‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 167 sur 239 · POÉSIES MONDAINES · texte numérisé non relu

POÉSIES MONDAINES

qu'à la Cour, le goût des ballades et des chansons importées de France se vulgarisait au quatorzième siècle. On pouvait entendre, en passant par les rues de Londres, de simples ouvriers fredonner des refrains français; car, malgré les progrès du langage national, le nôtre n'était pas encore aboli en Grande-Bretagne. Langland, dans ses Visions, représente des ouvriers de la capitale chantant : « Dieu vous sauve , dame Emma ! ^ » Le bon curé de Chaucer témoigne de la popularité d'une autre romance, et déclare, au cours de son sermon, que l'homme qui néglige les bonnes œuvres « peut bien chanter cette nouvelle chanson française : J'ay tout perdu moun temps et moun labour- ».

A l'exemple de ce qui se passait dans les provinces du nord de la France, un Pui avait été fondé à Londres, association établie pour encourager l'art de la chanson et qui décernait des prix aux auteurs des meilleurs vers et de la meilleure musique 3. Le Pui de Londres était en pleine prospérité au quatorzième siècle ; il comprenait des marchands étrangers et des marchands anglais. Il avait été institué « pour ce que jolivetés, paix, honnêteté, douceur, débonaireté et bon amour sans fin soient maintenus , et pour ce que tous biens soient mis avant

1 Visions concerning Fiers Plowman, A. Prol. 103, écrit vers 1362-3, V. chap. suivant.

2 Parso7i's taie.— Worhs,éd. Morris, t. Hf, p. 279.

3 Munimenta Gildhallx Londiniensis. — Liber albus. Liber custuviarum; Liber Horn, Londres (Rolls), 1859, 4 vol. 8", éd. Riley. Les règlements (en français) concernant le Pui sont tirés du Liber custumarum, compilé en 1320 (14 Éd. II) pp. 216 et s. « Les concours poétiques appelés pxiis », établis dans le nord de la France, « paraissent avoir suscité les imitations allemandes et néerlandaises des Maîtres chanteurs et des Chambres de rhétorique. » G. Paris, Littérature française au moyen âge, paragr. 127. Ajoutons l'imitation anglaise qui nous occupe.

et tous maux arrière. » Ces marchands de pays divers se disaient évidemment que la musique adoucit les mœurs et tâchaient d'éteindre leurs querelles dans des chansons. A la tête du Pui, était un prince entouré de douze compagnons , élus par la confrérie , et qui avaient notamment pour mission de faire la paix entre les querelleurs. Chaque année, un nouveau prince était désigné et installé solennellement. Ce jour-là, « le vieil prince et ses compagnons iront par la salle outre en outre, chantant; et portera le vieil prince la couronne, du Pui sur son chef et une coupe dorée en ses mains, pleine de vin. Et quand ils auront allé en tour, le \*ieil prince donnera à boire à celui qu'ils auront élu et lui donnera la couronne, et celui-là sera prince ».

Le jugement des chansons est une opération fort grave ; on l'entoure de toutes les garanties qui conviennent pour un acte aussi important. La décision appartient au vieux et au nouveau prince, assistés d'une quinzaine « des mieux entendants des compagnons » , qui tous prêteront un serment solennel : « Et doivent juger la meilleure des chansons à leur escient, sous leur serment qu'ils ne [failliront] pour amour, pour haine, pour don, pour promesse , pour voisinage , pour lignage ne pour nulle acointance vieille ni nouvelle, ni pour nulle chose qui soit. » On nommera de plus deux ou trois juges, « qui se connaissent en chant et en musique », pour examiner l'air de la chanson : <( Car, sans la musique, ne doit-on mie appeler une raison endite (texte rédigé) chanson; ne chanson royale couronnée ne doit être sans douceur de mélodie chantée. » Le vainqueur recevra la couronne et sa chanson, copiée en belle écriture, sera affichée dans la salle sous le blason du prince : « Que le [prince]

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