POEMES POLITIQUES
latin, la France et Philippe de Valois cVépithètes injurieuses :
Lynxea, viperea, vulpina, lupina, medea, Callida, syrena, crudelis, acerba, superba...
Telle est la France , d'après eux, et quant au roi, son sort est prédit en un jeu de mots :
0 Philippe Valeys, Xerxes, Darius, Bituitus, Te faciet maleys Edwardus, aper polimitus '.
A quoi les Français répondaient :
Puis passeront Gaulois le bras marin, Le pauvre Anglais détruiront si par guerre ; Qu'adonc diront tous passant ce chemin : Au temps jadis était ci Angleterre! -
Mais les deux pays ont survécu, pour d'autres querelles, d'autres misères et d'autres gloires. Les batailles d'Edouard III furent encore célébrées chez nos voisins dans une série de chants en anglais qu'un seul manuscrit nous a conservés, en même temps que le nom de leur auteur : Laurence Minot ^, sur lequel on ne sait rien. Dans ses rudes poèmes, où parfois l'allitération se mêle à la rime, traitées toutes deux à la diable, le chanteur accompagne pas à pas Edouard , et célèbre ses prouesses de grand cœur, mais en bien méchants
1 Political Poems, Ibid., t. I, pp. 26 et s.
2 Ballade d'Eustache des Champs, Œuvres complètes. II, p. 34.
3 The poems of Laurence Minot, éd. J. Hall, Oxford, 1887, s», onze courts poèmes sur les batailles d'Edouard III. Il faut encore classer parmi les poètes patriotiques Adam Davy : Davij's five dreams about Edward II, éd. Furnivall, Early English text Society, 1878, 8". Ce sont des songes mêlés de prophéties, en style médiocre et qui veut être apocalyptique. Edouard II sera empereur de la chrétienté, etc. Divers ouvrages pieux, une vie de saint .A.lexis, un poème sur les signes de la fin du monde, etc., ont été attribués à Davy sans motifs suffisants. Voir à ce sujet, Furnivall, ibid., qui donne le texte de ces poèmes.
HISTOIRE LITTÉRAIUE. 24
vers. On croirait entendre l'éloge de sire Thopas. Les explétifs ridicules et inutiles : « suth to saine » , <( i-wis » et surtout « hoth day and night » lui servent constamment à attraper sa rime; et grande est ren%de d'acquiescer impoliment à son dire quand il s'écrie : « Dieu m'aide ! J'ai bien peu d'esprit ' ! »
En face de ces chants de guerre, les retours mélancoliques familiers à la race , les plaintes, les accents tristes et désespérés. Les défaites sont venues après les victoires et elles contribuent à donner des doutes sur la validité des prétentions d'Edouard-. Et si cette guerre ruineuse et d'issue incertaine allait être, après tout, une guerre injuste? On en ^dent à composer des vers sur ce sujet : « Sanguis communitatis Francise cjuae nihil ei nocebat cpiaeritur apud Deum ^. »
Dans les chants de guerre, les Écossais étaient d'ordinaire malmenés à l'égal des Français; à cette époque et pour bien des années, ils étaient encore l'ennemi, tout comme les Irlandais et les Français. A l'exemple des gens de France , les gens d'Ecosse répondaient ; plusieurs de leurs réponses étant en anglais comptent dans la littérature anglaise. La plus énergique est le roman semi- historique intitulé The Bruce; c'est le meilleur des poèmes patriotiques inspirés par les guerres du quatorzième siècle.
Le Bruce, composé vers 1375, par John Barbour^,
1 Help me, God, my wit es tliin !
Now Laurence Minot \sill begin (p. 21).
- Vices et torts d'Edouard; Political poems, f. I, pp. 159, 172, etc.
•■' Political poems, t. I, p. 17'ï.
* The Bruce, or Ihe book ofthe most excellent and noble prince Robert de Broyss, King of Scots, compiled by John Barbour, éd. Skeat Ear ly English text Society), 1870-89, un vol. 8°. Barbour, muni de ausf-