LA PERLE
de temps après la catastrophe , alors que l'amertume des peines s'était adoucie. Les paysages sont inondés de lumière , les couleurs sont d'une fraîcheur éclatante. Le poète a perdu sa fille qui est morte : sa perle. Sa perle a roulé dans l'herbe, et il n'a pu la retrouver. Il ne peut se détacher du lieu où elle fut : <c Je revins vers ce bosquet verdoyant; c'était l'août, saison splendide, alors que les épis viennent de tomber sous la fauciUe ; là ma perle avait roulé parmi les plantes colorées , les giroflées, les pivoines... superbes à voir, plus douces encore à sentir i. » Il aperçoit une forêt, des rochers qm étincellent au soleil, des falaises de cristal. Des oiseaux chantaient dans les branches, et ni cithare ni guiterne n'eussent pu imiter leur musique. On entend aussi le bruit des eaux; un ruisseau coule parmi des pierres « brillantes comme les étoiles par une nuit d'hiver, à l'heure que les hommes fatigués reposent ^^. »
La beauté du Heu est si grande que le chagrin du père en est amorti, et il a une vision merveiUeuse : de l'autre côté de la rivière, il lui semble voir une
contestation. Quelques miniatures de style lourd, et ne correspondant nullement à la grâce du poème, représentent dans le ms. original les principaux incidents de la Perle. Elles sont de la même main que celles de Gauvain Voir la reproduction de lune délies dans mon Picrs Plowman, a contribution te the history of English Mysticism, Londres, 1894, S", p. 12. 1 1 entred in that erber grene.
In augoste in a hygh seysoun, Quen corne is corven with crokes kene; On Imyle ther perle hit trendeled doun ; Schadowed this wortes fui scliyre and schene Gilofre, gyngure and gromylyoun, And pyonys powdered ay betwene.
Yif hit wacs semly on to sene, A fayrre flayr yet fro hit Ilot. (Str. 4.)
2 AS stremande sternes quen strotlie men slepe,
Stnren in welkyii in -svynler nyght. (St. 10.)
jeune fille vêtue de blanc ; il la contemple et soudain la reconnaît : « 0 perle, m'écriai-je... es-tu bien ma perle, tant regrettée, pleurée tant de nuits? » La réponse est touchante et consolante à la fois : tu n'as point perdu de perle ; ce n'était pas une perle que tu possédais, « c'était seulement une rose, qui s'est épanouie et s'est effeuillée*. « Maintenant seulement, la rose est changée en perle à jamais. Le père suit sa fille jusqu'au lieu d'où l'on décou\Te la Jérusalem céleste , avec ses fleurs et ses pierreries, l'agneau mystique et la procession des bienheureux : on dirait une description faite par avance, personnage par personnage, de la peinture de Van Evck, à Saint-Bavon de Gand.
Autour du chêne, le taUlis est immense. Autour de Chaucer, les ménestrels, les anonymes, les clercs versificateurs, les chevaliers faiseurs de ballades, sont innombrables-. Les œuvres fragiles de ces multitudes rimantes
1 For that thou lestes wacs bot a rose,
That flowred and fayled as kynde hit gefe. (St. 23.)
2 Les principaux recueils contenant des œuvres lyriques et des ballades populaires sont : Ancient Songs and Ballads from the reign of Henry II to the Révolution, coUected by John Ritson, revised by W. C. Hazlitt, Londres, 1877, 12"; Spécimens of ly rie poetry, composée in Englandin the reign of EdwardI, éd. Th. Wright, Percy Society, 1842, 8°; Reliquix antiqux, scraps from ancient mss. illustrating chiefly early English literature, éd. T. Wright et J. O. Halliwell, Londres, ISil-'iS, 2 vol. 8»; Political songs ofEngland, from the reign of John to that of Edward II, éd. Th. Wright, Camden Society, 1839, i"; Songs and carols now first printed from a 7ns. ofthe XVth century, éd. Th. Wright, Percy Society^ 18i7, 8°; Political poems and songs, frsm Edward III to Richard lU, ed Th. Wright, Londres [Rolls] 1859-Gl, 2 vol. 8"; Political, religions