‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 149 sur 239 · CARACTERES DES PELERINS · texte numérisé non relu

CARACTERES DES PELERINS

varice ! Vous allez avoir le bienfait de mon pardon si seulement vous m'apportez des nobles ou des esterlings ou des cuillers d'argent, des brocbes, des anneaux; courbez la tète sous cette bulle sacrée. Avancez, braves femmes, faites votre offrande, et j'inscris votre nom sur ma liste et vous irez tout droit au ciel... Et j'oubliais de vous le dire, j'ai des reliques et des pardons dans mon sac, aussi précieux que ceux de pas un en Angleterre.. . Vous êtes là, à cheval: quelqu'un de vous peut tomber et se casser le cou. C'est un fameux bonheur pour vous tous de m' avoir dans votre troupe pour vous absoudre l'un on l'autre, juste au moment où l'àme quitte le corps. C'est notre hôte qui commencera, car il est le plus embarbouillé de péché. Avance, sire hôte, fais ton offrande, tu embrasseras toutes les reliques, ouvre ta bourse M » C'était bien s'adresser! l'hôte fait une réponse qu'on ne saurait traduire.

Dans d'autres cas, le personnage est tellement verbeux et impétueux qu'on ne peut l'arrêter, ni le redresser, ni l'interrompre ; il ne peut se décider à entrer dans son récit; il faut qu'il reste sur la scène et se raconte lui et les siens, il est à lui seul toute une comédie. On est bien obligé de se taire quand la bourgeoise de Bath prend la parole, irrésistible commère, joufflue, repue, gonflée, inépuisable en discours, intarissable en raisonnements, pleine de joie. Elle parle de ce qu'elle sait, de sa spécialité. Sa spécialité est le mariage; elle a eu cinq maris, dont le dernier \it encore ; elle pense déjà au sixième parce qu'elle n'aime pas attendre et que les^ maris sont chose fragile; avec elle ils ne durent

* Pardoner's taie, vers 904, 920, 931.

guère ; à ses yeux le sexe faible est le sexe masculin. Pour un mari, qui rend l'esprit, elle ne va pas se mettre la mort dans l'àme ; elle a la conscience tranquille ; l'époux s'en va tout prêt pour un monde meilleur : (* Elle a été son purgatoire sur terre , et c'est pourquoi elle pense que son âme est dans la gloire. » Certains vantent le célibat ou raisonnent sur les droits du mari ; la commère va leur dire leur fait; elle discute la chose à fond; elle expose le pour et le contre, donne la parole à son mari, la lui retire, se la donne à elle-même ; elle a les meilleurs arguments du monde, le mari en a aussi d'excellents, mais c'est elle qui a raison. Elle est à elle seule toute une École des Maris.

Les contes eux-mêmes sont de toute espèce et de toute \J provenance * ; Chaucer ne prit pas la peine d'en inventer

' Ordre, sujet et originaux des contes :

1™ journée. — Londres à Dartford, 15 milles. — Conte du chevalier iiistoire de Palamon et Arcite, imitée de la Tcseide de Boccace). — Conte (lu meunier (histoire d'Absalon, de Nicolas et d'Alice, femme du charpentier). — Conte du bailli (reeve), imité du fabliau de Gonibert et des deux clercs; même récit dans Boccace, IX, 6, à qui l'emprunta La Fontaine : le Berceau. — Conte du cuisinier, inachevé; le conte de Gamelyn, attribué par quelques mss. au cuisinier, n'est probablement qu un vieux récit que Chaucer compl lit remanier; il conviendrait mieux au Yeoman qu'au Cook (édité par Skcat, Oxford, 1884).

1" journée. — Coucher à Rochester, 30 milles. — Conte de l'homme de loi (hisloire de la pieuse Constance, imilée du français de Trivct; même histoire dans Gower qui l'éciivit vers 1.3'J3). — Conte du marin (histoire d'un marchand de Saint-Denis, de sa femme et d'un cousin; Décaméron, VIII, l'i. — Conte de l'abbesse (enfant tué par les Juifs ; d'après des récits français). — Contes de Chaucer (Sire Thopas, caricature des romans de chevalerie, et histoire de Mélibée, voir infra, p. 334).— Contedumoine(grandeur et chute de Luciiér, Adam, Samson, Hercule, JNabuchodonosor, Balthasar, Zénobie, Pierre le Ciuel. Pierre de Lusignan, Barnabo Visconti morten 1385, Hugolin, Néron, Holopherne, Antiochus, Alexandre, César, Crésus). — Conte du chapelain de l'abbesse (Chanteclair; même histoire dans le Roman de Renart et dans Marie de France).

3* journée. — Coucher à Ospringe, 46 milles. — Conte du médecin

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