LA SOCIÉTÉ POLITIQUE
de ce phénomène grandiose : la puissance du Parlement. Chaucer, qui fut lui-même membre de l'assemblée, y envoie son franklin; il mentionne la chose et c'est tout : le rôle du franklin dans ce groupe, parmi cet ensemble d'êtres n'est pas décrit; en revanche, une peinture excellente nous le représente tenant table ouverte chez lui, faisant servir en abondance chapons, perdreaux et sauce piquante. Ici sa personnalité est en relief; elle se détache. Mais là-bafe, à Westminster, le franklin sans doute se perdait dans Vensemble^ et les ensembles n'intéressaient pas Chaucer.
Dans deux documents sans plus, la puissance des Communes d'Angleterre apparaît grande et saisissante, comme elle fut dans la réalité, et ces documents sont : • les Rôles où furent inscrits les actes du Parlement et le poème de William Langland. Nul, avant lui ni de son temps, ne ^it si juste. Toute l'organisation de l'État anglais est résumée en un vers d'une énergie admirable, où le poète représente le roi entouré de son peuple : « Chevalerie le conduisait ; puissance des Communes le faisait régnera » La puissance des Communes est toujours présente à l'esprit de Langland; il constate l'impossibilité de se passer d'elles. Quand le roi est tenté de mettre en avant sa prérogative et esquisse, en ses discours, une sorte de théorie du droit divin ; quand il parle, comme devait faire peu d'années après Richard II, et comme firent plus tard les Stuarts; quand il se vante d'être le maître de tous, d'être la tête des lois, dont le clergé et la commune ne sont que les membres, Lang-
1 Knyghthod hym ladde,
Might ol tlie communes • made liym to règne.
B. Prol. 112.
land l'arrête et, par la bouche de Conscience, ajoute une clause menaçante : « Sous la condition, dit-il, que tu protèges et g-ouvernes l'État selon les règles de la raison, du bien et du vrai ^ » La déposition de Richard, accusé plus tard d'avoir dit, juste dans les mêmes termes, (( qu'il dictait de sa bouche les lois de son royaume-», et la chute des Stuarts, sont en essence dans ces mots quasi-prophétiques.
Aussi, sur presque toutes les questions qui troublaient les esprits au quatorzième siècle, est-il de l'avis des Communes et, en suivant les rôles du Parlement, on peut trouver la contrepartie ou la confirmation de ses arrêts. Par moments, en lisant son ouvrage, on croirait lire une transcription poétique du compte rendu des séances. De même que les Communes, Langland est partisan des anciennes divisions des classes, du mainlien du servage, de la réglementation des salaires par l'État; il n'a que haine pour les banquiers lombards et juifs, pour les pourvoyeurs royaux, les marchands accapareurs. De même que les Communes, il veut la paix avec la France ; son attention est concentrée sur les affaires proprement anglaises; les guerres lointaines l'inquiètent; il eût aimé qu'on s'en tint à la paix de Brétigny3; il souhaite qu'on ne recommence pas les croisades. Il est avant tout insulaire. De même que les Communes, il reconnaît l'autorité religieuse du pape, mais il proteste contre l'abus qui en est fait et contre l'immixtion du souverain pontife dans les affaires temporelles. L'extension prise par le pouvoir papal en An-