‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 143 sur 239 · LES CONTES DE CANTORBÉRY · texte numérisé non relu

LES CONTES DE CANTORBÉRY

se toucliaient toutes. C'était le printemps, saison des fleurs nouvelles, saison d'amour, saison aussi des pèlerinages. Les chevaliers, de retour de la guerre vont remercier les saints de leur avoir fait revoir la patrie, les malades remercient de leur guérison, les autres vont demander la grâce du ciel. Tout le monde n'en a-t-il pas besoin? Tout le monde est là, toute l'Angleterre. Il y a un chevalier qui a fait la guerre, par toute l'Europe, aux païens et aux Sarrazins; ils étaient faciles à rencontrer : on les trouvait en Prusse et en Espagne, et notre « parfait gentil chevalier » en avait massacré énormément, « en quinze batailles, » pour «notre foi ». A côté de lui, un écuyer qui avait fait, comme Chaucer, la guerre en France, le mois de mai dans le cœur, des chansons auxlèvTes, amoureux, élégant, charmant, brodé a comme un pré » de fleurs blanches et rouges; un gros marchand si riche d'aspect, si bien fourré « que personne ne se doutait de ses dettes » ; un modeste clerc venu de la jeune Université d'Oxford, pauvTe, rapiécé, râpé, aux joues creuses, monté sur un cheval efflanqué, et dont tout -l'avoir consistait <( en %ingt volumes reHés de rouge et de noir, alignés au-dessus de son lit » ; un brave propriétaire de campagne, figure rubiconde et barbe blanche, sorte de «' squire ^Yestern » du quatorzième siècle, accueillant, hospitalier, de bonne humeur, tenant table ouverte, avec poissons et rôtis et sauce piquante et bière, tout le long du jour, populaire dans le pays, si bien qu'il est « constamment élu député du comté » ; un marin qui connaît toutes les criques, d'Ecosse en Espagne, et « dont la barbe a été secouée par bien des tempêtes » ;

quemmeut réparée et reconstruite, rebaptisée le « Talbot », elle a duré jusqu'à notre siècle.

un médecin qui a fait des affaires admirables pendant la peste, savant homme « qui connaît la cause de toutes les maladies », qui sait par cœur Hippocrate et Galien, mais qui est mal avec l'Église « et qui étudie peu la Bible ». Avec cela, un groupe d'omTiers de Londres, merciers, charpentiers, teinturiers, tisserands, cuisiniers; des g-ens de campagne, un laboureur, un meunier « à la bouche fendue large comme une fournaise » . un groupe de gens de loi rongés de soucis, tondus de près, aigres dans leur langage, « aux jambes comme des bâtons et sans mollets » , sortant leur latin à tout propos, terribles comme adversaires, mais faciles à gagner pour de l'argent, « au demeurant les meilleurs fils du monde. » dit en propres termes Chaucer : « abettre felaw schulde men nowher f^Tide ». Puis un groupe de gens d'Église, hommes et femmes, de tout habit et de tout caractère , depuis le pauvre curé qui vit comme im saint, obscur et caché, visitant, par la pluie et le froid, les chaumières éparses de ses paysans, oubliant de toucher sa dime, modèle d'abnégation, jusqu'au moine chasseur, vêtu comme un laïque , gros, gras, la tète brillante comme une boule, qui fera un jour un abbé, le plus beau du monde, jusqu'au frère dégénéré qui vit aux dépens d'autrui, médecin devenu empoisonneur, qui tue les âmes au lieu de les guérir, au pardonneur, fripon de bas étage, qui accorde le ciel, ^ de sa propre autorité », à quiconque paye, et qui fabrique de précieuses reliques avec des morceaux de « sa \deille culotte » ; enfin, des nonnes, réservées, recueillies, nettes comme des hermines, qui vont entendre sur la route de quoi se scandaliser tout le reste de leur vie. Parmi elles, madame Églantine l'abbesse, avec son français de

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