‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 124 sur 239 · LE VIEUX LONDRES · texte numérisé non relu

LE VIEUX LONDRES

diocre; les porcs couraient çà et là; une ordonnance d'Edouard P'^ avait inutilement prescrit qu'ils seraient tous tués, sauf ceux de Ihospice de Saint-Antoine qu'on reconnaîtrait à la sonnette pendue à leur cou : « Et qui porc voudra nourrir, le nourrisse dans sa maison M » Cette facilité fut même retirée un peu plus tard, tant les mœurs devenaient élégantes.

Dans cette ville laborieuse, parmi les marins et les marchands, prenant le goût des aventures et des histoires de pays lointains, écoutant son père décrire les belles choses qu'on voit à la Cour, Geoffrey grandit , d'enfant devint jeune homme et, grâce aux relations de sa famille, fut nommé à dix-sept ans page d'Elisabeth, femme de Lionel, lils d'Edouard III. A son tour, et non pas comme marchand, il avait accès à la Cour et en faisait partie. Il s'habille à la mode et dépense sept shillings pour un manteau, des souliers et une culotte rouge et noire-.

En 1359, il prit part à l'expédition conduite en France par le roi : il semblait que ce dût être, pour notre pays, le coup de grâce ; le désastre de Poitiers n'était pas encore réparé , on était au lendemain de la Jacquerie , des émeutes parisiennes, de la trahison et de la mort de Marcel ; le roi de France était prisonnier à Londres et le royaume avait pour chef un jeune homme de vingt-deux ans, frêle, savant, pieux, inhabile aux armes. On eût cru qu'il n'y avait qu'à prendre; mais une fois de plus on

1 Quatre jurés sont chargés du massacre : « Quatuor homines electi et jurati ad capiendos et interllciendos porcos inventos vagantes infra muros civitatis. » Riley, Munimenta GildhalUe, Londres [Rolls), 1859, 4 vol. 8°; Liber Albus, p. 590.

- Avril 1357. C'est ce que nous apprennent les comptes de la maison d'Elisabeth, dont un fragment nous est parvenu. Ce document est le premier en date de ceux où figure le poète.

HISTOIRE LITTÉKAIRE. 18

vit se vérifier le dire de Froissart ; dans la fragile poitrine du dauphin liattait le cœur d'un grand citoyen, et il parut à l'user que le royaume n'était pas « si déconfit qu'on ny trouvât bien toujours à qui combattre ». La campagne ne fut heureuse ni pour Edouard ni pour Chaucer ; le roi d'Angleterre n'eut que des échecs : échec devant Reims, échec devant Paris, et fut trop heureux de conclure la 2)aix de Brétigny: Chaucer fut pris par les Française et sa destinée eût été assez peu enviable si le roi n'avait payé sa rançon. Edouard versa seize livres pour ravoir le page de sa bru. Chaque chose a son prix ; le même prince avait payé cinquante Hatcs un cheval du nom de Bayard et soixante-dix un autre du nom de Labryt, qui était gris pommelé.

Après son retour, Chaucer fut attaché à la personne d'Edouard en qualité de valet de chambre. « valettus camerae régis » ; c'est exactement le titre que Molière devait plus tard honorer à son tour. Ses fonctions consistaient à faii'e le lit royal . tenir les torches , porter les messages. Cn peu plus tard, il fut écuyer, armiger, senti fer, et comme tel ser\-it le prince à table et chevaucha à sa suite dans ses voyages'. 11 ne semble pas que ses devoirs aient absorbé toutes ses pensées, car il trouva le temps de lire force li^Tes, décrire force poésies, d'aimer éperdùment une belle personne inconnue qui ne

• Dans le procès Grosrenor-Scrope, relatif à une question d armoiries 0386 s Chaucer, cité comme témoin, déclare avoir tu sir Richard Scrope porter les armes en discussion, « en France, devant la ville de Rollers (Réthel, en Champagne^... par tout ledit viage tanque ledit Geffrey estoit pris. B The Scrope and Grosvenor Controversy, Londres, 2 vol. fol. s. d., 1. 1, p. 178. Nouvelle campagne « in partibus Franciae », 1369.

- V. à ce sujet les Life records of Chaucer; II. Chaucer as a valet and squire, éd. Furnivall, Chaucer Society, 1876.

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