‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 178 sur 239 · LE MONDE RELIGIEUX, LES HUMBLES · texte numérisé non relu

LE MONDE RELIGIEUX, LES HUMBLES

travailleur de la terre, probe et courageux. C'est une des originalités de Langland : le guide qu'il s'est choisi diffère autant du Virgile de Dante que de l'Amant suivi par Guillaume de Lorris à travers les sentiers du jardin de la Rose. Le visionnaire anglais se laisse conduire par Pierre le Laboureur, et c'est là, de sa part, une très grande originalité. Pierre est la cheville ouvrière de l'État et réalise l'idéal de désintéressement, de conscience, de raison, dont l'âme du poète est remplie ; il est le vrai héros de cette épopée. Courbé sur le sol, patient et persévérant comme les bœufs qu'il aiguillonne , il poursuit chaque jour sa tâche sacrée ; les années passent et il blanchit, et de l'aurore au crépuscide de la vie, il suit sans relâche le même sillon sans fin, poursuivant derrière sa charrue son éternel pèlerinage. Autour de lui, les paresseux dorment, les insouciants chantent; ils prétendent animer les autres par leurs bourdonnements; ils font des roulades : « Hoy ! troly lolly ! » Pierre nourrira tout le monde, sauf ces inutiles; il ne nourrira pas .Tacques le jongleur, ni Jeannette la folle fille, ni Daniel le joueur de dés, car tous ceux dont le nom est inscrit « dans la légende de vie » doivent prendre la vie au sérieux^. Il n'y a nulle place, en ce monde, pour les gens qui ne sont pas earnest; toute classe qui ne remplit pas sincèrement ses devoirs et se contente (J'à peu près, qui les remplit sans comiction, sans passion, sans plaisir, sans chercher à atteindre le meilleur résultat possible et à faire mieux que la génération précédente, périra. A plus forte raison périra la classe qui cesse de justifier ses pri\ilèges par ses ser^dces : c'est la grande loi mise

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