‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 181 sur 239 · SES ANIMOSITES ET SES HAINES · texte numérisé non relu

SES ANIMOSITES ET SES HAINES

là sa grande et fondamentale indignation; toutes les autres en découlent. Il est pénétré de l'idée du sérieux de la ^de; or il vivait à une époque où, le moyen âge approchant de sa fin, de même que dans toutes les fins de périodes, on ne prenait plus au sérieux aucun des sentiments ou des croyances qui avaient fait la force des générations précédentes. Il voyait sous ses yeux des chevaliers traiter la guerre comme une partie de chasse , des gens instruits considérer les mystères de la religion comme un délassement pour l'esprit et un sujet de conversation après les repas ; les chefs du troupeau ne s'occuper des brebis que pour les tondre. Lady Meed, sous les traits d'Alice Perrers , partageait la couche du roi!

Sur tous ces gens et sur toutes ces choses, Langland crie : anathème! Le manque de sincérité, le « faux semblant » et le '( merveilleux semblant » (mot de Rutebeuf] lui inspirent une haine intransigeante. C'est pour lui le point capital, la pierre de touche du bien et du mal, la marque qui distingue le bon et le mauvais citoyen. Il y revient sans cesse, sans se lasser, par sermons, épigrammes, portraits, caricatures; il grandit, répète, multiplie ses images et ses préceptes, de façon à accroître ridée de nombre et l'impression de danger, et dans la pensée qu'enfin sa terreur de\'iendra nôtre et qiie nous partagerons son aversion. Aussi, à perte de vue, indéfiniment, parmi les brouillards, à travers les rues, au porche des églises, sous la monotone mélopée de ses sermons, parmi les sifflements de ses satires, fait-il grimacer, d'une horrible contracture, le visage de Faux- Semblant, le non sincère. Faux-Semblant, c'est le roi qui règne sans conscience, c'est le chevalier corrompu

par Lady Meed, riiomme de loi sans cœur, le marchand sans honnêteté, le frère, le pardonneur, l'ermite qui cachent , sous l'habit des saints , des cœurs de damnés ; c'est le pape même , qui vend les bénéfices ; ce sont les histrions, les saltimbanques, les balladins, les parasites qui colportent de vaines histoires et aident à oublier le sérieux de la vie. Du pape pervers au balladin menteur, tous ces hommes sont le même homme; c'est l'Imposteur; anathème sur lui! Du plus loin que Langiand aperçoit Faux-Semblant, l'horreur et la colère l'aveuglent ; il semble qu'il soit en présence de l'Antéchrist.

On imagine si, dans de pareils cas, il est maître de son langage et capable de le mesurer. Pour lui, dans les questions de cet ordre, il n'y a pas de nuances ni d'atténuations possibles ; on est avec Faux-Semblant ou contre Faux-Semblant; transiger c'est trahir, et quoi de pire qu'un traître? Il arrive ainsi, de degré en degré, à résumer sa pensée dans des propositions comme celleci : « Celui qui donne de l'argent à lui amuseur est pire que Judas M » Si on avait parlé d'exagération, il aurait haussé les épaules ; pour lui , le doute n'est pas possible, cette proposition, c'est ^é^^dence même.

Aucune transaction ! Traversez la ^de debout, entre les droites murailles du devoir, sans vous soustraire à vos obligations, et sans empiéter sur le devoir d' autrui. Faire immodérément son devoir et prendre sur soi celui des autres, c'est troubler Tordre des choses, c'estprescpie une manière d'imposture ; le chevalier fera la guerre et ne perdra pas son temps à jeûner et à se donner la discipline; le chevalier qui jeûne est un mauvais chevalier.

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