LA PROSE DE CHAUCER
L'ouvrage fut traduit sans retard * ; il de\int vite un des classiques de la langue anglaise ; il servit, au moment où il parut, à vulgariser en Angleterre l'usage de la prose simple et alerte dont il était un modèle, le meilleur qu'on eût vu jusque-là ^
Divers traités scientifiques et tliéologiques furent aussi rédigés en prose. Ceux de Richard Rolle, hermite d'Hampole, comptent parmi les plus anciens et les plus remarquables^. On en doit aussi quelques-uns à Chaucer; ils passent inaperçus dans la splendeur de ses autres œuvres et c'est justice. Chaucer écrivit en prose son conte du curé et son conte de Mélibée , tirés d'ouvrages français, une traduction de Boèce, un traité sur l'Astrolabe pour l'usage de son fils Louis, « litell Lowysmy sone ^.)) La prose de Chaucer est pénible et lourde , parfois obscure. Habitué à la poésie, il s'embourbe dans la prose;
* Un fragment fut même mis en vers : The commonyng of Ser John Mandcville and the gret Soudcn ; dans Remains of the early popular Poetry of England, p. p. Hazlilt, Londres, 1864, 4 vol., 8°, t. 1, p. 153.
2 Voici un échantillon de ce style. C'est la conclusion mélancolique de l'ouvrage, dans laquelle le voyageur fatigué, pareil à Robinson, se résigne enlin au repos : « And I John Maundeville, knyghte aboveseyd (aile thoughe I ben unworthi) that departed fromowre contrées and passed the sec the yeer of grâce 1-322, that hâve passed many londes and many isles and contrées, and cerchcd manye fulle straunge places, and hâve ben in many afuUe gode honourablc companye and at many a faire dede of armes (aile be il that 1 dide none my self, for myn unable insuffisance) now 1 am comen hom (mawgre my self) to reste : for gowtes artetykes, that me distreynen, tho diffynen theende of my labour, agenst my wille(God knowethe). And thus takynge solace in my wrecced reste, recordynge the tyme passed, 1 hâve fulfilled theise thinges and putte hem wrylen in this boke, as it wolde corne in to my mynde. the yeer of grâce 1356 in the 34 yeer that I deparlede from owr.- contrées. W'erfoie 1 preye to aile the rederes and hereres of this boke, yif it plese hrm that thei wolde preyen to God for me : and I shalle preye for hem. » Éd. Halliwell, Londres, 1866, 8", p. 315.
3 V. supra, p. 218.
4 A treatiseon the Astrolabe addressedto his son Lowys by Geoffrey Chaucer, 1391, éd. W. W. Skeat, 1872, 8°; voir supra, p. 346.
4n LA PROSE AU QUATORZIEME SIECLE
il s'arrête au moindre obstacle ; lui faut les chemins de Vair. Les oiseaux de haut vol sont mauvais marcheurs.
Sous une forme différente, la prose prit cependant un certain essor en Angleterre, au cours du quatorzième siècle. Cette forme est la forme oratoire.
L'Angleterre de Ghaucer et de Langland, cette Angleterre poétique dont la prose se formait si lentement, était déjà, comme on a vu, l'Angleterre parlementaire que nous connaissons. Elle défendait ses intérêts, marchandait avec le roi, écoutait les discours souvent très modestes que le prince lui adressait, ripostait par des remontrances souvent fort audacieuses. La chose de l'État étant déjà alors la chose de tous, tout homme lil^re la discutait; la ^ie publique avait pris un développement auquel on ne pouvait rien comparer en Europe ; les serfs mêmes, en un jour de révolte, étaient capables de s'assigner un but et de suivre un plan : ils ravageaient le palais de Savoie pour marquer leur condamnation de Jean de Gand et de sa politique ; mais sans piller, afin de montrer qu'ils se battaient pour une idée ' : <( Afin que toute la nation sût bien qu'ils ne faisaient rien par amour du lucre, ils décrétèrent la peine de mort contre quiconque aurait l'audace de s'approprier aucun objet trouvé dans le palais. Les innombrables objets d'or et d'argent qui y étaient seraient brisés à coups de hache en menus morceaux et jetés dans la Tamise, ou dans les égouts; les draps d'or et de soie seraient déchirés. Et ainsi fut fait'. »
1 « Et ut patosceret totius regni communitati eos non respectu avariliae
Bien des discours éloquents furent prononcés à cette époque, paroles envolées dont le souvenir est perdu; les plus passionnés, déclamés sur une lande ou dans une clairière au fond des bois, ne nous sont connus que par leurs résultats : ces paroles brûlantes ont fait sortir de terre des hommes armés. Ces discours-là étaient en anglais ; nous n'avons le texte d'aucun; pour un toutefois , le plus célèbre de tous, nous avons un résumé en latin : c'est la fameuse harangue anglaise prononcée à Blackheath par le prêtre révolté John Bail, au moment de la prise de Londres * .
Sous une forme plus réservée, qu'on eût pu appeler déjà la forme « parlementaire », mais souvent avec une audace et une éloquence surprenantes, les intérêts publics sont discutés pendant ce siècle, presque toujours en français, au palais de Westminster. Là, les documents abondent; les Rôles du Parlement, trésor incomparable,
quicquam facere, proclaniaii fecerunl sub pœiia decollationis, ne quis prœsumeret aliquid vel aliqua ibidem reperta ad proprios usus servanda contingere, sed ut vasaaurea et argentea. quœ ibi copiosa habebantur, cum securibus niinutatim confringerent et in Tamisiara vel in cloacas projicerent, pannos aureos et holosericos dilacerarent... Et factura est ita. » Walsingham, Historia Anglicana, 1. 1. p. 457 ' Rolls).
1 « Ad le Blakeheth, ubi ducenta milliacommunium fuere siraul congregata hujusceinodi sermonem est exorsus :
Whann Adam dalfe and Eve span ■\viio Avas tlianne a gentil man?
Continuansque sermonem inceptum. nitebatur, per verba proverbii quod pro Ihemate sumpserat, inlroducere et probare, ab iailio omnes jjares créâtes a nalura, servilutem per injustam oppressionem nequam hominuni introductam. contra voluntatem Dei; quia si Deo placuisset servos créasse utique in principio niundi constituisset quis servus, quisve dominus fulurus fuisset. » Qu'ils détruissent donc les nobles et les gens de loi, coniuie le bon père de famille arrache les mauvaises herbes de son champ. Ainsi régneront la liberté et l'égalité :« Sic demum ... essetinter eos œqua libertas, par dignilas, similisque potestas u. Chronicon AngliBe, éd. Thompson {Rolls}, 1874, 8°, p. 321 ; Walsingham, t. IL p. 32.
nous sont parvenus et rien de plus facile que d'assister, si l'on veut, à une session du temps des Plantagenets. De nombreux spécimens de questions et de réponses, de discours gouvernementaux et de discours d'opposition nous ont été conservés. De plus, une partie des édifices, lieux de la scène, subsiste encore aujourd'hui'.
Tout d'abord, et avant l'ouverture de la session, une « générale proclamation » est lue dans la « grande salle de Westmoustier », ce hall construit par Guillaume le Roux, dont la charpente fut refaite par Richard II et qu'on a débarrassé naguère de ses encombrantes annexes 2. Cette proclamation défend à tous et à chacun de venir au lieu où le Parlement siège, c( armé de hoquetons, de plate (armure), d'épées et de longs couteaux et d'autres manières d'armes » , car il en résulte des désordres si graves que les affaires sont entravées et que les membres du Parlement sont « effreietz « par ces longs couteaux. Puis, s' abaissant à de moindres sujets, la proclamation s'adresse aux gamins de Londres et leur défend de jouer aux barres dans le palais, ou de faire des niches aux passants, « comme de leur ôter leurs chaperons » , ce que la proclamation appelle en son style parlementaire^ «jeux non convenables ». Mais comme il faut respecter la liberté priA'ée le plus possible , l'interdiction ne Nase que la durée de la session 3.
Le jour de l'ouverture, le roi se rend à la salle des séances, où il constate fort souvent qu'il n'y a personne,
' Roluli Parliamentorum, ut et petitiones etplacila in Parliamento, Londres, 7 vol., fol. (dont un vol. d'index).
- Richard en fit une restauration générale et y employa des maîtres maçons anglais, « Richard Washbourn » et a Johan Swalwe ». Le contrat (endenture^est du 18 mars 1393; texte dans Rymer, 1705, t. VII, p. 794.
^ Rotuli Parliamentorum,l. Il, p. \03, elpassim.
beaucoup de députés ou « grands » ayant été retenus en route par le mauvais temps, les mauvais chemins ou autres empêchements K Un autre jour est alors fixé pour L'ouverture solennelle des travaux.
Tout le monde étant enfin venu, le roi, les lords spirituels et temporels et les Communes se réunissent ensemble dans la « Chambre peinte » . Le chancelier expose l'objet de la réunion et les questions sur lescpielles on aura à délilDérer. C'est l'occasion de discours, et nous avons le texte d'un bon nombre. Tantôt c'est une harangue simple, nette, pratique, énumérant sans emphase les points à traiter; tantôt c'est une déclamation fleurie, prétentieuse, ornée de jeux d'esprit, de citations, de compliments au roi, comme est, par exemple, le discours de l'évêque de Saint-David, Adam Houghton, chancelier d'Angleterre, en 1377 :
« Seigneurs et Sires,
« J'ai commandement de mon dit seigneur le Prince ci-présent, que Dieu sauve (le jeune Richard, héritier du trône), d'exposer la cause pourquoi ce Parlement fut summoné (convoqué). Et vrai est que les sages souffrent et ont désir d'ouïr les fous parler, et ce affirme Saint- Paul en ses Épîtres, comme il dit : Libenter mffertis insipientes ciwi si lis ipsi sapientes. Et pour tant que vous êtes sages et je fol, j'entends que vous avez désir de moi ouïr. Et une autre cause y est aussi, laquelle vous fera joie, si me voudrez ouïr. Car l'Écriture dit que chaque messager portant bonnes nouvelles, si doit être toujours
1 Ex. 13 Éd. m, 17 Ed. IIL Rotuli ParUamcntorinn, t. II, pp. 107, 135.
bienvenu; et je suis messager vous portant bonnes nouvelles, par quoi je dois être à vous bien venu. »
Toutes ces gentillesses sont pour faire entendre que le roi Edouard III, alors sur le bord de la tombe, va un peu moins mal, ce qui doit être pour ses sujets une cause de joie. Une autre cause de joie, car tout en est pour le digne évêque, est cette maladie même, « car l'Écriture dit : Qiios diligo castigo », ce qui prouve « que Dieu lui aime et qu'il est béni de Dieu ». Le roi va être un vase d'élection, un « vessel de grâce, vas eleclionis^ ». Le chancelier continue ainsi fort longuement, sans se soucier du démenti que donnait à ses applications de la Bible le retour d'Alice Perrers auprès du vieux souverain.
Simon Sudbury, archevêque de Cantorbéry, qui devait mourir d'une mort si atroce, au huitième coup de hache, amputé d'une main qu'il avait portée à sa première blessure, parlait du même style. Il ouvre en ces termes le premier parlement de Richard II :
« Rex tuus venit tibi. — Seigneurs et sires, ces paroles que j'ai dites sont tant à dire en français : Votre Roi vient à toi. — Et sur ce, ledit Archevêque y dit plusieurs bonnes raisons accordant à sa thème et di^dsa sadite thème en trois parties par manière comme ce fut une prédication. »
Et en effet c'est une prédication; l'Évangile est cité à chaque instant et sert à des rapprochements inattendus : le jeune Richard est venu au Parlement, c'est justement comme la sainte Vierge qui alla voir sainte ÉUsabeth; la joie est la même : Et exultavit infans in utero ejus'~. »
• Rotuli Parliamentorum,t. II, p. 361.
- Ibid. t. III, p. 3. Discours du même genre avec jeux d'esprit, par Tho-
Par bonheur, on ne se perdait pas toujours dans des sentiers aussi fleuris. William Thorpe, William de Shareshull, William de Wykeham, John Knyvet, etc. , font des discours d'affaires, simples, brefs, allant droit au but : <( Sires et vous de la Commune, dit le chancelier Kn;j-vet, vous savez bien comment après la paix prise parentre notre seigneur le Roi et ses adversaires de France, et enfreinte par lesdits ouvertement... » le roi envoya des soldats et des nobles par delà la mer « pour nous défendre », ce qu'ils font; mais ils sont fort pressés par l'ennemi. S'ils nous défendent, il faut que nous les aidions.
Le raisonnement est également clair dans les discours de Wykeham, et il associe avec la même habileté le Parlement aux actes du roi : « Sires, vous savez bien comment, au dernier Parlement, le Roi, de votre assentiment, reprit le nom de roi de France ^ »...
Ces discours entendus et les « receveurs » et « trieurs » des pétitions ayant été désignés -, les deux chambres se divisent et délibèrent séparément; les lords se retirent « en la chambre blanche » ; les Communes restent « en la chambre peinte » ; d'autres fois « fut dit à lesdites
mas d'Aïundel. archevêque de Cantorbéry, pour ouvrir le premier parlement d'Henri IV : « Ceàt honorable roialme d'Angleterre q'est le pluis habundant Angle de richesse parmy tout le monde, avoit estée par longe temps mesnez, reulez et governez par enfantz et conseil de vefves... »1399,
Ibid., p. 415.
1 /îo^mZj Por/(a)»enforw?H. Discours de Knyvet, t. II, p. 316, de Wykeham, t. 11, p. 303. Le même Knyvet ouvre le Bon Parlement de 1376 par un discours du même style sobre. 11 appartenait a la magistrature et était très respecté. Il mourut en 1381.
2 Ex : « Item, meisme le jour (c'est-à-dire le jour où la générale proclamation fut lue) fut fait une crie qe chescun qi vodra mettre pétition à nostrc seigni'urle Roi et à son conseil, les mette entre cy et le lundy prochein à venir... Et serront assignez de receivre les pétilioas... les sousescritz. » Ibid., t. II, p. 135.
Communes qu'ils se retraiassent par soi à leur ancienne place, en la maison du chapitre de l'abbaye de Westminster' », cet élégant « Chapter house ^ qui nous est familier, et qui avait été construit sous Henri III.
Ace moment avaient lieu les vrais débats, coupés par les discours les plus passionnés. Les Rôles n'en font pas mention et nous n'en avons qu'un faible écho ; on trouve la trace des sentiments qui agitaient les Communes dans les pétitions rédigées par elles et qui sont comme autant d'articles du marché qu'elles contractent. Car elles ne se laissent guère prendre aux belles et amoureuses paroles des orateurs du gouvernement; elles sont pratiques et de sang froid ; elles feront des concessions si on leur en fait, avec clause résolutoire si le roi refuse : « En cas que les conditions ne fussent accomplies, ils ne seront pas tenus de faire l'aide '. » Les discussions sont longues et minutieuses dans les deux chambres ; ce ne sont pas des réunions pour la forme ; on ne se résoud pas à la légère : « Sur quelles choses », porte le compterendu des séances, « ils traitèrent fort longuement ». Dans un autre cas, les gens des Communes, de qui on attendait une réponse toute prête, déclarent « qu'ils veulent parler ensemble », et ils restent à discuter du 2i janvier jusqu'au 19 février. Trop heureux quand les députés ne déclarent pas « qu'ils n'oseront assentir, tant qu'ils eussent conseillé et avisé les Communes de leur pays », c'est-à-dire consulté leurs commettants. Et ce, bien que William de la Pôle et autres, envoyés « de notre seigneur le Roi de delà (c" est-à-dire de France), en message, » eussent modestement expliqué Furgencc
1 Ihid., l. Il, pp. 13G, 363.
- T. Il, p. 107, second Paileineiil de 1330.
du cas et exposé « la cause de la longue demeure qu'il avait faite es dites parties, sans chevaucher sur ses ennemis' », cause qui était le manque d'argent.
Quand enfin les Communes ont pris leur décision, elles la font connaître en la présence des lords, par l'intermédiaire de leur speaker, ou, comme on disait en français d'alors, de « celui qui avait les paroles » pour elles. C'est dans ces réponses et dans les pétitions produites au même moment qu'on trouve les marques de la passion déployée lors des discussions en salle du chapitre. L'audace des réponses et des remontrances est extrême, et l'on devine par là avec quelle force et quelle ampleur l'élo [uence civile, dont l'Angleterre produisit depuis de si beaux modèles, dut se déployer déjà à cette époque lointaine.
Le cas le plus remarquable est celui du Bon Parlement de 1376 où, après avoir délibéré à part, les Communes rentrent en séance et, par la bouche de Pierre de la Mare leur speaker, font le procès de la royauté : « Et puis après lesdites Communes vinrent en Parlement, y faisant protestation ouvertement qu'ils furent d'aussi bonne volonté et ferme propos d'aider à leur noble seigneur lige... comme onques y furent nuls autres, en aucun temps passé... Mais ils dirent que leur semblait pour chose véritable que si leur dit seigneur lige eût eu toujours entour de lui des loyaux conseillers et bons officiers... notre seigneur le Roi eût été bien riche de trésor, et partant n'eût mie grand besoin de charger sa Commune par voie de subside, taille ou autrement I . . . » Un réquisitoire spécial est dressé contre
^Roluli Parliamentorum, t. If, premier parlement de 1339.
les principaux prévaricateurs; leur nom y est et leur crime; la maîtresse du roi, Alice Perrers, n'est pas oubliée. Suivent les pétitions des Communes dont la liste est énorme, cent quarante en tout, où les abus sont relevés un par un.
Autrefois, disent les Communes, avaient coutume <( les évêchés... et les autres bénéfices de sainte Église, par sainte considération et pure charité, sans scrupule de convoitise ou de simonie, être donnés aux gens les plus dignes de clergie, de sainte vie et de nette conversation qui pussent être trouvés, qui voulaient demeurer sur leurs bénéfices, prêcher, visiter et confesser leurs paroissiens... Et si longtemps que ces bonnes coutumes furent usées, le royaume fut plein de toutes prospérités, comme de bomies gens, et bomie loyauté de clercs et de clergie, qui sont deux choses qui toujours régnent ensemble..,^» Les empiétements de la cour de Rome en Angleterre sont, pour tous gens de bien, « grand matière de tristesse et de larmes » . Maudite soit la (c pécheresse cité d'Avignon » où règne la simonie, si bien qu'un « chétif qui nul bien ne sait et rien ne vaut » recevra un bénéfice de mille marcs, « par là où un docteur de
• Rotuli ParUamentorum, t. II, p. 323. Ce discours fit grand bruit; on en a une autre analyse consignée dans la Chronicon Anglix (rédigée par un moine du monastère de Saint-Alban dont l'abbé, Thomas de la Mare, siégeait au Parlement) : « Quceoninia ferret sequaniuiiter [plebs communis] si dominus rex noster sive regnum istud exinde aliquid coinmodi vel émolument sumpsisse videretur ; etiam plebi tolerabile, si in expediendis rébus bellicis, quauivis gestis minus prospère, tanta pecunia fuisset expcnsa. Sed palam est, née regeia comniodum, nec regnum ex bac frucluin aliquem perccpisse... Non enira est credibile regem carere inlinita thesauri quanlitale si fidèles fuerint qui ministrant ei », p. 73. Ce sont bien, comme on voit, les mêmes idées. A rapprocher, comme spécimen d'éloquence énergique, l'apostrophe adressée au comte de Slall'ord, par John Philpot, mercier de Londres, après son exploit naval de 137S. Ibiil. p. 200.
Décret et un maitre de Dh-inité sera lie d'avoir un petit bénéfice de vingt marcs! » Les étrangers bénéficiés en Angleterre, « jamais ne verront leurs paroissiens... et si est sainte Église plus détruite par tels mauvais chrétiens que par tous les Juifs et Sarrasins du monde... — Item fait à penser que Dieu a commis ses ouailles à notre Saint-Père le Pape pour les [faire] pâturer et non pour les tondre' ». Les Communes n'ont peur de rien; ni roi, ni pape ne sauraient leur fermer la bouche. En leur esprit germe obscurément l'idée que le royaume est à elles, et le roi aussi ; elles exigent qu'on leur amène Richard, héritier du trône; elles veulent le Aoir; on le leur montre '.
Malgré les progrès accomplis par la langue anglaise, le français continuait à être employé à Westminster. Il demeurait comme un signe de pouvoir et un emblème d'autorité, de même qu'on met encore des tours aux châteaux modernes, sans avoir l'intention de les défendre à coups de canons. C'était un signe, et ce signe a subsisté, puisque, comme ila été dit plus haut, la formule de la ratification des lois est encore aujourd'hui en français. L'anglais néanmoins commençait à s'infiltrer même à Westminster; à partir de 1363 3, les discours d'ouverture sont parfois en anglais; en 1399, la langue anglaise fut employée dans les principaux actes et discours concernant la déposition de Richard. Le lundi 29 septembre, le roi avait signé sa renonciation; le lendemain, une séance solennelle du Parlement eut lieu en présence
■ Rotuli Pariiamentorum, t. II, pp. 337 et s.
2 25 juin, 1376.
3 Le discours de cette année fut prononcé « en Engleis » par Simon évéque d'Ely: mais les Rôles en donnent seulement une version française: « Le prophel David dit que... « etc., t. II, p. 283.
HISTOIRE LITTÉRAIUE. 28
du peuple , dans la grand'salle de Westminster : le vieux trône contenant la pierre de Jacob, rapportée d"Écosse par Edouard I, et qu'on peut voir encore dans l'abbaye, avait été placé dans la salle et recouvert ^<cum pannis auri ». L'acte de renonciation de Richard fut lu «d'abord en latin, puis en anglais», et le peuple en confirma la teneur par acclamation. Henri s' avançant alors, réclama le royaume, en anglais, et s'assit sur le trône, aux applaudissements des assistants. L'archevêque de Cantorbéry prononça un discours et le nouveau roi, prenant derechef la parole, remercia en anglais, « God, and yowe, Spirituel and Temporel, and aile the Asiates of the lond* ». C'est le signe le plus remarquable des changements survenus, que l'usage, dans une circonstance pareille, de la prose anglaise par un prince qui n'avait d'autre titre à la couronne que la faveur populaire.
Tous ces traducteurs manquent nécessairement d'originalité (moins pourtant qu'ils ne devraient) , et tous ces orateurs parlent, la plupart du temps, en français.
i a Sires, I Ihank God, and >owc Spirituel and Temporel and ail the Astates of the lond; and do yowe to wyte, it es noght my will that no inan thynke \^ Le -wave of conquest I wold disberit any man of bis héritage, franches, or other ryghtes that hym aght to bave, no put hyra oui of that that he bas and bas bad by the gude lawes and cuslumes of the Rewnie : Eïcept thos pei sons that bas ben agan the gude purpose and the commune profvt of the Rewme. » RotuJi Parliamentorum. t. lU, p. 423. Au siècle suivant, les documents parlementaires sont tantôt en français, tantôt en anglais; le français domine dans la première moitié du siècle, l'anglais dans la seconde.
Entre leurs mains, la prose anglaise ne saurait se perfectionner beaucoup. Elle se perfectionna pourtant dans ce siècle, grâce à un personnage considérable, qui fit de l'anglais vulgaire son arme de coml^at, John Wyclif, à qui le titre de « père de la prose anglaise » doit échoir, depuis que Mandeville s'est résolu en fumée. Wyclif, Langland et Chaucer sont les trois grandes figures de la littérature anglaise au moyen âge.
Wyclif appartenait à la famille riche et considérée des Wyclif, seigneurs de Wyclif, dans le Yorkshire ^ . Il naquit vers 1320 et se voua de bonne heure à une carrière scientifique et religieuse. Il étudia à Oxford, où il fut \dte remarqué ; c'était un de ces hommes de caractère qui prennent, dès le début de la vie, sans la chercher, par la simple force des choses, une place à part dans la multitude molle des humains. La tournure de son esprit, l'originalité de sa pensée, la fermeté de son vouloir, sa science, le mettaient hors pair. Il était de ceux dont on dit tout de suite qu'ils sont (( quelqu'un». Aussi, %dt-il plusieurs fois, au cours de son existence, l'Université, le roi, le pays même, se tourner vers lui quand ils avaient besoin de « quelqu'un )).
11 n'avait guère plus de trente-cinq ans lorsque, le collège de Balliol, à Oxford, ayant perdu son chef, il fut élu « master » à la place du défunt. En 136G, le Parlement décida cpie le droit du pape au tribut promis par Jean sans Terre cesserait d'être reconnu, et Wyclif fut chargé de rédiger ce qu'on appellerait aujourd'hui un
1 Sur la famille de Wyclif, voir T/œ birth and parentage of Wyclif, par L. Sergeant, Atheneeum, 12 et 26 mars 1892. Cette orthographe de son nom est celle que donnent le plus souvent les documents contemporains : la forme Wyclef ne se trouve que dans un seul (note de M. F. D. Matthew, Academy, 1 juin 1884).
communiffiié officieux, justifiant la décision prise'. En 1374-, il reçoit une mission diplomatique et se rend à Bruges, avec plusieurs autres « Ambassatores », pour négocier avec les représentants du pape '. 11 avait alors le titre de docteur en théologie.
Diverses cures en province lui avaient été successivement confiées, celle de Fillineham. en 1361: celle de Ludg-arshall en 1368; celle de Lutterworth, comté de Leicester, en 137i. qu'il conserva jusqu'à sa mort. Il partagea dès lors son temps entre ses devoirs de recteur, ses études, l'enseignement qu'il continuait de pratiquer périodiquement à Oxford, et la vie de Londres où il séjourna à plusieurs reprises et prêcha im certain nombre de ses sermons.
Ces occupations recueillies étaient de temps en temps interrompues par les tempêtes que provoquaient ses écrits. Mais son renom était si grand et sa personnalité si considérable qu'il é^ita les conséquences terribles qu'entrahiait alors l'hérésie. Il avait inquiété d'abord l'autorité religieuse par ses théories politiques sur les rapports de l'Église et de l'État, puis sur la réforme de l'Église elle-même ; à la fin, il provoqua d'extrêmes scandales en s'en prenant au dogme et en discutant les sacrements. Cité une première fois pour répondre sur ses doctrines, il parut dans Saint-Paul de Londres en 1377, assisté des étranges patrons qu'une animosité commune
1 Determinatio quedam magistri Johannis Wijclyff de Dominio contra unum monachum. Lobjot du traité est de montrer « quod Rexpotest juste dominari regno Anslie negando Iributuin Romano ponlifici. » Texte dans John Lewis : .4 Histonj ofthe life and sufJ'eriiKjs of... John Wiclif, 1720, éd. d'Oxford, 1820. 8". p. 349.
- 0 Ambassatores, nuncios et procuratores nostros spéciales. » Lewis iOid., p. 304.
contre les hauts dignitaires religieux lui avait valus : Jean de Gand, duc de Lancastre et lord Heni'y Percy l'accompagnaient. Le duc, que peu de scrupules embarrassaient, déclara à haute voix, au milieu de l'église, qu'il traînerait l'évêque par les cheveux hors de sa cathédrale. Ces paroles furent sui\ies d'un tumulte indescriptible ; indignés de cette insulte , les gens de la Cité chassèrent le duc de l'église, le poursuivirent à travers la ville, et assiégèrent la maison de Jean d'Ypres, riche marchand chez qui il était allé souper. Heureusement pour le prince, la maison donnait sur la Tamise ; il se leva précipitamment, se heurtant les jambes à la table et, sans prendre le temps de boire le cordial qu'on lui offrait, se glissa dans une barque et s'enfuit, à force de rames, chez sa belle-sœur, la princesse de Galles, à Kennington'. La citation adressée à WycHf n'eut ainsi aucune suite.
Mais le pape, la même année, lança CQntre le théologien anglais des bulles relevant dix-huit propositions erronées contenues dans ses écrits, et prescrivant la mise en prison du coupable, s'il refusait de se rétracter. L'Université d'Oxford qui, déjà à cette époque, était devenue une puissance, fière de ses privilèges, jalouse de maintenir des liens de solidarité entre ses membres, imbue des idées d'opposition au pape qui grandissaient en Angleterre, considéra le décret comme un abus de pouvoir. Elle examina les propositions, les déclara orthodoxes et susceptibles seulement de fausses interpréta-
> Tous ces détails sont dans la Chronicon Angliec. 1328-88, éd. M. Thompson (Rolls), 1874, 8°, p. 123, une des rares chroniques dont le ms. ne fut pas expurgé, pour ce qui concerne Jean de Gand, à l'avènement des Lancastre. Voir sM/>ra, p. 418.
tions, sur lesquelles Wyclif irait s'expliquer à Londres'.
On le trouve donc à Londres au début de 1378; les évèques sont assemblés dans la chapelle du palais de Lambeth, qui subsiste aujourd'hui. Mais, par une de ces bizarreries qui montrent que les limites des pouvoirs n'étaient pas encore nettement tracées, les évêques avaient reçu défense de condamner Wyclif. Cette défense émanait dune femme, la princesse de Galles, veuve du Prince Noir. Les prélats n'eurent pas d'ailleurs la peine d'hésiter entre le pape et la princesse ; une seconde fois Wyclif fut tiré d'affaire par une émeute ; une foule sympathique à ses idées envahit le palais et aucune sentence ne put être rendue. Tout autre n'en eût paru que plus coupable, lui n'en vécut que plus respecté. Il était alors au comble de sa popularité; une nouvelle consultation qu'il venait de rendre avait consacré sa réputation comme avocat et défenseur du royaume d'Angleterre '.
Il reprit donc en paix son œu\Te de démolition et commença à s'attaquer au dogme. Outre ses écrits et sa parole, il employait, pour Milgariser ses doctrines, ses
1 Cette extrême indulgence causa une indignation dont on trouve l'écho dans Walsingham : « Oxoniense studium générale! » s'écrie-t-il, o quam gravi lapsu a sapientiai et scientiee culmine decidisti !... Pudetrecordationis tantce impudentiae, et ideo supersedeo in hujusrnodi inateria immorari, ne materna videar ubera decerpere dentibus, f|uœ dare lac, potum scientiœ, consuevere. » Historia Anglicana Rolls\ t. 1. p. 345, année 1378.
- Voir dans les FascicuU Zizaniorwn magistri Johannis Wyclif cum (riticOféà. Shirley [Rolls), 1858, 8°, p. 258 : Besponsio magistri Johannis Wyccliff ad dxibhnn infra scriplum, quxsitum ab eo, per domimnn regem Anglix Ricardum secundum et magnum siinm consilitan anno regni sni primo. Le point àéclaircir était le >uivant ; « Dubium estufrum regnum Angliae possil légitime, imminente necessitate suœ defensionis. thesaurum regni delinere, ne deferatur ad exteros, etiam domino papa, sub pœna censurarum et virtute obcdientiae, hoc petente. »
« simples prêtres » ou « pauvres prêtres » cjui, sans être constitués en ordre religieux, imitaient la ^ie errante des frères, mais non leur mendicité, et s'efforçaient de réaliser l'idéal dont les frères s'étaient écartés. Ils prêchaient de villag-e en village, et l'autorité civile sinquiétait des théories politiques aussi bien que religieuses exposées au peuple par ces errants qui passaient « de comté en comté, en certains habits, sous dissimulation de grande sainteté et sans licence du Saint Père le Pape ou des ordinaires des lieux'. » Wyclif justifiait ces prédications non autorisées par l'exemple de saint Paul qui, après sa conversion, « prêcha beaucoup et ne demanda pas pour cela la permission de Pierre, car il avait celle de Jésus ^ ».
Wyclif, à partir de ce moment, commence à émettre, sur les sacrements et spécialement sur l'eucharistie, des idées qu'Oxford même ne peut tolérer; l'Université les condamne. Conformément à sa thèse qui tendait, ainsi que celle des Communes elles-mêmes, vers la suprématie royale, Wyclif en appelle non pas au pape, mais au roi et, en attendant, refuse de se soumettre. C'était pousser l'audace loin ; Jean de Gand se sépare de son protégé ; Courtenay, évêque de Londres, assemJDle un concile qui
' Statutes of the Realm, 5 Rich. II. st. 2, chap. 5. Walsingham les décrit ainsi : « Congiegavit... comités... talaribus indulos vestibus de russeto in signum peifectionis amplioris, incedentes nudis pedibus, nui suos errorcs in populo ventilarent, et palam ac publiée in suis sermonibus piœdicarent. » Historia Anglicana, sub anno 1377 [Rolls), t. I, p. 324. Description analogue (ils se présentent « sub inagn* sanctilatis velamine » et prêchent des erreurs « tam in ecclesiis quam in plaleis et aliis locis profanis n). dans la lettre de l'archevêque de Cantorbéry, du 38 mai 1382, Fasciculi, p. 275.
2 Select Englisli Woi/.s. éd. Arnold, Oxford, 1809, t. I, p. 176. « He preechide fast, and axide noo levé of Pelir herto, for he hadde levé of Jésus Crist. »
condamne Wyclif et ses adhérents (1382). Les adhérents sont poursuivis, se rétractent ou s'exilent; mais Wyclif continue de vivre dans la plus parfaite tranquillité. Établi à Lutterworth dont maintenant il ne bougeait guère, il écrit plus que jamais, d'une plume de plus en plus acerbe et téméraire. Le schisme papal, commencé en 1378. a déconsidéré le Saint-Siège et\Yyclif en profite. Enfin UrlDain VI, celui des deux papes que reconnaissait r Angleterre, le cite à comparaître devant lui, mais une attaque de paralysie survient, et Wyclif meurt dans sa paroisse, le dernier jour de l'année 1384. « Organum diabolicum, hostis Ecclesiœ, confusio vulgi, hœreticorum idolum, hypocritarum spéculum, schismatis incentor> odii seminator, mendacii fabricator ^ : » telle est l'oraison funèbre qu'inscrit à cette date, dans ses annales, Thomas W'alsingham, moine de Saint- Alban. Par ordre du concile de Constance, ses cendres furent plus tard jetées au vent, et la famille des Wyclif de Wyclif, fermement attachée à l'ancienne foi, le raya de son arbre généalogique. Quand la Réforme vint, la famille resta catholique et son adhésion à la religion romaine parait avoir causé sa décadence : « Le dernier des Wyclif était un pauvre jardinier qui dînait tous les dimanches à Thorpe Hall, invité par sir Marmaduke Tunstall, par considération pour ses ancêtres présumés". »
' Hisloria Anglicana (Rolls), t. II, p. 1 19. Ailleurs, dans une autre série (l'épilhèles peu louangeuses (vieil hypocrite, ange de Satan, etc.), le chroniqueur s'était donné le plaisir de faire un petit jeu de mots : « Non noininandus Joanncs Wicliffe, vel potius W[/kbeIeve >> (mécréant) ; année l:{81. t.I, p. 450.
- L. Sergeant, The birth and parentage of Wyclif; dans VAthenœum du 12 mars 1892.
W'yclif avait commencé de bonne heure à écrire, ne se servant d'abord que du latin'. On a de lui d'innombrables traités, dont beaucoup sont encore inédits, rédigés dans une langue si incorrecte et si étroitement calquée sur l'anglais que « souvent le meilleur moyen de comprendre un passage obscur est de le traduire en anglais » ~. Il est évident qu'il attirait l'attention de ses contemporains, non par l'élégance de son style, mais par la force de sa pensée.
1 La Wyclif Society, fondée à Londres par M. Furnivall, a publié une Jurande partie des œuvres latines de ^S'yclif : Polemical Works in latin. éd. Buddensieg, 1883, S»; Joannis Wyclif, de compositione Hominis, éd. Béer, 1884; Tractatus de civill Dominio... frotn the unique ms. at Vienna, éd. R. Lane Poole, 1885 et s.; Tractatus de Ecclesia, éd. Loserth. 1886; Dialogus, sive spéculum Ecclesie militantis. éd. k. W. Pollard, 1886; Tractatus de benedicta Incarnatione, éd. Kanis. 1886; Sermones, éd. Loserlh et Matthew, 1887; Tractatus de officio Hegis, éd. Pollard et Sayle 1887; Z)e Dominio divino libri très, io which are added the first four booiisofthe treatise» De pauperie Salvatoris», by Richard Fitzralph, archbishop of Armacjh, éd. R. L. Poole, 1890; De fîiie praedicamentali, éd. Béer, lS9i: De Eucharistia tractatus maior; accedit tractatus de Eucharistia et Panitentia, éd. Loserth et Malthew, 1892. Beaucoup d'autres sont en préparation.
Parmi les œuvres latines publiées en dehors de la société , consulter : Tractatus de officia pastorali, éd. Lechler, Leipzig. 1863, 8°; Trialogus cum supplemento Trialogi,éd. Lechler, Oxford. 1869, 8^• De Christo et suo adversario Antichristo, éd. R. Buddensieg, Gotha. 1880, 4°. Beaucoup de documents émanant de Wyclif ou le concernant se trouvent dans les Fasciculi Zizaniorum magistri Joannis Wyclif cum tritico, éd. Shirley (Rolls), 1858, 80 (compilés par Thomas Netter, XV= siècle).
Consulter encore : Shirley, A Catalogiœ of the original Works of John Wyclif Oxford, 1865, 8°, et M. Thompson, Wycliffe exhibition in the King's Library, Londres, 1884, 8°.
2 R. L. Poole. Wyclijfe and movements for Reform. Londres. 1SS9. 8°, p. 85.
Sa pensée méiitait en effet 1" attention. Son esprit était avant tout nn esprit critique . ennemi des formules , des dires sans preuves, des traditions non justifiées par la raison. Les précédents ne l'intimidaient pas, l'autorité mvstérieuse des puissances lointaines n'agissait nullement sur son cœur. Il aimait à regarder choses et gens en face, d'un regard droit, et plus la chose était d'importance, plus l'autorité revendiquée était grande, et moins il se sentait porté à baisser les yeux.
Bientôt, il voulut enseigner aux autres à les ouvrir et à juger par eux-mêmes. Par « les autres » il entendait- tout le monde, et non pas seulement les clercs ou les grands. Il adopta donc la langue de tout le monde, se montrant par là un vrai Anglais, partisan de la doctrine du libre examen, depuis si chère à la race. Pour lui, il appliqua cette doctrine à tout ce qui faisait alors l'objet de la foi, et, de degré en degré, passant de l'abstrait au concret, finit par réclamer des changements qui ressemblaient de fort près à ceux que l'Angleterre adopta au temps de la Réforme et plus tard au temps des Puritains.
Son point de départ fut aussi modeste et aussi abstrait que ses conclusions devaient être pratiques et audacieuses. On se rappelle quel avait été l'idéal surhumain de saint François : ses disciples devaient mendier quotidiennement et ne rien posséder. Cette règle était bonne pour des apôtres et des anges ; elle fut pratiquée par des hommes. Ils ne purent se priver longtemps de posséder et de s'enrichir; au quatorzième siècle, leur influence était considérable et leurs biens étaient immenses. On inventa de fragiles subterfuges pour justifier cette déviation : ils n'avaient que l'usufruit de ces biens; le vrai propriétaire était le pape. Dès lors se posèrent
dans la chrétienté deux graves questions, passionnément discutées : que faut-il croire de la pau^Teté et de la mendicité du Christ et de ses apôtres? Qu'est-ce que la propriété et quelle est la source du pouvoir d'où elle découle?
Au premier rang des combattants figura, au quatorzième siècle, un Anglais, Richard Fitzralph. archevêque d'Armagh, « Armachanus », qui étudia la question de la propriété et combattit la thèse des frères dans divers sermons et traités, notamment dans son traité De pauperie Salvatoris, écrit probablement entre 1350 et 1356'.
Wyclif prit son point de départ dans les œuvres parfaitement orthodoxes de Fitzralph et lui emprunta presque entièrement sa grande théorie du Dominiiim ou seigneurie : pouvoir s' exerçant soit sur les hommes, soit sur les choses, domination, propriété, possession. Mais il poussa ses conclusions beaucoup plus loin, suivant les lumières de la logique, ainsi qu'on faisait volontiers à l'école, sans se laisser arrêter par le radicalisme des conséquences et les difficultés matérielles de l'exécution.
La théorie du Dominium adoptée et vulgarisée par Wyclif, est entièrement féodale. D'après lui, toute seigneurie vient de Dieu ; c'est le Tout-Puissant qui la donne à l'homme comme en fief, moyennant une redevance ou condition : l'exécution de ses commandements. Le péché mortel brise le contrat et prive le tenancier de son droit au fief, donc nul homme en état de péché
1 Sur ce traité et l'usage qu'on (it Wyclif, voir: Johnnnis Wycliffe De Dominio divino libri très. To wliich are adcled the first four boo/.s of the ireatise nDe pauperie Salvatorisvby Richard Fitzralph, éd. l'oole, 1890. Le De Dominio divino de "Wyclif parait avoir été écrit vers 1366, son De Dominio civili, vers 1372.
mortel ne possède plus aucune des seigneuries appelées: propriété, prêtrise, royauté, magistrature. C'est ce que Wyclif résume dans sa proposition : tout (( dominium » a pour fondement la grâce. Avec une théorie pareille, l'ordre social entier est ébranlé; ni pape ni roi n'est assuré sur son trône, ni prêtre dans sa cure, ni châtelain dans son domaine.
Le trouble est d'autant plus grand qu'une foule d'autres conclusions subversives viennent s'ajouter à cette thèse fondamentale. Tandis^ en effet, que les pécheurs perdent toute seigneurie , les vertueux possèdent toute seigneurie: l'homme « en état de grâce gratifîcante » possède la totalité des biens de Dieu, « in re habet omnia bona Dei » K Or, comment cela se peut-il faire? Le plus simplement du monde, répond Wyclif, que rien n'étonne : tous les biens doivent être en commun, (( Ei^go omnia debent esse communia - » ; les épouses seront seules exceptées. — La Bible est une sorte de Coran dans lequel tout se trouve; nulle autre loi ne doit être obéie que celle-là ; les lois ci^•iles et canoniques sont inutiles si elles sont conformes à la Bible et criminelles si elles sont contraires 2. — La royauté n'est pas la meilleure forme de gouvernement : mieux vaut un système aristocratique, semblable au système des Juges dans Israël ^. — M l'hérédité, ni l'élection populaire ne suffisent à assurer la transmission de la couronne ; il faut
1 « Quilibet existens in gralia gratilîcante, finaliter nedum Labet jus seil in re habet omnia bona Dei. » De Dominio CivUi, chap. 1, p. 1.
2 Chap XIV, p. 96, chap. XVH, pp. 118-120.
3 Chap. XVII.
■* Chap. XXVII. p. 192; la pire est la forme ecclésiastique : « Pessimum omniurn est quod prelali ecclesie secundum tradiciones suas immisceant 8c negociis et solicitudinibus civilis dominii. » p. 195.
en outre la grâce K — La constitution de biens de mainmorte en faveur de l'Église est inadmissible : <> Personne ne peut transmettre plus de droits qu'il n'en possède, et nul ne possède en sa propre personne des droits de seigneurie civile s'étendant au-delà du terme de la vie^. » — Si le couvent ou le prêtre abusent des richesses, le pouvoir temporel aura « le plus grand mérite » à les leur retirer 3.
L'ordre entier des choses rede'sdent flottant et peu s'en faut que nous n'approchions du chaos. C'est aller si loin que Wyclif ne peut s'empêcher d'intercaler de ces menues restrictions que les logiciens du moyen âge glissaient volontiers dans leurs écrits; aux jours d'épreuve c'était la porte dérobée par laquelle ils s'échappaient, tournant le dos au bûcher, Wyclif est partisan du communisme; mais il donne à entendre que ce n'est pas pour tout de suite ; c'est un idéal lointain. Après nous le déluge! Non pas, répondaient les paysans de 1381; le déluge tout de suite : « Omnia dehent esse communia » !
Si toute seigneurie disparait par le péché, qui sera juge du péché d'autrui ? Chez le pécheur, répondait Wyclif, la seigneurie réelle disparaît, mais il lui reste, par la permission de Dieu, un pouvoir de fait qu'il ne nous appartient pas de détruire; c'est le mal qui triomphe, mais du consentement de Dieu ; le chrétien se soumettra au roi et à l'évêque pervers; « Deus débet obedire diabolo'^n. Mais les mécontents adoptaient seulement la première partie de la thèse et, au heu de se soumettre à Si-
1 Chap. XXX, ]). 212.
2 Chap. XXXV, p. 250.
3 Chap. XXXVll, p. 2156.
i Conclusion relevée comme hérétique par l'archevêque de Can'.orbéry, dans sa lettre de 1382. FascicuU, p. 278.
moiiSudbury, leur archevêque, ils lui tranchaient la tête. C'étaient là assurément des résultats extrêmes et exceptiomiels, auxquels Wyclif ne contribua que pour une faible part. Le résultat durable et permanent de la doctrine fut de fortifier les Communes d'Angleterre dans les tendances qu'elles avaient déjà à réduire l'autorité exercée sur elles par le pape et à relâcher les liens unissant le royaume à Rome. Wyclif montrait en effet que , contrairement à la thèse de Boniface VIII (bulle Unam Sanctam), il n'y a pas en ce monde de souveraineté suprême et unique ; le pape n'est pas le seul dépositaire de la puissance divine ; puisque toute seigneurie vient de Dieu, celle du roi en vient tout aussi bien que celle du pape ; les rois sont eux-mêmes vicaires de Dieu. « vikeris of God » ; à côté et non au-dessous du pape, il V a le roi^
Les Anglais seront donc seuls maîtres dans leur ile. Il faut qu'ils soient aussi seuls maîtres dans leurs consciences, et pour cela Wychf va leur enseigner le libre examen. Il comient dès lors que tous le comprennent ; il commence à écrire en anglais. Son œuvre anglaise est considérable ; sermons , traités , traductions ; elle remplit des volumes '.
i c( Kiiigis and lordis schuldeii wittc that thei ben niynystris and vikeris ofGod, to venge synne and ponysche mysdoeris ». Select English Works, éd. Arnold, 1869, l. UI. p. 214.
2 On trouvera les principales dans -.Th. Arnold, Select English Works of J. WgcUf. Oxford, 1869-71,3 vol. So; F. D. Matthew, The English Works of Wijclilhilherthounprinte(l,LoaiTes,Early English text Society, iSSO,
D'abord, il fallait placer daiis les mains de tous le livre de vérité, afin que nul ne fût plus réduit à accepter sans contrôle les interprétations d'autrui. Assisté de quelques disciples, Wyclif se mit à traduire la Bible en anglais. Traduire les Écritures n'était pas interdit; l'Ég-lise demandait seulement cjue les versions lui fussent soumises pour être approuvées; il en existait déjà plusieurs, totales ou partielles, en diverses langues, ime intégrale en français rédigée au treizième siècle^, plusieurs partielles en anglais. Celle de Wyclif comprit la totalité des li\Tes saints et même des li^Tes apocrvphes ; les Évangiles paraissent avoir été traduits par luimême ; l'Ancien Testament , principalement par son disciple Nicolas de Hereford. I.a tâche était immense, le besoin urgent ; l'œuvre se ressentit de la rapidité d'exécution. Une revision du travail de Nicolas fut entreprise sous la direction de Wyclif, mais terminée seulement après sa mort -.
On ne trouve dans cette traduction nulle recherche d'élégance ; la langue est rude et s'allie bien par là aux
8°. (Beaucoup de pièces dans ce dernier recueil ne sont pas de Wyclif, mais sont l'œuvre de ses partisans. Dans le premier aussi, quelques pièces sont d'authenticité contestée). Voir en outre: Wyclyffe's wycket, wliic/i he mode in h'yng Richard's days i/ie second (sermon célèbre sur l'Eucharistie), Nuremberg, 1546,4"; Oxford, éd. T. P. Pantin, 1828.
1 S. Berger, La Bible française au moyen âge, Paris, 1884. p. 120. Cette version circula en Angleterre et fut même recopiée par des clercs anglais. Un eiemplaire (incomplet) qui oflfie cette particularité, se trouve à la bibliothèque de l'Université, à Cambridge; P. Meyer, Mss. français de Cambridge, dans la Roma^iia, 1886, p. 265.
- The holy Bible... made from the latin of the Vulgate, by John Wyclif and liis followers, éd. de J. Forshall et d- Sir Fred. Madden. Oxford, 1850, 2 vol. 4". Sur la part revenante ''iS'yclif, à Hereford, etc.. voir pp. VI, XVI, XVII, XX, XXIV. Cf. Thompson, WycUffe Exhibition; Londres, 1884, 8» pp. XVIII et s. La première version fut achevée probablement en 1382, la deuxième en 1388 (par les soins de John Purvey).
étrangctés du verbe sacré. Si rude qu'elle soit pourtant, on sent qu'elle est envoie de se perfectionner; le sens des mots se précise grâce à l'obligation de donner exactement leur signification à des paroles saintes ; l'effort n'est pas toujours heureux, mais il est constant, et c'est un effort dans la bonne direction. On vit bientôt à quel besoin répondait l'entreprise; les copies se multiplièrent à l'infini: malgré les destructions ordonnées, il reste cent soixante dix manuscrits plus ou moins complets de la Bible de ^yyclif. Pendant un temps assez long, d'ailleurs, on avait pu la reproduire librement; elle ne fut condamnée cpie vingt-quatre ans après la mort de l'auteur, par le concile d'Oxford ' . L'Angleterre des Plantagenets laissait prévoir l'Angleterre des Tudors qui imprima trois cent vingt-six éditions de la Bible en moins d'un siècle, de 1525 à 1600.
Les sermons et les traités de Wyclif eurent, sur le développement de la prose, une influence bien plus considérable encore, car là, le réformateur se donne libre carrière, il change de ton, emploie tous les moyens, depuis l'élocpience la plus chaleureuse jusqu'à la plaisanterie la plus tri^iale, faite pour charmer les gens du peuple. Mise à des usages si variés, la prose ne pouvait que s'assouplir entre ses mains. Jamais, toutefois, pas plus en anglais qu'en latin, il ne recherche l'effet artistique. Ses sermons commencent réguHèrement par : « Cet évangile nous dit... » « Cet évangile enseigne à tous les hommes-... » et il poursuit ses raisonnements en style clair et mesuré, jusqu'à ce qu'il arrive à l'un de ces points brûlants sur lescjuels il a engagé
• Labbe, Sacror. Concilior.... Colleclio, t. XXVI, col. 1038.
- « This gospel tellilh... This (iospel lechith aile men Ihat... » (etc.).
la lutte ; alors son ironie éclate , ses comparaisons deviennent méprisantes; il tonne contre ces évèquesempereurs, « emperoure bishopis », occupés de soucis mondains; sa parole est brève et tranchante; il sait résumer tout son système en une courte phrase bien frappée, facile à retenir, que tout le monde saura par cœur, et à laquelle il ne sera pas facile de répondre. Pourquoi prêche-t-on au peuple en une langue étrangère? « Sois sûr que le Christ n'a enseigné à ses apôtres le pater, ni en latin, ni en français, mais bien dans le langage qu'ils étaient accoutumés de parler^. « Comment les papes seraient-ils au-dessus des rois? « Le Christ et Pierre, tous deux, étaient soumis aux rois-. » Comment croire aux indulgences que les pardonneurs vendent publiquement sur les places, et à cet inépuisable trésor de mérites accumulés dans le ciel que les dépositaires de la faveur papale pourraient répartir à leur gré entre les hommes, pour de l'argent? Chaque mérite est récompensé par Dieu et, en conséquence, le bénéfice n'en est applicable à personne : « Si saint Pierre n'a pas osé accorder de telles faveurs, ils devraient bien en faire autant, eux qui ne valent pas saint Pierre 3, »
A côté de ces brefs raisonnements, des railleries familières, débitées froidement, sans qu'un pli se montre aux lèvres, de ces railleries que les Anglais ont toujours
1 Christ « taughte hem ou te this prayer, bot be Ihou syker, nother in Latyn nother in Frensche, bot in the langage that they usede to speke ». Select English Works, t. III, p. 100.
- « Thus shulden popis be suget to kyngis, for thus weren bothe Crist and Petre » Ibid., II, p. 296.
^ « As Peter held his pee», in grauntinge of sichethingis, so shulden thei holden ther pees, sith thei ben lasse worth than Petir ». Ibid., I, p. 189.
aimées. Si on demande à quoi servent les « lettres de fraternité » que vendent les frères à leurs clients, pour leur donner part aux mérites surabondants de tout l'ordre, Wyclif répond d'un air grave : « Il y a beaucoup de gens qui estiment que ces lettres peuvent être fort utiles pour cou\Tir des pots à moutarde ^ » On ne peut cuère le suivre dans tous les endroits où il veut nous mener; il épouvanta le siècle par la hardiesse de son toucher; quand on le ^dt secouer, d'une main brutale, la fragile chose sainte 2, tous les regards se détournèrent et ses anciens protecteurs s'écartèrent de lui. Mais lui-même n'alla pas jusqu'au bout dans son doute; selon sa doctrine, la substance de l'hostie, la parcelle de matière n'est pas la matière même, la chair \ivante du corps que Jésus-Christ avait sur la terre ; cette substance est du pain. Seulement, par un miracle qui est le fait de la consécration, le corps du Christ est présent sacramentellement , c'est-à-dire que tous les bénéfices, avantages et vertus qui en émanent, sont attachés à l'hostie, aussi intimement que l'âme des hommes est jointe à leur corps 3.
' « Bi siche resouns thinken many men 'hat thés leUris mai do good for lo covere rnostard potlis » Ibid., I, p. 381. Spécimen de ces lettres dans Monumenta Franciscana,ll, p. 2^3 {Rolls).
- Ses adversaires, renchérissant peut-être sur ses dires, lui attribuent des déclarations comme celle-ci ; « Quod sacramenlum illud visibile est infinitum abjectius in natura, quam sit panis equinus, vel panis ratonis; imrao, quod vcrecundum est dicere vel audire, quod slcrcus ratonis. » Fasciciili Zizanioium, p. 108.
^ n nie panis est bene iniraculose, vcre et rcaliter, spiiitualiter, virlualitcr et sacramentaliter corpus Christi. Sed grossi non contentantur de islis modis, sed exigunt quod panis ille, vol saltem per ipsuin, sit substanlialiter et corporaliter corpus Christi; sicenim volunt, zelo blasphemorum, Christum comedere, sed non possunt... Ponimus venerabile .sacramentum allaris es.se naturaliter panem et vinum, sed sacramentaliter corpus Christi et sanguinem. » Fasciculi, pp. 122, 125 (Confession de Wyclif après sa con-
Les auires sacrements*, la hiérarchie ecclésiastique, les dîmes payées au clergé, ne sont pas traités avec plus de respect. Ces critiques et ces enseignements avaient d'autant plus de poids qu'ils tombaient du haut de la chaire, et venaient d'un maître autorisé dont les ennemis mêmes reconnaissaient la science; « docteur très éminent... sans pareil... incomparable ~ », dit Knighton. iMieux encore que les vers de Langland, sa phrase mordante a, pour ce motif, préparé les grandes réformes du XVP siècle. Déjà il demande la spoliation des couvents qu'effectuera Henri VIII ; il en appelle, à chaque page de ses traités, au bras séculier pour ramener de. force l'humilité dans le cœur des prélats. L'éloignement où il se trouve de la réalisation de son rêve l'aveugle et le pousse à défendre des utopies : il veut qu'on retire au clergé ses biens pour les donner à des gentilshommes pauvres, honnêtes, braves, dévoués, qui défendront le royaume ; et il ne voit pas qu'on aurait trouvé» principalement, pour recevoir ces richesses, comme ce fut le cas au XVP siècle, des accapareurs turbulents et avides 3.
damnation par l'Université, en 1381). C'est à peu près la thèse adoptée plus tard par Lalimer, qui déclare « that there is none other présence of Christ required than a spiritual présence; and that présence is suflicient for a Christian man. » Il reste dans l'hostie la substance du pain. Works {Parker Society), Cambridge, 1844, t. II, p. 250.
1 La confession auriculaire, ce «rowninge in preestis eere », n'est pas la vraie, selon Wyclif ; la vraie est celle qu'on fait à Dieu. Select English Works, I, p. 196.
- « Doctor in theologia eminentissimus in diebus illis, in philosophia nulli reputabatur secundus, in scolasticis disciplinis incomparabiiis. » Clironica de eventibus Anglix, sub anno 1382, dans T\v\sden, Decem Scriptores, col. 2644.
3 Select Enrjlish Works, III, pp. 216, 217. A côté des utopies, des paradoxes, celui-ci par exemple sur les votes à la majorité : « Sllh ther ben fewe Aviscmcn, and foolis ben wilhout noumbre, assent of more part of mcn makith evydence that it were foli. » IbicL, II, p. 414.
Ses disciples, Wyclifitcs ou Lollards, mot d'origine controversée, lui survécurent, et ses simples prêtres continuèrent, pendant un temps, à propager ses doctrines. On trouva même un jour, en 1395, les principales propositions du maitre afficliées en plein Londres, sur la porte de la cathédrale de Saint-Paul. Parmi celles-ci figuraient des déclarations qui, à trois siècles de distance, laissaient prévoir les théories des puritains; une par exemple, portant « que la multitude des arts non nécessaires entretenus dans le royaume est la source d'une foule de péchés. » Parmi les arts proscrits sont énumérés celui des orfèvres et un autre art, dont toutefois les puritains devaient faire assez notoirement usage, celui des armuriers '.
Dans l'Université, les partisans de Wyclif étaient nombreux; dans le pays, ils continuèrent de s'accroître jusqu'à la fin du quatorzième siècle. Aussi, au commencement du quinzième, des mesures énergiques furentelles décidées. Le statut De hssretico comburendo fut promulgué en 1401 (mais rarement appliqué à cette époque) ; les livres du maître furent condamnés et proscrits; dès lors le Wyclifisme diminua, et c'est tout au plus si l'on peut trouver des traces de sa survivance au moment où la Réforme fut importée en Angleterre.
Par une bizarrerie du sort, la descendance de Wyclif subsista beaucoup plus vigoureuse, hors du royaume. Dans cette Bohème qui venait de fournir à l'Angleterre une reine, et qui envoyait chaque année des étudiants de son Université de Prague étudier à Paris et à Oxford, les doctrines- Wyclifîtes trouvèrent une multitude d'a-
' Conclusion n" 12. Henricide Llandeforde... Annales, éA. Uiley (Coll. ilu Maître des Rôles), 186G, p. 174.
deptes; les œuvres latines du penseur furent recopiées par des Tchèques et transportées dans leur pays. Plusieurs écrits de Wyclif ne subsistent que dans des exemplaires tchèques. Son plus illustre disciple, Jean Hus, recteur de l'Université de Prague, mourut sur le bûcher, par ordre du concile de Constance, le 6 juillet 1415. Mais la doctrine survécut; elle fut adoptée, avec des modifications, par les Taborites et par les Frères Moraves, à qui nos Vaudois l'empruntèrent * ; ces mêmes Frères Moraves qui, par un retour également singulier, devaient être un facteur important, au dix-huitième siècle, dans le grand mouvement religieux anglais : le mouvement Wesleyen ou méthodiste. Malgré la différence des doctrines, par l'intermédiaire des Frères Moraves et des Hussites, Wesley se rattache à Wyclif-.
' '( The old belief Ihat the Waldenses (or Vaudois) represent a currenl of tradition continuous from the assumed evangelical simplicily of the primitive church has lest crédit... The imagined primitive christianity of thèse Alpine congrégations can only be deduced from works which hâve been shown to be translations or adaptations of the Hussite rnanuals or Ireatises ». Wyclif fi,bj Reginald Lane Poole, 1889, p. 174. Cf. J. Loserth, Hus und Wiclif, Leipzig, 1884.
- La grande crise dans la vie religieuse de Wesley, ce qu'il appelle sa « conversion «, eut lieu le 24 février 1738, sous l'inlluence du Morave Pierre Bôliler, qui l'avait convaincu, dit-il dans son Journal, « of the want of that faith whereby we are saved ».