‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 164 sur 239 · GAUVAIN ET LE CHEVALIER VERT · texte numérisé non relu

GAUVAIN ET LE CHEVALIER VERT

du matin, chaque jour, le châtelain se lève, entend la messe et part en chasse * . Gauvain, qui dort, est éveillé par la châtelaine; elle entre dans la chambre, d'un mouvement souple et élégant, vêtue d'une robe de nuit fourrée, tombant jusqu'à terre, mais fort décolletée : « hir breste bare bifore, and bihinde eke » ; elle va jusqu'à la fenêtre, l'omTe, et dit de sa voix d'or : « Comment peux-tu bien dormir, toi. par une si belle matinée^? » Elle s'installe et ne veut plus s'en aller ; Gauvain est soumis aux tentations les plus terribles; le souvenir de la Chapelle Verte l'aide heureusement à en triompher, etla première nuit, la deuxième, la troisième, sa belle amie le trouve toujours fort rétif; elle l'embrasse une fois, deux fois, trois fois, et le raille d'oublier chaque jour, « ce qu'elle lui avait appris la veille, savoir, à l'embrasser 3. » Tous les soirs , au retour du chasseur, Gauvain lui donne les baisers qu'il a reçus et accepte en échange le produit de la chasse, im cerf, un sanglier, un renard. Il avait pourtant reçu encore une ceinture merveilleuse qui protégeait contre les dangers, mais il n'en dit rien et s'en

Much glam and gle glent up ther-inne ,

About the fyre upon fletand on fêle wyse,

At the soper and after, mony athel songes.

As condutes oTHryst-masse and caroles newe... (p. o3.)

With laghyng of ladies , with lotes of bordes, (vers 1932.)

In a mery mantyle], mete to the erthe... Hir thry^en face and hir throte throwen al naked Hir breste bare bifore, and bihinde eke. Ho comth with-inne the chambre dore, and closes hit hir after, AVayneth up a wyndow, and on the wyghe calleth. And radly thus rehayted hym with hir riche wordes ^Yith chère; t a: mon, how may thou slepe This morning is so clcre! » (vers 1736 et s.)

Thou hatth for-yetten yederly that yiesterday y taghie. Jvers 1385.)

revêt; « aux grands cœurs donnez quelques faiblesses », pense évidemment notre poète.

Le quatrième jour, Gauvain part avec un guide et arrive à la colline où est la Chapelle Verte. Le géant vert est là et va rendre le coup qu'il a reçu un an avant; Gauvain courbe la tête sous la bâche épouvantable , et, au moment où elle s'abaisse, ne peut se défendre de plier un peu les épaules : « Tu n'es pas Gauvain, » dit le géant, c( dont on fait si grande estime. » Le chevalier d'Arthur se redresse ; le géant relève sa hache et frappe ; Gauvain reçoit seulement une égratignure . On s'explique : pour les baisers, Gauvain aurait reçu des coups mortels, mais il les a rendus ; il a gardé toutefois la ceinture, d'où la cicatrice vengeresse qu'il portera toute sa vie au cou. Plein de dépit, il jette la ceinture au loin ; mais le géant la lui rend , le console en disant que l'épreuve était surhumaine, qu'il est lui-même Bernlak de Haut-Désert, et que son visiteur a été le jouet de « Morgane la fée », compagne de la châtelaine. Gauvain déclare que si jamais il est tenté d'orgueil, il regardera la ceinture et la tentation passera ; il rejoint Arthur et ses pairs, et conte son expédition qu'on admire et dont jon rit tour à tour.

Le poème est anonyme. Le même manuscrit en contient un autre, sur un sujet tout différent, mais qui parait être du même auteur. On a appelé ce poème la Perle ^ ; c'est un chant de deuil. Il a dû être écrit assez

' Pearl , an English poem of tlie foiirteenth century, edited wifli modem rendering by Israël Goltancz, Londres, 1891, 8°. Le poème est écrit en strophes [a b a h a b a b b c b c); l'auteur se sert à la fois de la rime et de l'allitération. La Perle paraît, de môme que Gauvain et quelques autres poèmes sur des sujets religieux que contient le même ms. être de la deuxième moitié du quatorzième siècle. Il y a toutefois doute et

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