CHANTECLAIR, LAIS BRETONS
encore mieux, le coq ferme l'œil, et le renard l'emporte. La fâcheuse aventure ! c'était un vendredi : il n'en arrive jamais d'autres les vendredis. « 0 GeofTrey (de Vinesauf), maître incomparable ! qui lorsque le vaillant roi Richard fut percé d'une flèche, te lamentas sur sa mort si douloureusement, que n'ai-je ton verbe et ton éloquence pour apostropher le vendredi comme tu as fait 1 ' » Grand émoi dans la basse-cour , et ici un tableau charmant de vivacité : « Au renard I au renard I » tout le monde crie, hurle, court; les chiens aboient, « en fuite la vache et le veau, et les cochons mêmes »-; les canards crient, « les oies s'envolent de peur jusque par dessus les arbres », et les abeilles sortent des ruches. On déUvre le prisonnier qui sera plus prudent une autre fois; et l'ordre règne de nouveau dans les états de Chanteclair.
A côté de cette histoire d'animaux, d'élégantes histoires de la Table-Ronde, empruntées « aux lais des gentils bretons » , qui nous reportent au « bon vieux temps du roi Arthur » , alors que « la reine des fées et sa suite joyeuse dansaient dans les prés verts » 3; des lé-
1 0 Gaufred, den^ mayster soverayn.
That, wlian tlic worthy kinjr Richard was sjayn wiili shot, compleyiiedest his delh so sorc, Vihy ne liad I now tliy sentence and tliy lore. Tlie friday for to cliide, as didcii ye?
Complète Worl,s, t. IV, p. 285.
Sur Geoiïrey de Vinesauf et Richard, voir supra, liv. II, p. 187.
- Vers aussi vif que s'il était de La Fontaine:
Han cowand calf, and eek the verray hogges (vers 4575).
^ In tholde dayes of the kynar Artliour
Of wliicli lliat Critons spoken grcet honour, Al was lliis land fullild of fayerye; The elf queei). vith hir joly conipanyc, Daunced fui oit in many agreno mode.
Début du Wijf of Balfie's talc, Slieat, t. IV. p. 345.
gendes orientales que nous contera le jeune écuyer, avec des enchantements, des miroirs magiques, un cheval de cuivre qui transporte son cavalier à travers les airs, ici ou là. selon qu'on tourne une cheville qu'il a dans les oreilles, ancêtre de Chevillard-le-léger que montait Don Quichotte ; des biographies tragiques d'Appius et de Virginie, de César, de Néron, d'Holopherne, d'Huc'oUn dans la tour de la faim, empruntées à l'histoire Romaine, à la Bible et à Dante; des aventures de chevalerie, où figure Thésée duc d'Athènes, où le sang coule à flots, avec toutes les digressions et tous les embellissements qui continuaient de plaire aux seigneurs et aux dames; et c'est pourcjuoi l'histoire est racontée par le chevalier, et Chaucer y laisse exprès tous les défauts du genre : à Tinverse de ses autres récits, il se contente ici de prêter un peu de vie à des miniatures de mPcUnscrits ' .
Les personnages recueillis racontent des histoires recueillies, semblables à des cantiques ou à des sermons, colorées d'une lumière de Adtrail, parfumées d'encens, accompagnées d'une musique d'orgue : histoire de la pieuse Constance, de Sainte Cécile, d'un enfantine par les Juifs, dissertations de dame Prudence- (récit d'un
' Exemple : description d'une jeune fille cueillant des fleurs dans un jardin, à Taube, au [)ied d'un donjon (vers 191 et s.). C'est une miniature en vers.
- Imitées du Liber Coiisolationis et Consilii d'Albertano de Brescia éd. Thor Sundby, Londres, Chaucer Society, 1873), composé vers 1246, ouvrage très populaire qui fut traduit en français (plusieurs fois), italien, allemand, hollandais. Texte français dans lems. Reg. 19, C. Vil, au Britsih Muséum : « Uns jouvenceauls appelé Melibée. puissant et riches ot une femme nommé Prudence, et de celle femme ot une fille. Advint un jour... » — "A young man «, dit Chaucer, dont le conte est également en prose <• called Mclibeus, mighty and riche, bigat upon his wyf, Ihat called was