‹ Histoire littéraire du peuple anglais (volume 2)Chapitre 190 sur 239 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'art dramatique, qui devait fournir à nos voisins la plus éclatante de leurs gloires littéraires, se développa lentement chez eux, venant d'origines lointaines et obscures.

En Angleterre, comme dans tout le reste de l'Europe, les sources du drame moderne furent à la fois civiles et religieuses.

L'emde de s'amuser et de rire, qui ne disparut jamais complètement, même aux heures sombres, fit jaillir les sources profanes. On ne peut pas attendre que les moyens employés autrefois pour amuser et faire rire aient été très raffinés. Tous les procédés étaient bons, pourvu que le but fût atteint; les coups de pied étaient un des meilleurs, mais non pas du tout des plus grossiers ; beaucoup étaient pires et d'un succès encore plus grand. N'en soyons pas surpris; quelques-uns des moins relevés ont joui tout récemment d'un regain de succès parmi nous^ Ils étaient pratiqués par des amu-

* Ainsi décrits par un auteur anglais du douzième siècle : « Quodque magis mirere, nec tune ejiciuntur quando tumultuanles inferius crebro so-

scurs tantôt nomades, tantôt attachés à la personne des grands. L'existence de ces individus est attestée, de siècle en siècle, pendant tout le moyen âge, principalement par les blâmes qu'Us ne cessaient de s'attirer; et c'est pourquoi les renseignements les plus précis que nous possédions sur eux nous sont fournis par les traités pieux et les recueils des actes des conciles.

Conciles et traités, toutefois, comme bien l'on pense, le prennent d'assez haut avec ces gens-là et ne s'abaissent pas à tracer des distinctions minutieuses. Us se contentent d'ordinaire de procéder par énumérations, condamnant hautement et d'une seule phrase les mimes, sauteurs, faiseurs de tours et culbutes, lutteurs, gredins divers <( et toute la troupe des amuseurs ». Ainsi fait Jean de Salisbury, au douzième siècle, qui note avec horreur les moyens employés par ces indi\idus pour exciter le rire ; et quel rire ! im rire brutal et grossier, bruyant, convulsif, le rire de Rabelais avant Rabelais. Passe encore si c'eût été « l'hilarité modeste que se permettrait un honnête homme ! » et que Jean lui-même pratiquait : « Mieux vaudrait ne rien faire que de s'occuper si mal'. »

nilu aerem fœdant et turpiter inclusutn turpius produnt. » Jean de Salisbury, Policralicus, liv. I, chap. Vfll.

' « Noslra aetas prolapsa ad fabulas et quaevls inania, non modo aures et cor prostituit vanitali, sed oculorum et aurium voluptate suam mulcet desidiam... Admissa sunt ergo spectacula et infinita tyrocinia vanitatis, ([uibus qui omnino otiari non possunt perniciosius occupentur. Satius enim fuerat otiari quam turpiter occupari. Hinc mimi, salii vel saliares, balatrones, œrniliani, gladiatores, palaestrilie, gignadii, praestigiatores, maleûci quoque muiti, et tota joculatorum scena procedit. Quorum adeo error invaluit ut a praeclaris domibus non arceantur, eliam illi qui obscenis parlibus corporis oculis omnium eam ingerunt turpitudinemquam erubes- <at viderevel cynicus. Quoque magis mirere », etc., note précédente, Policraticus, liv. I, ch. VIII, Opéra, éd. Giles, t. III, p. 42.

Page 1