‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 169 sur 239 · SATIRES · texte numérisé non relu

SATIRES

modes ridicules et portent des chausses si étroites qu'ils ne peuvent se baisser sans les faire éclater ', sont, avec les femmes, l'objet de chansons satiriques : « Prêtre, moine, ni chanoine, ni aucun homme d'église, ne s'adonne autant à la dévotion que font ces très saints frères. Car certains individus s'adonnent à la chevalerie, d'autres sont des coureurs de tavernes et des ribauds; mais les frères s'adonnent aux études profondes et aux longues prières-. » Suit un exposé de travaux, d'études et de prières qui n'ont rien du tout d'édifiant, et qui font penser à Chaucer plutôt qu'à saint François.

Le ton s'élève, et nous avons des chansons forestières en l'honneur de l'outlaw Robin Hood^. La satire cesse d'être simplement railleuse; le rire du chanteur ne le console pas des abus; il lui faut des réformes; il

1 For hortyng of here hosyn Non inclinare laborant.

Satire, dans la même pièce, des grands cols, des grandes manches, des grands éperons. Th. Wright, Political poems and songs from Ed. 111 to Rie. m {Rolls), 1859, 2 vol. 8", t. I, p. 275.

2 Preste, ne monke, ne vit chanoun, Ne no man of religioun,

Gyfen hem so to devocioun

As done thés holy frères, etc.

Polilical Poems, ibid., t. î, p. 263.

3 La masse de celles qui nous sont parvenues sont des quinzième et seizième siècles; mais Robin était très populaire et très chanté dès le quatorzième siècle. Le prêtre paresseux avoue, dans les Visions de Langland. être incapable de chanter les offices :

But I can rymes of Robyn Hood • and Randolf erle of Chestre. Éd. Skeat, texte B, V, 402. Voir supra, p. 225.

gronde et menace; le prêtre John Bail, en son discours de 1381 aux paysans révoltés, puise dans le chansonnier populaire un refrain, qui résume toute sa thèse : u Quand Adam bêchait et qu'Eve filait, qui donc était gentilhomme? »

Whan Adam dalf and Eve span, Wo was thanne a gentilraan ' ?

Le chanteur anonyme prête la parole au paysan muet et lui fait tracer le tableau de ses peines et dresser la liste de ses revendications-. Des clercs anonymes rédigent, en réponse, des chansons, partie anglaises partie latines, mélange qu'on aimait alors, et font le procès des révoltés 3. D'autres célèbrent les louanges des héros anglais de la guerre de cent ans.

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, ces derniers chants ne sont pas en très grand nombre, et leur inspiration n'est pas très haute; la guerre, comme on a vu, était royale et non pas nationale; et il se trouva, de plus, qu'aucun des grands poètes du temps ne jugea bon de célébrer Crécy et Poitiers. Nous n'avons donc rien que de rudes ébauches, sorte d'imagerie populaire au dessin barbare et au coloris grossier, mais aux intentions \dgoureuses. Les clercs poursuivent, en leur

1 Walsinghani, Historia Anglicana, t. II [Rolls], p. 32.

2 To sechc silver to the kyng y mi seed solde, Forthi mi lond leye ant leornetli to slepe.

Temps d'Edouard 1" ou d'Edouard II.

3 Nede they fre be most,

Vel noUent pacificari, etc.

Political Poems, t. I. p. 225, Satire des LoUards hérétiques : <■ Lollardi suntzizania », etc. ibid., p. 231, des frères devenus des colporteurs, p. 2G4.

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