‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 166 sur 239 · LES SEIGNEURS POÈTES · texte numérisé non relu

LES SEIGNEURS POÈTES

sont en grande partie perdues, et cependant il en reste encore des quantités considérables. OEuvres de tout le monde, elles sont écrites dans les trois langues alors en usage chez les Anglais; il en est de françaises, de latines et d'anglaises.

Les Plantagenets avaient le goût des arts : Edouard III ne comptait pas la dépense lorsqu'il s'agissait de faire peindre et dorer les murs de la chapelle Saint-Étienne. Richard II craignait les disparates en architecture et, par un scrupule rare au moyen âge , continuait Westminster en style du temps d'Henri III. Tel prince de la famille royale donnait à la Cour l'exemple de s'adonner à la poésie. Le héros de Poitiers insérait dans son testament une poésie en français, et priait qu'on gravât ces vers sur son tombeau, où on peut les lire encore, dans la cathédrale de Cantorbéry :

Tel com tu es je autiel (pareil) fus;

Tu seras tel comme je sus,

De la mort ne pensai-je mie

Tant comme je avais la vie.

En terre avais grand richesse

Dont je y fis grande noblesse,

Terre, maisons et grand trésor.

Draps [et], chevaux, argent et or;

Mais or suis-je pauvre et chétis,

Parfond en la terre gis.

Ma grand beauté est tout allée...

Et si ore me vëissiez.

Je ne cuid pas que vous dissiez

Que je eusse onques homme été.

and love poems, éd. Furnivall, Londres, Early English text Society, 1866, 8"; Bishop Percy's folio ms. éd. J. W. Haies et F. J. Furnivall, Ballad Society, 1867, 8-; The English and Scottish popular ballads, éd. F. J. Gliild, Boston, 1882 et suiv. (ouvrage capital). On trouvera encore d'utiles indications dans H. L. D. WarJ, Catalogue of 7ns. Romances in the British Muséum, 1883, 8".

Les seigneurs suivaient l'exemple; ils mettaient en vers leurs passions ; mais tous n'étaient pas habiles dans ces passe-temps délicats ; beaucoup se contentaient de copier des ballades toutes faites dont les poètes de profession rédigeaient pour eux des modèles ou parfois des recueils; de même que des recueils de sermons étaient rédigés à l'intention des curés incapables d'en composer, sous le titre significatif de « Dormi secure », (dors tranquille], ton sermon est prêt pour demain) *. On trouve de même, dans les manuscrits anglais, des rubriques comme la suivante : « Ici commence une ballade que Lydgate écri^"it à la requête d'un écuyer qui avait une supplique à présenter en cour d'Amour ~ ». De leur plume la plus élégante, avec toutes les recherches du style fleuri, les poètes de profession paraphrasaient, enjolivaient, gâtaient : « ce mot, le mot des Dieux et des hommes : je t'aime! » Nous ne sommes même plus dans le taillis, et il faut se baisser jusqu'à terre pour voù* fleurir, au ras du sol, ces fleurs d'un jour.

Dans le peuple et dans la petite bourgeoisie, non moins

i Rédigé en France en 1395. Lecoy de la Marche, la Chaire française an moyen âge. 2« éd., Paris, 1886, 8". p. 334.

- '< Loo. hère begynnethe a Balade wiche that Lydfjate wrote at the reqiiest of a squyer y' scrved in loves court. » Ms. R. III. 20, à la bibliothèque de Trinity Collège, Canibi idge, fol. 33. Dans le même ms. : « A roundell made. .. by my saide lorde therlle of SuflTolk « : Quel desplaysier quel courons quel destresse, Quel griefs, quelx inauls viennent souvent damours (etc., fol. 36.)

Il s'agit du fameux comte, depuisduc de Suffolk, battu par Jeanne d'Arc, qui épousa Alice, fille de Thomas Chaucer et fut décapité en 1450. Pour les ballades du même genre, par Go\>er, voir infra, p. 376. Mêmes goûts en France : .sans parler de Charles d'Orléans, Pierre de Beauveau écrit : « Le joyeulx temps passé souloit estre occasion que je faisoie de plaisant diz et gracieuses chançonnetes et balades. » Moland et d'Héricault, AoureZ/e* françaises du XIV' siècle, 1858, p. 303.

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