LE CULTE DE LA BEAUTE
toute allée ». Richard II fait graver de son vivant, sur sa tombe, qu'il était « corpore procerus ». Le goût des Anglais pour les brillants costumes de-s-ient si notoire qu'on leur attril)ue, en France même, l'invention de modes nouvelles. En rappelant à ses filles, pour leur enseigner la modestie, que « le déluge au temps de Noé fut pour l'orgueil et déguisures des hommes et principalement des femmes qui se contrefaisaient de atours et de robes », le chevalier de la Tour Landry fait honneur ou plutôt honte aux dames d'Angleterre de l'invention des extravagantes coiffures du temps : mauvais signe; c'est un pays où l'on s'amuse trop ; « en Angleterre en a moult de blâmées si comme l'on dit ; je ne sais si c'est à tort ou à droit » .
Cette attention donnée à la beauté physique a pour conséquence que les sculpteurs commencent en Angleterre, chose singulière à cette époque, à s'occuper du modèle vivant et à travailler d'après le nu. Dans l'abbaye de Meaux près Beverley, sur les bords de l'Humber, on vit au quatorzième siècle un spectacle qu'on eût plutôt cherché sur les rives de l'Arno, sous le ciel indulgent
1 Les vers du Prince 'Soir (infra, p. 361 se trouvent daas son testament, afvec des détails minutieux sur les sculptures dont son tombeau devra être orné et la manière dont il sera représenté « tout armez de fier de guerre ». Stanley, Historical Memorials ofCanierbury, 1855, p. 132; le tombeau subsiste, en très bon état de conservation. Le tombeau de Richard H à Westminster fut construit de son vivant et sous ses yeux. On a encore les contrats originaux (endenturesj par les(juels « Nicholas Broker et Godtrey Prest, citeins et copersmythes de Loundres « sengagent à faire fabriquer les statues de Richard et d'.\nne, telles qu'on les voit aujourd'hui avec des « escriptures... en tour la dite toumbe ». 14 avril 1.395. Un autre contrat concerne la maçonnerie de marbre. Tous deux sont au Record Office, Exchequer Tjeasury of the recipt. — Miscellanea 3/40.
^ Le livre du chevalier de la Tour Landry pour l'enseignement de sesfilles, éd. Montaiglon, Paris, 1854, 12", pp. 46 et 98, écrit en 1371.
268 LE NOUVEAU PEl PI.E.
d'Italie : ral)lK'* Hugues de Leven ayant coniniaiKh' un nouveau erucifi.v pour la chapelle du couvent, l'artiste « eut coustauiment sous les yeux un liomme nu, et il s'appli(]uait h donner au crucifix la beauté des formes du modèle » '.
Dernier trait enfin et qu'on peut rapprocher des autres : à c6téde la beauté des êtres, la beauté des choses, des paysages, des arbres; il se trouve en 1350 des représentants des C.omuuuies pour se plaindre de la destruction des grands arbres avoisinant les maisons, ces grands arbres que les cœurs anglais aimaient déjà, et pour signaler au Parlement la ])erte de cette beauté, le « grant damage, gast et blêmissement » qui en résulte pour les demeures 2.
A tous égards ou peu s'en faut, l'Anglais d'aujourd'hui se constitue donc, en ses grands traits, sous les deux derniers princes de la maison d'Anjou : pratique, entreprenant, libre, grand voyageur, riche commerçant, excellent marin. Nous venons de voir ce qu'il est; écoutons maintenant ce qu'il dit.
' « Et homincin niuluin coram se stantom piospcxit, scriindiiin cujus formosam itna^^incm criicinximi ipsum apliiis dccoraicl. » CfironicainonaS' teriidc Mclsa, i'd. Hond, Kolls, ISf.S, l. IH, p. '.i^t. Iliigiics de Leven (|ui commanda ce crucifix fui abhé de I :{;{'.» A I3/|9. Thomas de Hurton, auteur de la chronique, la rédigea ;\ la fin du (|ualorzième siècle.
- Les représentants des Communes remontrent (|ue, comme les |tourvoyenrs royaux « aliatent et ount abaluz les arbres cressauntz enlour les mansions des genlz de ladite commune, en grant damage, gast et blêmissement de lour mansions, ([e jdese à noslre Seigneur le Roi, (|ue desorcmes tiels arbres ne seonl copez ne pris en contre la volunté des seigneurs des ditz mansions •). — Jirponsc : <> Il semble au conseil i|e ccsle pétition est resonablc ». Holls of l'atiiamcnt, '25 Ed. Ml, t. Il, p. 2J0.