GRANDS ET PETITS, FROISSART
tant il paraisait encore plus affairé qu'il n'était » ' . De plus, Chaucer sympathise ; il a un cœur vibrant que les larmes émeuvent et que toutes les souffrances touchent, celles des pauvres et celles des princes. Le rôle du peuple, si marqué dans la littérature et la politique anglaises, s'affirme ici, dès la première heure. « Il y a des gens, » dit, pour sa justification, un conteur français, « qui croient au-dessous d'eux de jeter un regard sur ce que l'opinion a traité dïgnoble ; mais ceux qui sont un peu plus philosophes, qui sont un peu moins dupes des distinctions que l'orgueil a mis dans les choses de ce monde, ces gens-là ne seront pas fâchés de voir ce que c'est que l'homme dans un cocher et ce que c'est que la femme dans une petite marchande. » Ainsi s'exprime, — par un effort d'audace, à ce qu'il lui semble, — ftïarivaux en 1731 -. Chaucer, dès le quatorzième siècle, est curieux de voir ce que c'est que l'homme dans un « cuisinier de Londres » et que la femme dans une (( bourgeoise de Bath ». Combien de misérables périssent dans Froissart ! Que de sang, quelles hécatombes! et combien peu de larmes! A peine, de loin en loin, un mot prononcé distraitement sur tant de souffrances : « Et mouraient les petites gens de faim, dont c'était grand pitié ))3. A quoi bon s'attendrir longuement ou s'émerveiller? C'est la fonction propre des petites gens d'être taillés en pièces;
i A marchant whylom dwelled at Seint Dcnys
Tliat riche was, for which men helde him wys.
Début du Sfiipmanncs taie, t. IV, p. 167 (éd. Skeal).
No wher so hisy a nian as he ther nas, And yel he scniede hisier than he was