofe, au siècle suivant, l'adoration des bergers, une chasse au faucon, le siège de Falaise (prise en 1417), une femme jouant de la harpe près d'un château, « un géant perçant un sanglier avec un épieu » : toutes œuvres pour nous fort intéressantes, car elles ne sont que de la littérature mise en couleur ou broderie 2,
On songe au confort et à l'élégance de la table; des cuisiniers rédigent maintenant en anglais leurs recettes, et des maîtres d'hôtel mettent en anglais le protocole des préséances et les règles d'après lesquelles doit se guider le parfait domestique. Le parfait domestique ne se gratte pas la tête et évite d'éternuer dans les plats ; il n'essuie pas les assiettes avec sa langue ; pour découper, il prend la viande avec sa main gauche (les
1 Tapisserie payée par le roi trente livres à Thomas de Hebenhith, mercier de Londres {Wardrobe accounts of Edward II. — Archœologia, l. XXVI. p. 344).
-Testament du Prince Noir, dans Niciiols, A Collection of Wills, Londres, 1780, 4"; inventaire des livres de Falstofe (mort sous Henri VI), .l;-chaeologia, t. XXI, p. 232; dans un seul de ses châteaux, celui de Caister près Yarmouth, on trouva à sa mort 13.400 onces d'argent. Déjà au treizième siècle, Henri IH qui avait eu la passion des arts, avait fait peindre dans sa chambre à la Tour, l'histoire d'Antioche (3® croisade) et dans son palais de Clarendon ce Pas de Saladin sujet d'une des tapisseries du Prince Noir; il avait une peinture de Jessé sur le manteau de sa cheminée à Westminster. (Hardy, A Description of the close rolls in the Tower, Londres, 1833, 8°, p. 179, et Devon, Issues of the Exchequer, 1837, p. 64.) 11 aime tellement la peinture exécutée pour lui à Clarendon qu'il la fait couvrir d'une toile quand il est absent, pour qu'elle ne se gale pas (Parker et Turnor, Domesdc architecture p. 47). Au quatorzième siècle, on fait de préférence tendre les murs quon peignait au treizième; on avait des salles, c'est-à-dire des assortiments de tentures pour une pièce; on en fabriquait de communes à Korwich; les plus belles venaient des Flandres.