LES PÈLERINS ET LEURS CONTES
un seul; il les reçut de toutes mains, mais les façonna à sa manière et les adapta à ses personnages. Ils sont empruntés à la France, àl'ItaHe, à la Rome antique ; le récit du chevalier est tiré de Boccace, celui du chapelain de l'abbesse est imité du Roman de Renart ; celui du moine, des auteurs latins et de Dante, « le grand poète de l'Italie ». Le meunier, le hailli, l'huissier, le marin racontent des histoires g-rossières, dont la hcence embarrasse un peu le bon Chaucer qui s'en excuse : ce n'est pas lui qui parle, ce sont ses compagnons déroute, et c'est la bière de Southwark qui les inspire et non pas lui ; blâniez la
(Appius et Virginie, d'après Tite Live et le Roman de la Bose : même histoire dans Gower). — Conte du pardonneur (trois jeunes gens trouvent un trésor et se tuent l'un l'autre pour l'avoir; légende ancienne dont on n'a toutefois pas de texte antérieur aux Cento Xorelle antiche, nov. 82). — Conte de la 'VS'ife of Bath un jeune chevalier sauvé par une vieille sorcière l'épouse et elle recouvre la jeunesse; même histoire dans Gower : histoire de Florent, et dans Voltaire : Ce qui plait aux dames). — Conte du Frère (huissier que le diable emporte, légemle dont on a plusieurs versions antérieures à Chaucer). — Conte de l'huissier épiscopal,so?H/)îioMr (frère mendiant mal reçu par un moribond; légende grossière qu'on retrouve notamment dans TU Ulespiegle). — Conte du clerc d'Oxford (Grisélidis, d après la version latine faite par Pétrarque du dernier conte du Décaméron). — Conte du marchand histoire d'un vieillard trompé : Janvier, May, Damien, légende dont on a plusieurs versions, se trouve dans Boccace, VII, 9, et dans La Fontaine, II, 7).
\' journée. — Coucher à Cantorbéry, 56 milles. — Conte de l'écuyer, (histoire inachevée de Cambiscan, roi de Tartarie, légende orientale d'origine inconnue). — Conte du franc-tenancier, franhUn (Aurélius cherche à aagner par magie les faveurs de Dorigene, en l'absence d'Arviragus; se passe à Penmark en Bretagne, même histoire dans le Filocopo de Boccace et dans le Décamvron, X, 5). — Conte de la T Nonne (histoire de sainte Cécile, traduite de la Légende dorée). — Conte du serviteur du chanoine duperies d'un alchimiste). — Conte de l'économe, manciple (une corneille apprend à Phébus qu'il est trompé, tiré d'Ovide, se retrouve dans Gower). — Conte du curé, par.Toîi (Sermon, lire delà. Somtne des Vices et des Vertus de frère Lorens, 1279).
Le groupement des contes et la division en journées sont dus à Bradshaw elFuruivall. Voir la Temporary préface de ce dernier pour la Six text édition of Chaucer's Canterbury taies, 1868, Chaucer Sojciety.
bière de Southwark *. Les mœurs des gens de la basse claése, leurs amours grossières, leurs animosités et leurs jalousies sont décrites au naturel dans ces récits. On y voit comment le joyeux; Absalon s'y prend pour plaire à la femme du charpentier, qui préfère Nicolas ; il joue de la musique sous ses fenêtres, lui fait des petits cadeaux ; il soigne sa mise et fait bouffer ses cheveux sous son bonnet^; si on joue un Mystère, un jour de fête, sur la place de l'égHse, il se fait donner le rôle d'Hérode : on ne saurait résister à un personnag-e si en vue. Ahson résiste pourtant, non par vertu, mais parce qu'elle préfère Nicolas. Il ne lui faut pas de grandes phrases pour repousser les avances d' Absalon; on ny met pas tant de façons au%'illage : « Va-t'en, ou je vais te jeter ime pierre ^. » Les coups pleuvent dans les histoires de cette espèce et les personnages s'en vont, « le dos aussi mol que le ventre », comme on lit dans un des récits dont Chaucer s'inspira ^.
A côté de ces grandes scènes tapageuses, de petites scènes familières, observées à merveille et contées en perfection, des scènes d'intérieur à tenter le pinceau d'un Hollandais ; des descriptions du laboratoire mystérieux où l'alchimiste, dupe et trompeur à la fois, entouré de cornues, les vêtements troués et brûlés, cherche la pierre philosophale . On chauffe, on prend garde, on
' Prologue général, vers 725 et s.; Prologue ofthe Miller, vers 3171 cl s. 2 To kempte liise lokkes brode and made him gay
Milleres taie, vers 3374.
* Go forih ihy wey, or 1 wol caste a ston.
Ibid., vers 3712.
* Gombert et les deux clercs, dans les Orirjinals and analogues, p.p. la Chaucer Society.