RECITS IRLANDAIS
ger les effets , à faire parler leui's personnages ; ils ont le don de l'éloquence et de la vive répartie. Telle des compositions qui nous est parvenue se découpe en dialogues et ce n'est plus un récit qu'on a sous les yeux, c'est un drame. Qu'on prenne des histoires comme le Meurtre des fils (TUsnech ou la Maladie de Cuchulaïnn , dans lesquelles l'amour trouve place , on y verra en saillie ces traits remarquables. L'histoire du Cochon de Mac Dâthô est d'une puissance dramatique aussi sauvage que les plus cruels chants germaniques ou Scandinaves; mais elle est infiniment plus variée de ton et artistique de forme. Les tableaux de la vie commune et les discussions familières du foyer y trouvent place à côté des sanglants spectacles aimés de tous les peuples au temps de leur farouche adolescence.
« Il était, dit le narrateur, un roi de Leinster, fort célèbre, nommé Mac Dàthô '. Ce roi avait un chien, Ailbé, qui défendait toute la province et remplissait Érin de sa renommée ». Ailill, roi de Connaught et Conchobar, roi d'Ulster, demandent le chien, et Mac Dàthô, fort embarrassé, prend conseil de sa femme qui lui suggère de promettre à la fois le chien aux deux rois. Au jour fixé, les guerriers des deux pays viennent chercher le célèbre chien, et Mac Dâthô leur donne un grand banquet dont le plat principal est un cochon de rare espèce : « trois cents vaches l'avaient nourri sept années durant. » A peine les convives assis, les dialogues commencent :
— « Il a l'air bon ce cochon », dit Conchobar.
— « Oui vraiment répondit Ailill; mais, Conchobar, comment le découpera- t-on?
1 Traduction de M. Duvau, l'Épopée celtique, pp. 66 et s.
— « Quoi de plus simple, dans cette salle où sont les glorieux héros d'Érin? répliqua du haut de sa couche Bricriu, fils de Carbad. A chacun sa part suivant ses combats et ses exploits! mais avant que les parts ne soient faites, chacun donnera plus d'un coup sur le nez de son compagnon.
— « Soit, dit Ailill.
— (c C'est juste, dit Conchobar; nous avons ici les guerriers qui ont défendu nos frontières. )>
Alors chacun à son tour se lève et réclame l'honneur de découper : J'ai fait ceci. — J'ai fait mieux encore I — C'est moi qui ai tué ton père! — C'est moi qui ai tué ton fds amé! — C'est moi qui t'ai fait cette blessure dont tu souffres toujours !
Le guerrier Cet venait de dire ses horribles exploits, lorsque Conall d'Ulster lui dispute la place et dit :
— « Depuis le premier jour que j'ai tenu un javelot, il ne m'est pas souvent arrivé de dormir sans avoir pour reposer ma tète, la tête d'un homme de Connaught. Il ne s'est point passé un seul jour, une seule nuit, que je n'aie tué un ennemi.
— « C'est vrai, dit Cet, tu es meilleur guerrier que moi ; mais si Anluan était dans ce château, lui du moins pourrait lutter contre toi ; quel malheur, qu'il ne soit pas ici!
— « 11 y est! dit Conall » ; et, tirant de sa ceinture la tête d' Anluan, il la lança sur la table.
Dans le Meurtre des fils (VUsnech^, le premier rôle est à la femme. L'amour est le mobile principal des personnages ; c'est lui, chose unique dans la littérature euro-
i Epopée celtique en Irlande, pp. 217 et s.