‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 126 sur 239 · LE ROMAN DE LA ROSE · texte numérisé non relu

LE ROMAN DE LA ROSE

ments. Il eut toute une cour céleste d'abstractions personnifiées, faite de ces êtres téû.us et transparents qui accueillent ou repoussent l'amant dans le jardin de la Rose. C'était une religion nouvelle, cette religion de la femme, inconnue des anciens; Ovide ne suffisait pas, on ne pouvait l'imiter qu'en le transformant ; il fallait pour le nouveau culte un évangile , ce fut le Roman de la

Rose * .

Les disparates du livre ne choquèrent pas la masse des lecteurs; l'art à cette époque était rempli de contrastes, et la vie de contradictions, et la chose était si usuelle qu'on ne la remarquait même pas : les saints priaient au seuil des églises, et les gargouilles riaient des samts. Guillaume de Lorris construisit le porche de sa cathédrale d'amour et mit dans les niches de grandes, longues figures à l'air noble et pur. Jean de 3Ieun quarante ans après continua l'édifice, et les gargouilles n'y furent pas épargnées, gargouilles railleuses, grotesques, indécentes. Il s'ensuivit des discussions interminables, les uns tenant pour Guillaume et les autres pour Jean, les uns rejetant tout le roman et les autres, les plus nombreux, l'acceptant tout entier ; ces dissentiments accrurent encore le renom de l'oeuvre, et elle fut si populaire qu'on en possède plus de deux cents manuscrits-. La

1 Sur les sources du Roman, voir l'inoportant ouvrage deLanglois : Origines et sources du Roman de la Rose, Paris, 1891, 8°. M. Langlois a retrouvé la source de 12000 vers, sur les 17500 de Jean de Meun. II prépare une édition critique du poème. Guillaume de Lorris écrivit la première partie du Roman vers 1237; Jean de Meun la seconde vers 1277.

2 Un de ces manuscrits, fort intéressant pour nous, a appartenu à Richard Stury associé à Chaucer dans une de ses missions diplomatiques {infra, p. 286); il fut acheté ensuite par Thomas duc de Gloucester fils d'Edouard m. U est conservé au British Muséum (Ms. Royal, 19 B. XIII); il contient de curieuses miniatures montrant comment on se représentait les

sage biographe du sage roi Charles V, Christine de Pisan, protesta au nom des femmes insultées : « A vous qui belles filles avez, et bien les désirez à introduire à vie honnête, baillez leur, baillez le Roman de la Rose, pour apprendre à discerner le bien du mal ; que dis-je, mais le mal du bien ! Et à quelle utilité ne à quoi profite aux oyants, oïr tant de laideurs? » L'auteur « onques n'eut accoinance ne hantise de femme honorable ne vertueuse »; il n'en a connu que de « dissolues et de maie vie » et a jugé toutes les autres d'après celles-là*. L'illustre Gerson, au (juinzième siècle, fit au roman l'honneur de le réfuter par un traité dans les règles ; mais le poème n'en fut pas moins traduit en italien, en flamand, en anglais, imprimé nombre de fois à la Renaissance, rajeuni et édité par Marot.

Il y eut plusieurs traductions anglaises et l'une d'elles fut l'œuvre de notre jeune « valettus camerae régis ». Cette traduction par Chaucer est perdue ', mais nous savons, non seulement qu'elle existait, mais même qu'elle était célèbre ; on en connaissait le mérite en France , et Des Champs en envoyant ses œuvres à Chaucer le féli-

dieux de 1 Olympe et les héros du roman. Le « dieu d'amour « est un personnage de haute taille, portant tunique et manteau, couronne en tête, lare à la main, de grandes ailes routes au dos. Voir au fol. 16 « coment li diex d'amours navra l'amant de ses saietes ».

1 Débat sur le Ranimant de la Pose, Ms. Fr. 604 (B. N.), fol. 114 et 115.

2 On possède une traduction incomplète, en vers anglais, du Roman de la Rose; l'unique ms. qui nous l'a conservée 'Bibliothèque de Glasgow) ne porte aucun nom d'auteur. L'examen de ce texte (par Lindner et Kaluza) a montré qu'il se compose de trois fragments, de provenance, prosodie et langage différents. Le l*" fragment se termine au vers 170.i sur une phrase inachevée, le 2« est séparé du 3^ par une lacune de 5000 vers. Seul le 1" pourrait, d'après son sl>le et sa prosodie, être de Chaucer, mais nous n'en avons nulle preuve directe. Le texte du Romaunt est dans les Poetical Works, éd. Morris, t. VI et dans Skeat, Complète Works, 1894, t. l.

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