‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 187 sur 239 · LES TRADUCTIONS, TREVISA, MANDEVILLE · texte numérisé non relu

LES TRADUCTIONS, TREVISA, MANDEVILLE

Berkeley, traduit à la course, avec pas mal de contresens, mais en style simple, la célèbre Histoire Universelle , Polychronicon, de son compatriote Ranulphe Hig deni et l'encyclopédie scientifique, De Proprietatibus Rerum-, de son autre compatriote Barthélemi l'Anglais Le premier de ses ouvrages, achevé en 1387, eut à la Renaissance l'honneur d'être imprimé par Caxton. Le second fut terminé en 1398.

La traduction anglaise des « Voyages de iMandeville » eut plus de popularité encore. Cette traduction est anonyme 3. On sait aujourd'hui que le texte original des Voyages fut rédigé en français par Jean de Bourgogne, médecin, dit« à la Barbe », qui écrivit divers traités, un notamment sur la peste, en 1365, mourut à Liège en 1372 et fut enterré dans l'église des Guillemins où sa tombe se voyait encore à l'époque de la Révolution française^. Jean parait avoir inventé le personnage de Mandeville comme Swift inventa Gulliver, et Defoe, Robinson. Main-

1 Polychronicon Ramtlphi Higden... with the English translation of John Trevisa, éd. Babiugton et Lumby [Rolls), 1865, 8 vol. 8°.

2 V. supra, p. 207.

3 The buke ofJchn Maundeuill, being the travels ofsir John Mandeville Knight, 1322-56, n hitherto unpublished English version from the unique copij [Eg. ms. 1982) in the British Muséum, edited together with the French text, by G. F. Warner; Westminster, Roxhurghe Club, 1889, fol. On trouvera dans l'introduction la série des preuves établissant que Mandeville n'a jamais existé; celte démonstration est établie d'après les découvertes de divers et notamment celles de M. E. B. Nicliolson de la Bodiéienne, Oxford. (Cf. art. d'H. Cordier dans la Revue critique du 26 oct. 1891). Une édition critique du texte français est préparée par la Société des Anciens Textes. La traduction anglaise fut faite après 1.377 et deux fols revisée au début du quinzième siècle. Sur les emprunts faits à n Mandeville « par Christine de Pisan dans son Chemin de long Eslude, voir Romania, t. XXi, p. 229, art. de M. Toynbee.

* L'église et ses dépendances furent vendues et démolies en 1798 : « .\djugés le 12 nivôse an VI, à la citoyenne épouse J. J. Fabry, pour 46,000 francs. » Warner, ibid., p. xxxiii.

tenant que sa fraude est découverte, le moins qu'on puisse faire est de rendre justice à son talent; pendant cinq siècles l'Europe a cru à Mandeville. et le mérite est d'autant plus grand, qu'il ne s'agissait pas seulement pour Jean à la Barbe de faire voyager son héros jusqu'à une île déserte : c'eût été chose trop simple. Non, il combine par avance Robinson et Gulliver; c'est Robinson à Brobdingnag'; le chevalier arrive dans un pays de géants: H ne voit pas les géants, c'est ^Tai, mais il voit leurs moutons (le mouton primitif de l'Asie centrale j ; ailleurs les hommes ne se nourrissent que de serpents et sifflent comme eux ; d'autres ont des figures de chiens : d'autres relèvent au-dessus de leur tête leur pied qui est immense et s'en servent comme d'ombrelle. Gulliver ne devait rien voir de si curieux. Le tout fut accepté : par les lecteurs du moyen âge avec enthousiasme; par les critiques de notre temps avec indulgence et bonté. Les mensonges les plus évidents furent excusés et même justifiés, et la fortune du livre fut telle qu'on en possède environ trois cents manuscrits , tandis que les voyages authentiques de 3Iarco Polo subsistent dans soixantedix-sept seulement. (( Mandeville » eut plus de vingt-cinq éditions au quinzième siècle et Marco Polo seulement cinq ^ .

Rien en effet de plus habilement persuasif que la manière dont Jean de Bourgogne présente son héros. C'est im personnage homiête, un peu naïf, im peu crédule peut-être, mais qui ne manque pas de bonnes raisons pour justifier au besoin sa crédulité ; qui a beaucoup lu et ne se cache pas de l'usage qu'il fait des livres

• Warner, itid.. p. v

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