‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 148 sur 239 · FLORENCE ET CANTORBERY · texte numérisé non relu

FLORENCE ET CANTORBERY

ments, parfois des coups, car si ses chevaliers sont de vrais chevaliers, ses meuniers sont de vrais meuniers qui jurent et tapent comme dans un moulin.

L'intérêt de chaque conte est doublé par la manière dont il est conté, et même par la manière dont il est écouté. Le chevalier enchante son auditoire que le moine endort et le meunier fait rire; Tun est écouté en silence et l'autre est interrompu à tous les mots. A chaque récit succède une scène de comédie, vive, brève, inattendue, amusante; on discute, on approuve, on s'emporte ; point de règles strictes, mais toute Tindépendance de la grand'route et l'inattendu de la vie réelle; nous ne nous promenons pas clans des allées! L'hôte lui-même, avec sa grosse voix et ses décisions péremptoires, ne parvient pas toujours à se faire obéir; après l'histoire du chevalier, il en voudrait une autre du même genre pour faire pendant ; mais il aura celle du meunier, qui, tout au rebours, fera contraste. Il insiste, le meunier crie ; il crie « comme Pilate » ; il les « plantera là » si on l'empêche de parler. « Parle donc et le diable t'emporte, ivrogne ! » Qu'auraient dit, en entendant ce langage, madame Pampinée et madame Philo mène?

D'autres fois, c'est le chevalier qui doit intervenir, et alors le ton est bien différent ; il n'a pas besoin de crier; de lui, un mot suffit et les tempêtes s'apaisent. L'hôte même, du reste, s'adoucit par moments; cet aubergiste sait son monde; il a, avec toutes ses rudesses, une notion grossière des différences et des distances. Toutes ses paroles sont des paroles d'aubergiste; jamais Chaucer ne commet la faute de le faire sortir de son caractère; mais le poète est trop bon observateur pour

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ne pas discerner des nuances jusque chez un jovial hûtelier. Il faut voir avec quelles politesses et quelles salutations et quels compliments embarrassés , il avertit la prieure que son tour est venu de faire un récit : « Madame l'abbesse, sïl vous plait, si je pensais que cela ne vous ennuyerait pas, je vous dirais que c'est votre tour de dire une histoire, si vous voulez bien. Le voulez-vous bien, ma chère dame? » — « Volontiers, reprit-elle, et commença ainsi ». La réponse n'est pas mieux en situation que la demande ' .

On revoit ainsi en action, dans ces petites scènes, les descriptions du prologue ; les portraits sortent de leur cadre et descendent dans la rue ; leurs membres sont tout aussitôt devenus souples et agiles ; le sang- circule dans leurs veines, la vie déborde en eux; à peine sur leurs pieds, les voilà qui font des culbutes ou des révérences, et qui par leurs discours, charment, égayent, édifient, scandalisent. Leur personnalité est si accentuée qu'ils en sont encombrants; leur tempérament les domine; ils ne sont pas maîtres de leur langage ; le frère veut conter une histoire, mais la colère l'aveugle tellement qu'il ne sait où il va; il bégaye, il s'étrangle et son récit demeure informe ; le pardonneur a tellement pris le pli de son métier que son conte est comme un sermon et qu'il conclut comme à l'église : « Braves gens. Dieu vous pardonne vos fautes et vous garde du péché d'a-

My lad y Prioresse, by your levé,

So tliat I wist I sliolde yow nat grève,

I woldc dcmen tlial ye telle sliolde

A laie next, if so wcre that ye wolde.

New wol ye vouche-sauf, my lady dere?

— Gladly quod she, and seyde as ye slial licre.

The Prioress's prolo'jv.e.

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