MISSIONS SUR LE CONTINENT
écrivains du siècle, Boccace en Italie, Chaucer en Angleterre, Des Champs en France. Ce dernier, dont la carrière ressemble fort à celle de Chaucer. a tracé les plus lamentables peintures de la vie que menait un « ambassadeur et messager » sur les grands chemins d'Europe. Bohême, Pologne, Hongrie, c'est dans ces régions que le service du roi le faisait voyager. Son cheval est à moitié mort et « des genoux s'assied » ; les habitants ont l'incivilité de ne parler que leur propre langue, si bien cju'on ne peut commander son diner; il faut prendre ce qu'on vous sert :
Mal fait manger à l'appétit d'autrui.
Le coucher est pire :
Chacun ne git mie à part soi,
Mais deux à deux en chambre obscure,
Ou le plus souvent trois à trois,
En un seul lit, à l'aventure.
C'est le cas de regretter douce France, où l'on est si bien :
Où chacun a ce qu'il veut demander, Pour son argent et à prix raisonnable; Chambre à part soi, feu, dormir, reposer. Lit, oreillers blancs, draps flairant la graine'.
Heureusement pour Chaucer, c'est en Flandre, en France et en Italie qu'il négocia pour le compte d'Edouard III et de Richard. En décembre 1372, il traverse toute la France et se rend à Gênes pour traiter avec le doge d'affaires commerciales; puis il gagne Florence et, ayant ainsi passé tout un hiver loin des brouiHards de
1 Sarradin, Ibid., pp. 66 et 68.
Londres (qui exislaient déjà au moyen âge), il rentre en Angleterre dans Tété de 1373. En 1376, nouvelle mission; celle-là d'un caractère secret; le secret a été bien gardé jusqu aujourd'hui; autres missions en 1377 et 1378. (( Le jour de la Trinité », 1376, dit Froissart, « trépassa de ce siècle la fleur de chevalerie de par les Anglais, mcssire Edouard d'Angleterre, prince de Galles et d'Aquitaine, au palais de Westmoutiers lez Londres, et fut embaumé et mis en un vessel de plomb. » Après les obsèques , <c le roi d'Angleterre fit reconnaître à ses enfants... le jeune damoisel Richard à être roi après son décès » . Il envoie des délégués à Bruges traiter du mariage de son héritier, âgé de dix ans, avec « Madame Marie, fille du roi de France » ; en février, d'autres ambassadeurs sont désignés de part et d'autres : « Emiron carême prenant, se fit un secret traité entre les deux rois pour leur partie, à être à Montreuil-sur-Mer. Si furent envoyés à Calais, de par les Anglais, messire Guichard d'Angle, Richard Stury et Geoffrey Chaucer*. » La négociation avorta, mais les services du poète semblent avoir été appréciés néanmoins, car, l'année d'après, il est de nouveau en route; il négocie en France, en compagnie du même sir Guichard, devenu comte de Huntingdon, puis encore en Italie- où il se trouve avoir à traiter avec son compatriote Hawkwood qui menait le plus agréablement du monde la vie de condottiere au profit du pape et de toute république le payant bien 2.
1 Liv. I, chap. 692.
- 11 laissa à Londres, pendant ceUc absence, deux fondés de pouvoirs, dont l'un était son rival en poésie et ami, John Gower: texte de la procuration, dans les Poelical Works, éd. Morris, t. I, p. 99.
" Edouard de Berkeley et Chaucer avaient pour instructions de se rendre en Lombardie et de négocier avec le seigneur de Milan (Baroabo