COSTUMES, CUISINE, MOBILIER. 2G
fourchettes étaient inconnues) et la taille avec la droite ; il donne à chacun sa place et se rappelle que : le pape n'a pas d'égal ; « the pope hath no peere » . Quand le maître s'habille, on l'assied sur une chaise auprès du feu, on lui étend un mouchoir sur les épaules et on le peigne « courtoisement » avec un peigne d'ivoire ; on le « rince avec de l'eau de rose tiède » ; quand il prend un bain on parfume l'air avec des herbes suspendues au plafond. Quand il se couche, on chasse de sa chambre ce qu'il peut s'y trouver de chiens et de chats, ou bien on leur donne un petit linge.
La nourriture est riche et compliquée. On mange les poules et lapins coupés en morceaux, avec des amandes concassées, des raisins de Corinthe, du sucre, du gingembre, des herbes trempées dans delà graisse, des oignons et du sel; si le mélange n'est pas assez épais, on ajoute de la farine de riz et on colore le tout avec du safran; les grues, les hérons et les paons se mangent au gingembre. On fait grande attention à l'apparence extérieure, à la couleur; il faut que les plats soient jaunes, ou verts, ou ornés de <( feuilles d'or et d'argent », mode qui s'est conservée en Orient. On confectionne des pièces montées, des « subtilités », comme on les appelait; elles représentent « Marie la Sainte- Vierge et Gabriel qui la salue et dit Ave^ ».
1 Ces receltes et ces conseils se trouvent dans : The forme of Cury, a roll of ancient Encjlish cookery compiled about A. D. 1390, hy the master cook of Uing Richard II, éd. Pej;ge, Londres, 1780, 8° ( se trouve aussi dans les Antiquitates cuUnarix de Warner, 1791, 4°}. Le prologue nous apprend que ce niaitre-queux de Richard s'était guidé d'après les principes, et que le livre « was compiled by assent and avysement of maisj^ers [of] phisik and of philosophie that dwellid in his court ». — The boke of Nurture folowyng Englandis gise by me John RitsseU, éd. Furnivall, Early English text Society, 1868, 8'^. Russell était maréchal de la salle
On orne sa personne comme sa maison; le luxe des vêtements est poussé à l'extrême, tellement que le Parlement juîre bon d'intervenir et interdit aux femmes du peuple de porter d'autres fourrures que du chat ou du lapin ' . Edouard III achète à maître Paul de Monteflor des robes pour la reine, en étoffes « venues d'outre-mer», au prix énorme de treize cent trente li\Tes ; il a lui-même une veste de velours sur laqpielle il a fait broder des pélicans d'or par William Courtenay brodeur de Londres. Il donne à sa maîtresse Alice Perrers 21.868 perles, plus trente onces de perles plus petites; il fait cadeau de deux mille perles à sa fille Marguerite pour son mariage; il achète pour sa sœur Aliénor une voiture toute dorée, tapissée et brodée, avec des coussins et des rideaux de soie, et la paye mille livres- : on eût pu, pour la même somme, acheter à cette époque un troupeau de seize cents bœufs.
Le sens, la vénération, le culte de la beauté se répandent parmi ce peuple dont les pensées suivaient naguère un cours si différent. On donne à la beauté physique une attention qu'elle n'avait jamais reçue au même degré; hommes et femmes portent des vêtements ajustés dessinant les formes du corps; dans les vers qu'il composa lui-même pour son tombeau à Cantorbéry, le Prince Xoir pleure « sa beauté [quij est
de Huinphrey. duc de Gloucester; il écrivit étant vieux, dans le premier tiers du quinzième sièc^; comme il a la prétention d'enseigner la tradition et les bonnes manitTes d'autrefois, il faut tenir que les mœurs qu'il décrit datent du règne de Richard II.
' Année 1363. 11 tolère cependant encore 1' « aignel » et le ■< gopil ». liotnli Parliamentorum, t. II, p. 281.
-Issues of the Excheqner. éd. Devon, 1837, pp. 142, 147,189, 209. sixième année d'Edouard III. Richard II paye 400 livres une voiture pour la reine et, pour un simple chariot, 2 livres seulement. Ibid., pp. 236 et 263.