‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 182 sur 239 · SES ANIMOSITÉS ET SES HAINES · texte numérisé non relu

SES ANIMOSITÉS ET SES HAINES

Bien des joies sont permises; elles sont comprises, comme des parterres de fleurs, entre les droites murailles du devoir ; les fleurs d'amour elles-mêmes y poussent sous le ciel et il est permis de les cueillir. Mais prenez garde à cet insaisissable et merveilleux Protée féminin, Lady Meed, la grande corruptrice. Sous les formes les plus diverses, elle réapparaît toujours; on dirait que l'aspic du paradis terrestre soit devenu l'immense reptile qui entoure le monde.

Cette haine est sans bornes, mais c'est la seule ; il y a place à côté d'elle, dans le cœur du poète, pour des trésors de pitié et de miséricorde. L'idée de tant de Sarrazins et de Juifs damnés lui est odieuse; il croit à une conversion générale : « Le Christ nous a tous appelés, vienne qui veut, Sarrazins, schismatiques et Juifs aussi 1 ! » Il y a quelque chose de pathétique dans la manière dont il montre aux malheureux et aux souffrants, qui mourront avant d'avoir vu le mieux promis, les trois mots qui les aideront dans leurs peines : « Fiat voluntas tua!'- » La vérité est que ce passionné, ce soufrant, cet indigné, avait peut-être, sous sa rude écorce, une âme tendre ; et c'est ainsi qu'il a pu condenser son idéal de vie en cette belle devise : Disce, Doce, Dilige ; c'est pour lui, Dowel, Dobet et Dobest : « Apprends, enseigne, aime 3. »

La langue du poète est, si l'on peut ainsi dire, comme lui-même . avant tout, sincère. Chaucer voulait que les mots fussent « cousins des faits » . Langland suit la même doctrine. Autant son langage est abstrait et fluide, indé-

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