LE LIVRE DE LA DUCHESSE
la lumière inonde la chambre qui est toute peinte d'après le goût desPlantagenets, Sur les murs est représenté « le Roman de la Rose » ; le vitrail des fenêtres offre au regard l'histoire de Troie; des rayons colorés tombent sur le lit; au dehors, « le firmament était si beau, brillant et bleu ! » Une chasse passe, c'est la chasse de l'empereur Octavien; le jeune homme monte à cheval et la suit sous ces grands arbres, « aux innombrables feuilles » que les Anglais chérissent, parmi des prairies « plus gaies que le ciel, avec plus de fleurs que le firmament n'a d'étoiles ». Un petit chien s'approche; ses mouvements sont observés et notés avec une justesse à faire envie à nos animaliers; le chien voudrait être bien reçu et peur d'être battu, il s'approche en rampant et s'écarte soudain : « Il vint vers moi comme s'il m'avait connu, marchant bas sur ses pattes, la tête ras terre, les oreilles rapprochées, les poils allongés ; j'allais le prendre, mais soudain il s'enfuit et le voilà loin 1. »
Dans une clairière à l'écart, était un chevalier vêtu de noir, Jean deLancastre; Chaucer n'essaye pas de le consoler; il sait l'uniqxie adoucissement de peines pareilles et le fait parler de la morte. Jean rappelle sa grâce et sa douceur et fait l'éloge de qualités qui nous reportent à un temps fort loin du nôtre. Elle n'était pas de ces femmes qui, pour éprouver leurs amoureux, les envoient
Hit com and creep to me as lowe, Right as hit hadde me y-knowe, Hild doun his heed and joyned liis ères, And leyde al smotlie doun his hères. I wolde han caught hit, and anoon Hit fledde and was fro me goon.
Book of t/ie Duchesse, vers 391.
« en Valachie, Prusse, Tartarie, Egypte ou Turquie... Elle n'usait pas de ces menues coquetteries * » .
Par ces» menues coquetteries », on peut juger des autres. Ils discourent ainsi longtemps; l'horloge somie midi, et le poète s'éveille, la tête sur le livre qui l'avait endormi.
Dans l'été de 1370, Cliaucer quitta Londres et se rendit sur le continent pour le service du roi ; ce fut la première de ses missions diplomatiques, qui se succédèrent rapidement dans les dis années suivantes. Le moyen âge n'était pas l'âge des nuances; la nuance qui distingue un ambassadeur d'un messager était tenue pour insignifiante et échappait à l'observation; les deux fonctions n'en faisaient qu'une. « Vous, » disait Eustache Des Champs,
Vous, ambasseur et messager,
Qui allez par le monde es cours
Des grauds princes pour besogner.
Votre voyage n'est pas court!...
Il faut que votre fait soit mis
Au conseil, pour répondre à plein :
Attendez encor, mon ami!...
Temps passe et tout vient à rebours *.
Pour ces fonctions mêlées, on avait souvent recours aux lettrés, et elles furent remplies par les plus illustres
1 She ne used no suche knakkes smale.
DooU of thc Duchesse, vers 1033.
- Sai radin, Élude sur Des Champs, Versailles, 1878, 8'\ p. 6ô.