‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 14 sur 239 · ROLE DE LA FEMME · texte numérisé non relu

ROLE DE LA FEMME

qui l'emmène sur un char, et Conchobar, qui voit partir cet atroce cortège, raille son malheur. Elle reste silencieuse. « Il y avait devant elle un grand rocher; elle se jeta la tète contre le rocher ; sa tête s'y brisa et elle mourut. »

La fécondité inventive des poètes celtiques est inépuisable. Ils créent le cycle de Conchobar, plus tard le cycle d'Ossian, à qui Macpherson devait donner par ses « adaptations » une renommée si étendue qu'elles aidèrent, dans notre siècle, Lamartine à trouver sa voie. Plus tard encore, ils créent le cycle d'Arthur, le plus brillant, le plus varié de tous, source inépuisable de poésie, où le grand poète français du douzième siècle alla chercher son inspiration, où le poète lauréat de l'Angleterre actuelle trouvait hier encore la sienne. Ils collectionnent, dans le pays de Galles, les récits pleins de merveilles qui composent les « Mabinogion » ^ ; on y trouve des sorciers et des fées, des femmes aux cheveux d'or, aux vêtements de soie, au cœur aimant. Ils chassent, et un sanglier blanc sort d'un buisson ; ils le suivent et arrivent à un château, là où auparavant ils n'avaient « jamais vu trace de construction » . Pryderi se risque à pénétrer dans l'enceinte. « Il entra et n'aperçut ni homme, ni animal, ni le sanglier, ni les chiens, ni maison, ni endroit habité. Sur le sol, vers le milieu, il y avait une fontaine entourée de marbre, et sur le bord de la fontaine, reposant sur une dalle de marbre, une coupe d'or attachée par des chai-

1 De « mabinog », appreiili-barde. Ce sont des récits en prose, d origine diverse, rédigés en langue galloise. Ils « paraissent avoir été écrits à la fin du X1I« siècle »; le nis. quoa en a est du XIV«; plusieurs des légendes qui y sont comprises gardent des éléments païens et nous reportent « au plus lointain passé de l'histoire des Celles ». Les Mabinogion, traduits avec tin commentaire, par Lot, Paris, 1889, 2 vol. 8'.

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nos qui se dirigeaient en l'air et dont il ne voyait pas l'extrémité. 11 fut tout transporté de l'éclat de l'or et du travail de la coupe. Il s'en approcha et la saisit. Au même instant, ses deux mains s'attachèrent à la coupe et ses deux pieds à la dalle de marbre qui la portait. 11 perdit la voix et fut dans l'impossibilité de prononcer imo parole. » Le château fort s'évanouit, le pays rede\dent désert ; les héros sont changés en souris ; on dirait l'épopée de l'Arioste racontée par Perrault aux petits enfants.

On ne sera pas surpris si les descendants de ces inventeurs infatigables sont des peuples aux littératures riches, non pas de ces littératures grêles dont il est possible d'écrire l'histoire sans rien omettre , mais des littératures inépuisables et sans fond. On ne voit pas l'extrémité de leurs chaînes d'or. Et si les Français et les Anglais conservent en leurs veines (dans des proportions différentes) un ample mélange de sang celtique, ce ne sera pas merveille s'ils fournissent un jour la masse des drames qu'on représente et la masse des romans qu'on lit dans le monde civilisé.

Après un deuxième voyage, dans lequel il avait passé la Tamise, César était reparti emmenant des otages, cette fois pour ne plus revenir. La véritable conquête se fit sous les empereurs, à partir du règne de Claude, et pendant trois siècles et demi, c'est-à-dire une période égale à celle qui nous sépare du règne de François T', la Bretagne d'outre-Manche fut occupée et administrée

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