‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 157 sur 239 · LA FORME, LE VOCABULAIRE · texte numérisé non relu

LA FORME, LE VOCABULAIRE

célèbres, Cliaucer donne place à Orphée, à Orion et au « Bret » Glascurion ; mais Cynewulf lui est inconnu. Shakespeare, de même, s'inspirera dans ses pièces, du passé national; il remontera au temps des Deux Roses, au temps des Plantagenets, au temps de la Grande Charte, et, passant par-dessus la période anglo-saxonne, demandera aux Bretons l'histoire de Lear et de Cymbeline.

L'éclat avec lequel Chaucer employa cette nouvelle langue , la renommée immédiate de ses écrits , la manière dont il avait plié l'anglais aux sujets les plus hauts et les plus bas , assurèrent à cet idiome sa place définitive parmi les grands langages littéraires. L'anglais avait encore, du temps de Chaucer, une tendance à se résoudre en dialectes, comme, au temps de la Conquête, le royaume tendait à se résoudre en sous -royaumes. Chaucer le savait et s'en préoccupait ; il s'inquiétait de ces différences de langue, d'orthographe, de vocabulaù'e ; il fit son possible pour régulariser ces discordances ; il avait sur ce sujet des idées arrêtées; les fantaisies des copistes, chose bien rare dans ce temps, le faisaient frémir, et rien ne montre mieux la foi qu'il avait dans la langue anglaise, comme langue littéraire , que ses recommandations réitérées aux lecteurs et aux scribes qui liront ses poèmes à haute voix ou les transcriront. Il éprouve déjà les anxiétés des poètes de la Renaissance : « Veuille Dieu », dit-il, s'adressant à son poème de Troïlus^ <( que personne ne te donne de vers faux, par erreur de plume ou erreur de langue •. » Chaucer revoyait lui-même les

1 And for Hier is so greet diversitee

In Englisli, and in writyng of our tonge, So preye I God, tliat noon miswryte tliee

transcriptions que faisait, d'après ses manuscrits originaux, son copiste à gages, Adam; il corrigeait minutieusement chaque faute ; il voue le « scriveyn » à toute sorte de maux si, copiant de nouveau Boèce ou Troïlus, il y laisse encore tant d'erreurs ^ Il semble entendre Ronsard même adressant ses supplications au lecteur : « Je te suppliray seulement d'une chose, lecteur, de vouloir bien prononcer mes vers et accomoder ta voix à leur passion... et je te supplie encore de rechef, où tu verras cette marque : (!) vouloir un peu eslever ta voix pour donner grâce à ce que tu liras-. »

Les efforts de Chaucer ne s'exercèrent pas en vain, ils contribuèrent à l'œuvre de concentration; les dialectes , après lui, perdirent de leur importance ; celui qu'il employa, dialecte du centre oriental, East Midland^ est devenu depuis le langage de la nation.

Son vers est aussi le vers de la nouvelle littérature, formé par transaction entre l'ancienne et la nouvelle prosodie. L'allitération cjui n'est pas encore morte et qu'on continue d'employer de son temps ne lui plaît pas ; ses bruits de grelots lui semblent ridicules : I can nat geste — run, ram, ruf — by leltro '.

Ne thee mysmetre for defaute of tonge, And rcd ulier-so tliou be, or elles songe, Tliat iliou be underslonde, l God beseclie:

Troilus, liv. V, sir. 257.

' Chaucer dil à Adain, son copiste :

But after my niaking lliou wryte trewe. So ofte a daye I mot tliy werkc rcnewc, Hit to correcte and cek to rubbe and scrape; And al is througli ty négligence and rnpe.

Complète Wor/.s, Skeat, I, p. 379.

- Préface de la Franciade.

^ The Parson'i Prologue, vers 43.

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