SÉJOURS EN FRANCE ET EN ITALIE
Ces voyages en Italie eurent sur l'esprit de Chaucer une influence considérable. Déjà en cette terre privilégiée commençait la Renaissance. L'Italie eut, dans ce siècle, trois de ses plus grands poètes : celui que Virgile avait conduit « chez la race damnée » était mort ; mais les deux autres vivaient encore, Pétrarque et Boccace, retirés au lieu où ils devaient s'éteindre, l'un à Arqua, près de Padoue, l'autre dans le petit village fortifié de Certaldo, près de Florence.
Dans les arts, c'est le siècle de Giotto, d'Orcagna, d'André de Pise. Chaucer \it, toutes fraîches encore de leurs Aives couleurs , ces fresques que le temps a fanées; ces vieilles choses alors étaient jeunes, et ce qui nous semble les premiers pas d'un art mal assuré paraissait aux contemporains le suprême effort des audacieux qui représentaient l'avenir et les temps nouveaux.
Le propre témoignage de Chaucer nous est garant qu'il vit, écouta et apprit le plus de choses possible ; qu'il s'avança le plus loin qu'il put, se laissant guider par « Aventure, mère des nouvelles ». Il arrivait sans idée préconçue, curieux de connaître ce dont les esprits étaient occupés, aussi attentif que sur le seuil de sa Maison de Renommée : (( Car sachez bien que celui qui m'a fait venir m'a assuré que je pourrais voir et entendre
Visconti) et avec John Hawkwood : « Edwardo de Berkele militi, misso in nuncium régis versus partes Lumbardie, tam ad dominum de Melan quam ad Johannem Hawkewode pro certis negotiis expeditionem guerre régis tangentibus... Galfrido Chaucer misso in comitiva ejusdein Edwardi ad°easdein partes in nuncio régis predicti... » Suit un paiement de leurs salaires. Issue fioU, Easter, 1 Rie. II (1378). PoeUcal Works of Chaucer, éd. Morris, Life par sir Harris Nicolas, I, p. 99. L'ordre de paiement (en français, 14 mai 1378) a été publié par M. Spont, Atlieneeum du 9 septembre 1893.
ici des choses extraordinaires ' ». Il put ainsi constater de ses yeux cette activité admirable qui couvrait alors ritalie de monuments où se mêlaient toute sorte d'aspirations contradictoires et dont l'ensemble est pourtant harmonieux ; monuments dont le campanile de Giotto est le type, où Ton retrouve le moyen âge tout en prévoyant la Renaissance, dont les fenêtres sont ogivales et l'aspect général classique, où la préoccupation du réalisme et de la vie quotidienne s'associe à la vénération de lart antique, où Apelle est représenté peignant un triptyque en ogive. Pise. à cette époque, avait déjà sa tour penchée, sa cathédrale, son baptistère dont on venait de changer l'ornementation extérieure, son Campo Santo dont les peintures n'étaient pas finies et n'étaient pas encore attribuées à Orcagna. Le long des murs du cimetière, il put AÎsiter cette première collection d'antiques dont s'inspiraient les artistes toscans, ce sarcophage avec l'histoire de Phèdre et d'Hippolyte que Nicolas de Pise prit pour modèle. Il put voir à Pistoie la chaire sculptée par Guillaume de Pise , avec un magnifique torse de femme nue, imité de l'antique. A Florence, le Palais Vieux, qui ne s'appelait pas encore ainsi, était achevé ; de même le Bargello, Sainte-Croix, Sainte-Marie-Nouvelle. Or-San-Michele était en construction; la loge des Lansquenets était à peine commencée ; le baptistère n'a-
1 Hous of Famé:
... Aventure That is the moder of tydinges... (vers 1982) — For certeynly. he that me made To comen hider, seyde me, I shulde bothe hère et see.
In this place wonder thinges... (vers 1890) For yit paraventure, I may Icre Som good tlieron, or sumwhat licre That leef me were, or that I wente (vers 199").