‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 163 sur 239 · LES ROMANS · texte numérisé non relu

LES ROMANS

même bois sur la couverture pour figurer leur portrait ; en modifiant le nom au dessous, ils changeaient tout ce qu'il y avait à changer, et la même vignette représentait tour à tour Romulus ou Robert le Diable ' . Les échantillons de cet art facile se multiplient à l'infini , se répandent dans le pays, pénètrent dans les villages, entrent juscpie dans les chaumières, et font connaître à tout le peuple, comme aujourd'hui chez nous l'imagerie d'Épinal, les hauts faits d'Églamour et de Roland. Nous sommes en plein taillis.

Au milieu du taillis, quelques arbres de meilleure venue. Certains poètes continuent la tradition, mais en continuant ils perfectionnent; ils ajoutent un accent personnel; ils méritent par là qu'on les écoute. Rien audessus de ces romans sautillants et vides , et même de la Mort cT Arthur et de William de Païenne et le Loup garoii-, rédigés en vers anglais du temps de Chaucer, il convient de mettre Gauvain et le Chevalier Vert ^ qui est,

' Voir dans mon English Novel in ihe Unie of Shakespeare, pp. 57 et G5, le fac-similé de gravures qui servirent, vers 1510 et 1560, à représenter, l'une Romulus, Robert le Diable, etc., l'autre Guy de Warwick, Graund Amoure et le Squyr of Lowe Degré.

2 Publiés tous deux par i'Eurly Eaglùh lext Society : Morte Arthure , éd.Brock; William of Palenie, éd. Skeat, tous deux en vers allitératifs ; le premier rédigé vers la fin, et le second vers le milieu du quatorzième siècle.

3 Le ms. unique de ce poème est au Brilish Muséum : Cotton, Nero A 10 ; il est de petit format, et d'une bonne écriture du quatorzième siècle, mais lencreest fanée. 11 conlientquelques miniatures curieuses bien que peu fines représentant le Chevalier Vert quittant la Cour, sa tête à la main ; Gauvain et la châtelaine; la scène de la Chapelle Verte; le retour chez Arthur. Le texte a été publié (notamment) par Morris : Sir Gawayne and the Greeii Knight, an alUterative romance poem, Londres, Early English text Society, 1864, 8». La date attribuée au poèins par Morris ( 1320-30) paraît trop ancienne; l'oeuvre est plus probablement de la deuxième moitié du siècle. On ne connaît pas l'original direct du récit (qui toutefois était sûrement un poème français) ; Voir à ce sujet Ward, Catalogue of Romances, 1883, I, p. 387, et G. Paris, Histoire littéraire de la France, t. XXX.

sans comparaison, le meilleur spécimen du genre. Au lieu de mariomiettes aux mouvements secs, dont" on entend craquer les jointures de bois, le poète anglais présente ici des personnages aux mouvements souples, aux lèvres roses, élégants, gracieux , charmants à voir. Ces chevaliers et ces dames, minces, serrés dans leurs armures ou leurs robes étroites, que nous voyons couchés sur les tombeaux du quatorzième siècle , rendus à la vie , se meuvent, se regardent, s'aiment.

Un jour de Noël, en présence d'Arthur et de toute sa Cour, Gauvain coupe la tête au Chevalier Vert. Ce chevalier géant est un enchanteur sans doute , car il se baisse, ramasse sa tète coupée et, remontant sur son cheval, donne rendez-vous à Gauvain, dans un an, à la Chapelle Verte , où il lui rendra coup pour coup.

L'année s'écoule. Gauvain quitte la Cour, avec son cheval <( Gringolet » et, sans sortir d'Angleterre, traverse des pays étranges, (c sans personne à qui parler, que Dieu ». Il arrive aux portes d'un château splendide, et il y est très bien reçu par un chevalier de taille ordinaire, sous les traits duquel il ne reconnaît pas son adversaire le géant. Trois jours restent avant la date du rendez-vous; ils sont passés en amusements. Le chevalier va chasser [chaque jour; il promet de donner son gibier à son hôte , et celui-ci , qui demeure au château avec la dame du logis, la plus belle femme que le monde ait Mie , domiera au chevalier ce qu'il aura pris. Chaque soir on soupe gaiment dans le hall ; « une claire lumière brille aux murs, des valets y fixent des torches de cire et servent dans la salle » . Le repas est égayé par de la musique, « des noëls et des chants nouveaux », « des bons mots et des rires de dames ». A trois heures

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