‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 177 sur 239 · LE MONDE RELIGIEUX · texte numérisé non relu

LE MONDE RELIGIEUX

gleterre lui parait excessive ; il proteste contre les appels en cour de Rome sur des affaires anglaises; il juge que les richesses de l'Église lui sont nuisibles; il partage le sentiment des Communes sur ce qu'elles appellent, en plein Parlement : « la pécheresse cité d'Avignon «^ Il s'indigne contre les évéques, les maîtres, les docteurs, qui se laissent domestiquer et sont « les serviteurs des lords et des ladies et leur tiennent lieu d'intendants - » .

Descendant ainsi, de degrés en degrés, Langland arrive à la tourbe étrange, grimaçante, impardonnable des menteurs, des fripons et des fourbes, qui trafiquent des choses saintes, absolvent pour de l'argent, vendent le paradis, trompent les niais et semblent avoir obtenu privilège de «mentir, leur vie durant "^ ». Dans le dernier cercle de son enfer, où il les fouette d'incessantes railleries, le poète enferme pêle-mêle tous ces mécréants bien repus, parasites vivaces qui disjoignent les tuiles et les pierres du saint édifice, si bien que le vent v pénètre et la pluie y tombe : frères éhontés, marchands d'indulgences, pèlerins, ermites, toutes gens qui n'ont de saint que l'habit et dont l'exemple, si on n'y met bon ordre, enseignera au monde le mépris et de l'habit, et de ceux qui le portent, et de la rehgion qui les tolère et les nourrit.

A ce niveau, dans ces bas-fonds, parmi les recoins sombres où il dirige le rayon de sa lanterne, Langland ne ménage rien; il rit d'un rire féroce que les échos répètent, et les oiseaux de nuit s'envolent effarés. Ce n'est pas le rire de Chaucer, rire déjà moins léger que

' « Bon Parlement » de 1376.

- B. Prol. 87.

3 B. Prol. 49.

le rire de France; ce n'est pas ce rire joyeux qui, sur la route de Cantorbéry, accueille les discours du montreur de reliques et les sermons intéressés du frère :\ Thomas malade; c'est un ricanement douloureux et terrible, avant-coureur de la catastrophe finale et du jugement : ce qu'ils ont entendu dans la plaine de Malvern, les maudits le réentendront un jour dans la vallée de Josaphat. Force leur est donc de sortir de leurs trous, et ils paraissent au jour, hideux et grotesques, imprégnés de l'humidité de leurs noirs caveaux. Le soleil les aveugle , le grand air les étourdit ; ils font la plus piteuse figure. A l'inverse des pèlerins de Cantorbéry, ils ne bénéficieront pas de l'indulgence que met dans les cœurs la gaité du ciel, par une matinée d'avril. Ils apprendront à connaître la différence entre le rire qui pardonne et le rire qui tue. Langland les prend, les laisse tomber, les reprend; jamais il n'est las de ce plaisir féroce; il nous les présente séparément, et ailleurs en paquets : tas de pardonneurs, « paquets d'ermites » ; pèlerins qui courent à Saint-Jacques, à Rome, à Rocamadour en Guyenne, qui ont fait visite à tous les saints; mais cherchent-ils jamais sainte Vérité? Non, jamais! Se douteront-ils, quelque jour, du ^Tai endroit où ils trouveraient saint Jacques? « Saint Jacques est là où les pauvres gisent malades, dans les prisons, dans les chaumières ' . » Ils vont chercher saint Jacques en Espagne, et saint Jacques est à leur porte; ils le coudoient chaque jour, et ils ne le reconnaîtront jamais.

Quel spectacle nous consolera de toutes ces tristesses? Ce sera celui de l'homme pauvre et désiatéressé, du

i B. Prol. 46; XII. 37; V. 57; C. V. 122.

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