‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 133 sur 239 · L'ITALIE ET LES ANCIENS · texte numérisé non relu

L'ITALIE ET LES ANCIENS

« nue, flottant sur la mer, la tête couronnée de roses blanches et rouges » '. Il Tinvoque dans ses poèmes : « Belle et radieuse C}-pris, sois ma protectrice aujourd'hui, et vous qui demeurez sur le Parnasse, près des claires fontaines de l'Hélicon, inspirez mes vers et mon récit-. » Sa complainte d'Anélida est dédiée « au cruel dieu des armes. Mars le rouge » et à Polymnie : « Soismoi favorable aussi, ù Polymnie, qui habites avec tes sœurs heureuses sur le Parnasse près de l'Hélicon, non loin de Cyrrha, toi qui chantes, d'une voix inmaortelle. àTomlDre du laurier qui ne se fanera jamais.... ^ » Les ^ieux U^TCS de l'antiquité ont pour lui, comme pour les savants de la Renaissance, ou comme pour Pétrarque qui chérissait un manuscrit d'Homère sans pouvoir le déchiffrer, un caractère presque divin : <c De même, ditil, que d'un vieux champ sort tous les ans blé nouveau, de même, des vieux li\Tes sortent en vérité les nouvelles connaissances des hommes \ » Pogge ou Politien n'auraient pu mieux dire. « Gloire et honneur à ton nom, Virgile de Mantouel » s'écrie-t-il ailleurs ">. Va, mon li\Te, dit-il à son Troïlus et « baise les traces de Virgile, d'0^-ide, d'Homère, de Lucain et de Stace » ^.

1 Hous of Famé, livre 1", vers 132.

2 lhid.,\v/. II, vers 518.

3 Anelida and Arcite, vers 1, 15 et s. Cette dédicace est imitée de Boccace [Teseide].

i For out of olde feldes, as men seith,

Cometli al this newe corn fro yeer to yere; And out of olde bokes, in good feitb, Cometh al this newe science that men 1ère. Parlement of Foules, vers 22. Cette remarque est faite à propos d'un livre qui « was write with lettres olde » et qui contenait : « TuUius oï tbe dreme of Scipioun. »

5 Legend of good Womcn, Skeat, p. 5C.

^ Livre V, str. 256 (éd. Skeat, II, p. 414;.

Avec cela, des disparates étranges : nul n'échappe entièrement à son temps. La déesse des amours est, en même temps , une sainte , « sainte Vénus » ' ; son temple est aussi « une église ». Avant d"y pénétrer, le poète s'écrie : <( 0 Christ, qui es au Paradis, garde-moi des illusions et des fantômes — et avec dévotion je levai les yeux au ciel -. » Ce mélang-e était inévitable; faire mieux eût été dépasser les Italiens et Dante lui-même qui enferme dans les cercles de son enfer chrétien les Érimiyes , ou Giotto qui faisait peindre des triptyques par Apelle.

Quant aux Italiens, Chaucer leur emprunte tantôt un vers, une pensée, une comparaison, tantôt de longs passages traduits d'assez près, ou bien encore la donnée ou --'^ rinspiration générale de ses récits. Dans la Vie de sainte Cécile, un passage (vers 36-51) est emprunté au Paradis de Dante ; le même poète est cité dans le Parlement des Oiseaux, où se trouve une paraphrase du fameux « Per me si va » ^ ; un autre passage est imité de la Théséide de Boccace; Anélida et Arcite contient plusieurs strophes empruntées au même original ; le Troïlus est une adaptation du Filostrato de Boccace ; Chaucer y introduit un sonnet de Pétrarque ^ ; l'idée de la Légende des Femmes exemplaires est empruntée au De claris Mulieribus de

' Legend, ibid., p. 28.

- « This noble temple... this chirche ». — Hous of Famé, liv. I", vers 469, 473. — .\ppel au Christ, ibid., v. 492. ï Torgh me men goon in-to Ihat blisful place...

Thorgh me men goon unto tho welle of Grâce... Be glad, thou reder and thy sorwe of-caste (v. 1-2C et s.)- 4 S'amor non è, che dunque è quel ch' i sento?

qui devient, dans Chaucer, le Canlus Troili : If no love is, o God, what fêle I so? elc. Livre 1", str. 58.

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