POEMES AMOUREUX
citait', par dessus toute chose, d'avoir « planté le rosier » dans « lile aux géants » :
Tu es d'amours mondains dieu en Albie, Et de la rose, en la terre angélique... En bon anglais le livre translatas.
Cette autorité que Des Champs prête à son confrère anglais dans les questions d'amour était réelle. Nous savons qu'il composa à ce moment une foule de poèmes amoureux, à la française, pour lui, pour d'autres, pour se distraire, pour soulager ses peines : « le royaume en était rempli ~ » . La plupart sont perdus ; nous savons, par des allusions contemporaines, qu'ils pullulaient, et, par lui-même, qu'il composa beaucoup « d'hymnes » au dieu d'amour, (( de ces hymnes qu'on appelle ballades, rondeaux, %-irelais » ^. Quelques poèmes de cette première période nous sont parvenus. Ce sont, entre autres, sa Complainte à la pitié ^, rude ébauche d'un sujet que Sidney devait reprendre et porter à sa perfection ^
t Mais pran en gré les euvres d'escolier
Que par Clitford de moy avoir pourras.
Aux yeux de Des Champs, Chaucer est un Socrate, un Sénèque, un Ovide, un « aigle très hault ». Œuvres complètes, Paris, 1878 et s., t. II, p. 138.
2 The lande fulfylled is over ail.
Témoignage du poète Gower, ami de Chaucer, dans sa Confessio Amantis.
3 Chaucer dit lui-même qu'il composa ;
bokes, songes, dytees.
In ryme, or elles in cadence;
le tout « in révérence of Love »; Hoiis of Famé, vers 622. Mention de ses hymnes d'amour « many an ympne », dans la Lcgend ofgood Women. vers 422.
'' Texte dans : Chaucer, The minor poems, éd. Skeat, Oxford, 1888, 8\
5 Pite, that I hâve sought so yore ago
With herte sore, and fui of besy peyne....
Il croit la rencontrer enfin :
But er I might v\ith any worde out-breke.
et son Livre de la Duchesse composé à roccasion de la mort de Blanche de Lancastre, femme de Jean de Gand.
L'occasion est triste, mais le cadre est ravissant, car Chaucer veut élever à la Duchesse disparue un monument durable, qui prolongera son souvenir, élégant et gracieux comme elle, où son portrait, tracé d'mie main amie, rappellera les charmes d'une beauté que « chaque matin renouvelait » . Déjà les descriptions ont une fraîcheur que les contemporains n'égalent pas et montrent un souci de la vérité, un don d'observation qu'on ne trouve pas souvent dans les innombrables poèmes à forme de songe que nous a laissés la littérature du quatorzième siècle.
Tourmenté par ses pensées et privé de sommeil, le poète se fait apporter un livre pour passer le temps de la nuit, un de ces livres qu'il aima toute sa vie « où les clercs de jadis » avaient rimé des histoires du vieux temps. L'histoire, si intéressante qu'elle fût, l'endort, et il lui semble que ce soit le matin ; le soleil se lève dans un ciel pur; les oiseaux chantent sur les tuiles du toit,
Or tellen any of my peynes smerte,
I fond hir deed, and buried in an herte.
The Compleynte unto Pite; Skeat, Minor Poems, p. 8. Cf. le célèbre Dirge de Sidney :
Ring out your bells, let mourning shewes be spread. For Love is dead
Ail Love is dead, infected With plague of deep disdain.
La renommée de Chaucer lui a fait attribuer une foule d'œuvres apocryphes, dont les principales sont : The Court of Love, — The hook of Cnpid (alias : Cucl.oo and Nightingale), — Flower and Leaf, — Romaunt of the Rose (du moins le texte mêlé que nous en avons), — Complaint of a Lover's Life, — Testament of Love (en prose, infra, p. 541 i. The Isle of Ladies ou Chaucer's Dream, — Ballades diverses. — La plupart se trouvent dans l'édition Morris des Poetical Wov/is.