DEBUTS DE LA RENAISSANCE ITALIENNE
vait encore qu'une de ses fameuses portes de bronze ; la cathédrale disparaissait sous les échafaudages; on travaillait à la grande nef et à l'abside; le campanile de Giotto avait été achevé par son élève Gaddi ; le Ponte Vecchio, qui ne méritait pas plus ce nom que le Palais, venait d'être reconstruit par le même Gaddi; et, parla chaussée qui le continuait, à travers les bouquets de cyprès et d'oliviers, on montait à San Miniato tout resplendissant de ses marbres, de ses mosaïques et de ses peintures. Sur d'autres rangées de collines, parmi d'autres cyprès et d'autres oliviers, à coté de ruines romaines, se dressait l'église de Fiesole, et à mi-chemin de Florence, ondulaient au soleil les ombrages de cette \illa où s'étaient retirés, pendant la grande peste, les seigneurs et les dames du Décaméron.
Le mouvement était général ; chaque ville rivalisait avec sa voisine, non seulement sur les champs de bataille qui étaient un lieu de rendez-vous des plus fréquents, mais dans le progrès artistique ; peintures, mosaïques, ciselures brillaient dans tous les palais et toutes les églises de toutes les cités ; racti\dté était extrême ; Giotto, cjui avait son atelier, sa « botega », à Florence, peignait aussi à Assise, Rome, Padoue, Sienne faisait couvrir les murs de son palais public de fresques dont certaines figures ressemblent à des peintures de Pompéi^. Une statue antique , trouvée sur son territoire , provoquait une admiration universelle; elle était dressée sur la fontaine Gaïa par décret de la municipalité; mais le moyen âge ne perdait pas ses droits, et la république ayant eu des revers, la statue tomba en disgrâce, le dieu
1 Figure de « la Paix », par Ambrogio Lorenzetli, 1339; dessin dans Miintz, les Précurseurs de la Renaissance, Paris, 1882, 4°, p. 29.
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ne fut plus qu'une idole ; on brisa le marbre ' et on alla traîtreusement l'enterrer sur le territoire de Florence.
Le goût des collections commençait ; le commerce des antiquités était florissant dans l'Italie du Nord. Pétrarque achetait des médailles et comptait parmi ses trésors artistiques une madone de Giotto « dont la beauté, dit-il dans son testament, échappait aux ignorants et émerveillait les maîtres de l'art- ». L'épanouissement qui se produisait était à la fois voulu et observé; les villes jouissaient de leurs chefs-d'œuvre, et, comme déjeunes femmes, « se miraient en leur beauté ». Les contemporains ne laissaient pas à la postérité le soin de couronner les grands poètes du moment ; l'Italie, mère des arts, voulait que le laurier ceignit des fronts vivants et ne fût pas le simple ornement des tombeaux ; Rome avait couronné, en 134.1, celui qui, « nettoyant la fontaine del'Hélicon du limon et des joncs marécageux, avait rendu à l'onde sa limpidité primitive, qui avait ouvert la grotte de Castalie, obstruée par un entrelacement de rameaux sauvages et fait disparaître les ronces du bosquet de laurier » : l'illustre François Pétrarque 3. Pour être un peu plus tardif, l'honneur n'était pas moins grand pour Dante : des cours publics sur la Divine Comédie avaient été institués à Florence et ils étaient faits par Boccace ^.
• En 1357, Mïmlz, les Précurseurs de la Renaissance, p. 30.
- « Cujus pulchriludinem ignorantes non inlelligunt, magislri autem artis slupent. » Pelrarcse Epistolx, Fiacassetli, III, 541.
■^ Lellre de Boccace « celeberrimi norninis niilili Jacopo Pizzinghe. » Corazzini, Le lettere édite cd inédite di Giov. Doccaccio, Florence, 1877, 8», p. 195.
'* Chaucer ne put entendre Hoccace qui commença ses leçons le dimanche 23 octobre 1373. CLaucer était rentré à Londres au cours de l'été. La