‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 168 sur 239 · CHANSONS, LE PUI DE LONDRES · texte numérisé non relu

CHANSONS, LE PUI DE LONDRES

fasse attacher dessous son blason la chanson qui était couronnée le jour qu'il fut élu nouvel prince, apertement et droitement écrite, sans défaut. »

A un moment, la société était quasi-ruinée à force de dépenses pour orner la salle. A Tavenir, on sera plus raisonnable : « Endroit de la salle où la fête du Pui sera se^^•ie, est assentu que désormais ne soit drap d'or ni de soie pendu, ni la salle courtinée, sauf qu'elle soit honnêtement fleurie de feuillages, enjonchée (litière de joncs par terre), appareillée de bancs, aussi comme il appent à telle fête royale ; sauf que le siège où les chanteurs chanteront les chansons royales soit couvert d'un drap d'or. »

Après le concours, on dinera ensemble. Voici le menu du festin : « Et de service de mangerie est ainsi ordiné, que tous les compagnons soient servis aisément, aussi bien les plus pauvres comme les plus riches, en cette forme, c'est à savoir qu'ils soient servis de bon pain, bonne cervoise et bon ^in , et puis qu'ils soient servis de potage, et d'un cours (ser\âce) de grosse chair et puis après de double rôt en une écuelle, et fromage, sans plus. » Les femmes n'étaient pas admises à ces fêtes et, afin que les médisants ne pussent pas dire que c'était par crainte de querelles, ou pire encore, nous sommes avertis, au contraire, par la société elle-même, que c'était pour apprendre aux compagnons à les « honorer, chérir et louer autant en leur absence comme en leur présence. »

Aucune fête n'était complète au moyen âge sans une procession ou cortège à travers les rues ; on associait ainsi la foule à son plaisir. Ainsi faisaient les membres du Pui de Londres : a Tantôt après qu'ils auront donné

la couronne à celui qui mieux chantera, montent leurs chevaux et fassent leur chevauchée parmi la cité, et puis convient leur nouvel prince à son hôtel, et là descendent trestous. et là fassent une danse avant de départir; et boivent une fois, et s'en revoient chacun à son hôtel. » Avec ses chansons et sa musique, ses intentions débonnaires, ses couronnes et ses feuillages, cette société offre aux yeux comme un coin d'Arcadie pacifique et verdoyante, en pleine cité de Londres, malgré les jalousies marchandes et en dépit des haines internationales.

Cette oasis est d'autant plus charmante aux regards qu'elle n'est qu'une oasis. Des sentiments si honnêtes ne sauraient être fort communs. Pendant que nos amis du Pui s'exercent à chérir et louer les femmes même en leur absence, d'autres faiseurs de chansons, moins courtois, continuent contre elles les traditions satiriques du moyen âge : « Je suis venu, voici pourquoi, voici pourquoi! » lit-on dans une chanson anglaise du même siècle ; <( c'est pour chanter les louanges de cette jolie femme. Il y avait une fois trois fourbes, trois fourbes il y avait! un renard, un frère et une femme. Il y avait trois rageuses, trois rageuses il y avait : une guêpe, une belette et une femme. Il y avait trois bavards, trois bavards il y avait : une pie, un geai et une femme', » etc.

Les frères , les moines , les élégants qui suivent des

1 Hcrfor and therfor and therfor I came,

And for 10 preysse tliis praty wonian.

Tlier wer iij wylly, iij wyly ther wer; A fox, a fryyr and a woman, etc.

Thomas Wright, Songs and Carols, Londres, Percy Society, 1847, 8% p. 4.

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