‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 162 sur 239 · CONTINUATION DES ANCIENS GENRES · texte numérisé non relu

CONTINUATION DES ANCIENS GENRES

fession. « Des paysans sans culture, » dit le roi, dans une ordonnance vengeresse, « ptdes ouvriers de divers métiers dans notre royaume d'Angleterre, se sont fait passer pour ménestrels... et se sont donnés pour nos propres ménestrels K » Quoiqu'ils n'aient aucune intelligence ni expérience de l'art, ils vont de place en place, les jours de fête et recueillent l'argent qui devrait enrichir les vrais artistes, ceux qui se sont voués tout entiers à leur état et qui n'exercent aucun vil métier. Vains efforts; la décadence était prochaine; elle devint irrémédiable lorsque parurent la Renaissance et la Réforme , et que les presses à imprimer se multiplièrent. Au seizième siècle, les ménestrels sont encore nombreux, mais ils sont tenus en mépris; ils ne devaient plus reconquérir jamais la considération publique; les gens de bien, comme Philippe Stubbes, nont pas d'expressions assez fortes pour qualifier ces « ivrognes et ces parasites licencieux qui errent par le pays, rimant et chantant des chansons impures, viles et obscènes, dans les tavernes, les cabarets, les auberges et les lieux de réunion piilDlique... Chaque ville, cité ou région est remplie de ces ménestrels qui accompagnent de leurs airs la danse du diable; tandis qu'il y a si peu de théologiens que c'est à peine si l'on en voit aucun ~ ».

En attendant cette époque lamentable, les ménestrels

' Rymer, Fœdera, 24 avril 1469. L'instrument classique du ménestrel è\.A\i\A vielle, sorte de violon, dont seuls les vrais artistes pouvaient se servir convenablement: aussi beaucoup de ménestrels remplacèrent-ils de bonne heure cet instrument difficile par le vulgaire tabor ou tambourin, qui suffisait pour cadencer leurs mélopées. On connaissait au moyen âge beaucoup d'autres instruments de musique : la liste en a été dressée par H. Lavoix : La Musique au temps de St- Louis, dans G. Raynaud, Recueil des motets français des XII' et XIII^ siècles, t. II, p. 321.

- Anatomy of Abuses, éd. Furnivall, Londres, 1877-79,8», pp. 171, 172.

prospèrent sous les derniers Plantagenets. Leur répertoire est varié, le meilleur et le pire s'y rencontrent; ils récitent parfois le Troïlus^ de Chaucsr et parfois de vieux romans de chevalerie, remaniés, gâtés, privés de toute leur poésie. Ghaucer s'était moqué de ces versions, en vers sautillants , des anciennes histoires héroïques , mais en vain. Il put voir, tout du long de sa carrière , après comme avant « sire Thopas « , rédiger exactement dans le style de son conte ridicule, des histoires merveilleuses de héros qui, étant tous « incomparables », sont nécessairement tous pareils; l'un est « robuste et preux », l'autre « hardi et preux, » le troisième encore « hardi et preux », le quatrième, le cinquième, le centième, sont également vaillants et invincibles; ils s'appellent Isumbras , Églamour, Dégrevant - ; ils portent des noms différents et n'offrent aucune autre différence. Les libraires de la Renaissance, qui imprimèrent leurs histoires, purent, sans invraisemblance, employer le

' Chaucer lui-même s'attendait à ce que son poème fût lu ou chanté; il dit à son livre :

And red wher-so thou be, or elles songe, That thou be understonde, God I besechel

Liv, V, st. 257.

2 I wille yow telle of a knyghte

That bothe was stalworthe and wyghte.

{Isumbras.) Y shalle telle yow of a knyght That was bothe hardy and wyght.

(Eglamour.)

And y schalle karppe off a knyght That was both hardy and wyglit.

(Dégrevant.) The Thornton Romances, \>. p. Haiiiwell [Camden Soc. 1844, pp. 88, 121, 177) d'après un ms. conservé à la cathédrale de Lincoln qui contient des romans, des receltes, des prières, etc. copiés dans la première moitié du XV siècle, sur des textes plus anciens.

Page 1